C’est en fouillant dans ses réserves que le Musée royal de Mariemont a mis en route l’exposition Levez l’encre – avec le « e » de l’encre qui sert à imprimer les livres… A partir de recueils, de cartes et d’atlas, de récits de voyage, d’autographes, de médailles ou de mappemondes et autres objets, il nous invite à un voyage au fil des navires de l’Antiquité au XXe siècle.

Des galères romaines se mouvant à la force des muscles des esclaves, en passant par les navires poussés par le vent dans leurs multiples voiles jusqu’aux paquebots transatlantiques mus par la vapeur, tous ont sillonnés les mers et les océans, élargissant ainsi l’horizon et les mondes connus. L’exploration de nouvelles routes maritimes vers des territoires inconnus fut possible dès que les avancées cartographiques et les instruments de mesure permirent aux navigateurs de se lancer à l’assaut des océans. Leurs découvertes sont alors consignées dans des récits de voyage passionnants. Ainsi, le comte de Lapérouse au XVIIIe siècle, dans les îles de l’océan pacifique. Ou Adrien de Gerlache et Jean François Regnard dans les mers glacées des pôles au siècle passé.

L’exposition s’articule autour de cinq thèmes – la typologie des navires, les explorations, les batailles navales, les mythologies et les monstres marins, la littérature – avec plus de 220 pièces, majoritairement issues des collections. « En faisant des recherches dans nos propres fonds, nous avons été plusieurs fois surpris des merveilles que nous y trouvions, expliquent les deux commissaires Gilles Docquier et Bertrand Federinov. Finalement, le projet de départ devint beaucoup plus grand que prévu et se structura en une exposition sur tout un étage du musée. Warocqué, dont la collection est à l’origine du musée, était un collectionneur fou. Il avait une bibliothèque extrêmement large, qu’il voulait universelle. On y a retrouvé des trésors. »

Voici l’Atlas de Ptolémée, datant du IIe siècle, édité en 1578 à l’époque de Mercator. Gerardus Mercator (1512-1594) travaille à l’élaboration d’une projection de la terre qui le conduit à publier, en 1569, les 18 feuilles de La projection de Mercator qui fournit enfin aux navigateurs une réelle description des contours des terres. Sa mappemonde représente inexactement de nouveaux territoires dans l’hémisphère sud, dont un immense continent austral, au sud de la terre, mythe géographique issu de la carte antique de Ptolémée et dont l’existence était censée équilibrer la Terre sur son axe.

Là, une édition de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, 1769, dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers… Aux XIXe et XXe siècles apparaissent les grandes croisières et les voyages d’agrément. Une petite vitrine regroupe les objets, tickets, menus légués au musée par une grande voyageuse, Armande Tassier.

Dans la section batailles navales, voici un dessin autographe de Louis-Napoléon Bonaparte, présentant une bataille navale et daté du 9 juin 1867. Ou la gravure issue de Portraits des grands hommes, femmes illustres et sujets mémorables de France, Paris, [1786-1788], où l’on voit le comte de Forbin brûlant un vaisseau anglois dans le port de Malacomo. On n’oserait pas aujourd’hui une photo de presse sur le même sujet !

Dans la section monstres marins et mythologie, on découvre le dauphin représenté comme un monstre, des sirènes, quelques dragons… La mer immense a généré autant de phantasmes que de peurs. A la Renaissance, Sébastien Münster et Ambroise Paré ont tenté une approche scientifique de la question, comme le montrent les éditions de leurs œuvres où se rencontrent données scientifiques et d’autres beaucoup plus farfelues. Dans le dernier espace, on donne place à la littérature avec bien évidemment les ouvrages de Jules Verne, Daniel Defoe ou Bernardin de Saint-Pierre.

« L’exposition n’est pas un déroulé de l’histoire de la navigation, ajoutent les commissaires. Nous nous sommes basés sur la collection, puis nous avons structuré nos trouvailles et les avons recontextualisées selon cinq thématiques. »

Chaque vitrine est construite pour se lire seule, ce qui permet au visiteur de flâner d’un coin à l’autre durant sa visite. La plupart des livres et objets exposés sont rares et peu souvent montrés. Ils racontent leur propre histoire. Les gravures et les cartes sont particulièrement belles. L’exposition est une plongée dans les trésors du musée. Elle intéressera les marins, les passionnés de la navigation, les bibliophiles et les enfants en quête d’ailleurs.

Levez l’encre
Musée royal de Mariemont
100 chaussée de Mariemont
7140 Morlanwelz
Jusqu’au 10 janvier 2016
Du mardi au dimanche (ainsi que les lundis fériés), de 10h à 17h
www.musee-mariemont.be/

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Jean-Léon HUENS, La Compagnie d’Ostende, aquarelle originale, publiée dans Nos Gloires, t. IV, Bruxelles, 1956, n° 300, Musée royal de Mariemont, (c) Jean-Léon Huens – SOFAM

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Prospectus. Canadian Pacific. First Cabin Pictures,1908, (c) Musée royal de Mariemont

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Prospectus. Around the World. Canadian Pacific Route, 1909, (c) Musée royal de Mariemont

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Poignée de meuble en bronze représentant deux dauphins, époque gallo-romaine, (c) Musée royal de Mariemont

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Le comte de Forbin brûle un vaisseau anglois dans le port de Malacomo, in Portraits des grands hommes, femmes illustres, et sujets mémorables de France, Paris, [1786-1788], (c) Musée royal de Mariemont)

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Louis-Napoléon Bonaparte, Dessin autographe signé représentant une bataille navale, 9 juin 1867, (c) Musée royal de Mariemont

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William Alexander, The Costume of China, Londres, 1805, (c) Musée royal de
Mariemont

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Johan August BERG, Sverige framsta ldt i taflor, Göteborg, 1856, (c) Musée royal de Mariemont

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