Il n’a fallu que deux ans de travaux pour que l’ADAM voie le jour sur le plateau du Heysel. Dans une partie du bâtiment du Trade Mart, le Art & Design Atomium Museum est la rencontre d’une passion et d’une volonté. La passion d’un collectionneur, Philippe Decelle, qui a constitué en 35 ans une remarquable collection de mobilier et objets en plastique, réunis précédemment dans une grande maison bruxelloise, sous le nom de Plasticarium. La volonté d’un ensemble d’acteurs institutionnels et politiques pour transformer cette collection en l’accueillant dans un musée dédié. Nous en avions déjà parlé ici.

C’est en ramassant une chaise de Léo Colombo sur un trottoir de Bruxelles en 1980 que Philippe Decelle démarre sa collection. Ses premiers objets, il les trouvera ici et là, mis au rebut. Aujourd’hui, la vogue du vintage nous fait regarder tous ces objets des années 1960 et 1970 d’un autre œil.

A partir d’aujourd’hui, vous pouvez admirer, sur plus de 1500 m², une collection qui chante les golden sixties : couleurs vives, production industrielle et économie florissantes. L’aménagement intérieur et la scénographie ont été confiés au bureau Lhoas & Lhoas Architects, qui se sont attelés à rendre visible, par un travail économe et par petites touches, à la fois l’extérieur du bâtiment et ses éléments architecturaux caractéristiques à l’intérieur – le plafond en caisson, le sol en béton, les parois et cloisons de verre.

A l’extérieur, on a réalisé un petit chemin d’accès et éclairci les groupes d’arbres. L’entrée est marquée par une création de l’architecte français Jean Nouvel. A l’intérieur, le sol en béton industriel a été poncé et verni. L’horizontalité de l’espace a été renforcée en laissant les longs couloirs existants tels quels. Une vaste partie de l’espace est consacrée à la collection permanente, sobrement installée sur des éléments architecturaux industriels, comme des poutres de béton, dalles de plâtre ou parements de métal. Ca commence avec la chaise Colombo, en jaune, rouge, orange et vert. Ca swinguait pas mal, durant ces années-là! On n’avait peur de rien et le plastique se prêtait à toutes les formes, à toutes les audaces et à une production rapide et peu chère. Plusieurs extraits de films de l’époque sont visibles en contre-point et sont très amusants, comme Claude Rich installé dans une matrice de plastique…

Pablo Lhoas explique : « La collection existait, mais il fallait la réinterpréter. Nous devions proposer un autre point de vue que celui du collectionneur. Ce fut intéressant et complexe. Une scénographie, c’est trouver un rythme, faire que le visiteur soit intéressé du début jusqu’à la fin du parcours. Le plastique, ce n’est pas qu’un matériau, c’est aussi une époque, des idées sur la société. »

Au fil de l’exposition, on découvre que cet engouement pour le mobilier en plastique marque le début de l’effacement des frontières entre l’architecture et le design et entre le design et l’art. Une petite salle est dédiée aux artistes qui utilisèrent le plastique. On y voit quelques Evelyn Axell, décidément partout, une Compression et une Expansion de César, une Accumulation d’Arman, etc.

Les réserves sont visibles du public, le long d’une vaste paroi de verre. Le shop et les salles de conférences ont été meublés par Vitra. On annonce quatre expositions temporaires en 2016, avec des thématiques portant sur l’art et le design du XXe à aujourd’hui, la première étant consacrée à Eames et Hollywood. La deuxième s’ouvrira en même temps qu’Art Brussels, fin avril. Ces expositions seront organisées au fil du temps en partenariat avec Art Brussels, Europalia, Brussels Design September, Bozar, CID au Grand Hornu, Gent Design Museum et Vitra Design Museum. Que du beau monde.

Les visites guidées ont été confiées à l’asbl Arkadia, spécialisée depuis 1982 dans l’exploration du patrimoine et des richesses culturelles belges et bruxelloises. C’est la Fondation pour l’Architecture qui s’occupe des ateliers d’initiation et de sensibilisation au design, à destination de tous les publics. Notons encore des cycles de conférences dans l’auditorium, des projections de films et des workshops.

Le musée est une réussite. C’est visuellement joyeux et bien fichu. Voyons comment il se comportera au fil des années. L’escalier de l’entrée créé par Nouvel est comme la gueule d’un grand dragon aux couleurs de la Belgique, qui invite les visiteurs à s’engouffrer à l’intérieur du bâtiment. On n’hésite pas !

ADAM – Art & Design Atomium Museum
Place de Belgique
1020 Bruxelles
Du mercredi au lundi de 10h à 18h
www.adamuseum.be

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Vue de l’exposition, Adam Brussels

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Vue de l’exposition, Adam Brussels

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Peter Ghyczy, Garden Egg, 1968, (c) Adam Brussels

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Joe Colombo, Chaises Colombo, 1967 – 68, (c) Adam Brussels

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V. Vasarely, Kanta Majus A., 1971, (c) Vasarely et Adam Brussels

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César, Compression, 1970, Adam Brussels

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Escalier de l’entrée, (c) Studio Jean Nouvel, (c) Adam Brussels

 

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