C’est le ciel qui occupe ici la première place, qu’il soit moutonneux ou limpide, il est avant tout gigantesque, comme dans la réalité. Vient ensuite la mer, calme ou déchaînée – à l’instar du ciel – mouvante, miroir fidèle de ce ciel qui s’y mire, s’y projette selon ses humeurs. Cette masse d’eau, énorme elle aussi, semble souvent moins étendue car nos yeux rencontrent toujours un obstacle à sa vision complète. Sans doute Moreau choisit-il ses formats pour mettre en valeur sa superbe horizontalité.

Le sable ou le port servent de barrière à nos yeux de spectateurs. Il ne nous manque que les embruns, le souffle du vent de la tourmente ou tout bonnement la chaleur de l’été. Et nous sommes présents, nous aussi, démultipliés. Simples promeneurs, baigneurs nonchalants, sportifs avertis, marins ou adorateurs du soleil. Des jeunes, des moins jeunes, des vieux, des moins vieux… C’est ici que Moreau semble s’amuser le plus. Point de pin-up ou d’athlètes ou alors ils sont perdus dans la foule. C’est nous, consœurs et confrères, et pourtant cette foule a quelque chose de perturbant. Nous sommes nombreux sur terre et nous le savons, mais dès que nous le visualisons dans les images de Moreau, cela nous mène subitement à une autre conscience de l’humanité.

Et si nous n’étions dans la vie de tous les jours, dans nos travaux, le business des uns et l’artisanat des autres, si nous n’étions au final que des enfants jetés sur une plage… C’est ce regard plein d’ironie et de dérision qui nous saisit.

Pierre Moreau nous vient de la mode et de la publicité, mais cette fois le voilà libéré de toute contrainte, en roue libre, laissant cours à son inspiration, n’ayant à servir que son regard et sa sensibilité, en s’appuyant sur son extraordinaire expérience de la fabrication d’images. Jamais la distinction entre peinture et photographie ne nous a paru si ténue devant ces images si savamment composées, aux couleurs exquises, aux nuances si étudiées, qui recréent le rêve collectif face à la mer ou la nature. Ses vues de plages rejoignent et actualisent subtilement celles des Hollandais du XVIIe ou, plus près de nous, celles d’Ensor ou Brusselmans.

Pierre Moreau
Entre ciel et sable, solitude et foultitude
Association du patrimoine artistique
7 rue Charles Hanssens
1000 Bruxelles
Jusqu’au 28 novembre
Du jeudi au samedi de 14h à 18h
http://www.associationdupatrimoineartistique.be/

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Pierre Moreau, Château de sable

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Pierre Moreau, Solitude et foultitude

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Pierre Moreau, Solitude et foultitude

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