Après Jean Delville et William Degouve de Nuncques, le Musée Félicien Rops poursuit sa mise en lumière des maitres du symbolisme belge avec une exposition consacrée à Georges Le Brun. Avec son style souvent comparé à celui du Danois Vilhelm Hammershoi, Le Brun, peintre verviétois méconnu, se livre de manière intime en une soixantaine d’œuvres issues de collections publiques et privées. Sa carrière, bien qu’écourtée par sa mort prématurée en 1914, le révèle tour à tour peintre de la Fagne et des Ardennes sensible, évocateur de la simplicité quotidienne, des intérieurs protecteurs, du travail des champs et des contemplations paysannes.

Né à Verviers en 1873, Georges Le Brun évolue dans un milieu privilégié. Sa vie est marquée par des changements de routes réguliers et ses incessants voyages entre Verviers, Bruxelles et ces campagnes, Xhoffraix, Thimister et Theux qu’il affectionne particulièrement. Après des études de médecine avortées, une inscription de quelques mois à l’académie des Beaux-Arts de Bruxelles, c’est finalement le retour à la nature qui triomphe à chaque fois.

Partagé entre sa passion pour la peinture et son travail de représentant en acier, Le Brun s’assume financièrement et se libère de toute urgence de vendre ou de s’allier à un quelconque mouvement artistique de son temps. C’est en 1899 qu’il fait son entrée dans le monde de l’art. Il expose au Salon des Beaux-Arts de Gand et participe à La Libre Esthétique. De 1903 à 1908, il collabore à la revue L’Art Moderne où il défend les œuvres du mouvement Nabi, Maurice Denis et la dinanderie. Georges Le Brun fut tué au début de la Première Guerre mondiale, en octobre 1914, âgé de 40 ans.

Des inspirations, un style

Il y a d’abord la terre et ceux qui la travaillent : les laboureurs, les fermiers. Fuyant Verviers et son hyper industrialisation, Le Brun n’aura de cesse de se réfugier dans les valeurs authentiques de ce monde paysan. Dehors, des paysans contemplent le paysage, des animaux semblent flâner, image arrêtée l’espace d’un instant. Dès 1903, sa famille devient pour lui une source intarissable d’inspiration. Il saisit les uns et les autres dans leurs activités quotidiennes, transformant ces gestes simples en instants solennels. Et enfin, Le Brun travaille sur la lumière, introduisant des espaces lumineux au sein d’intérieurs familiaux et protecteurs ou traitant le clair-obscur à la manière des maîtres de la peinture ancienne flamande qu’il admire tant.

Bien que ses thèmes de prédilection lui aient longtemps valu d’être connu comme la figure de proue de l’Ecole de Verviers, il s’en défendait. Tableau après tableau, Le Brun affiche son style. Il peint la personne seule ou l’objet comme seul témoin d’une présence. Petit à petit, il dématérialise les corps pour mieux nous en laisser la trace essentielle, allant même jusqu’à les faire disparaitre complètement, ne laissant qu’espaces vides voilés d’un flou symboliste, des moments intemporels et sensibles, loin du bruit de la marche du monde. Même dépouillée, son œuvre irradie la chaleur du foyer, de l’âtre, des espaces entre deux pièces, des corridors, d’une porte ouverte vers l’extérieur, la trace d’un passage imprimée dans une évanescence des couleurs.

Excellent dessinateur, virtuose du fusain, Le Brun construit ses espaces structurés jusqu’à l’absolu. Voyez cet étrange triptyque et ultime tableau peint en 1914, avant sa mort sur le Front de l’Yser : La Haute Fagne, paysage immobile, presque fossilisé, qui n’est pas sans rappeler la peinture de Max Ernst. Voilà donc une exposition tout en sensibilité et intimité sur les traces d’un artisan dont le regard posé sur les choses, les lieux et les personnes revêt une mystérieuse simplicité. Il est peut-être finalement là le lien qui l’apparente au mouvement symboliste. Un lien et non une appartenance pour celui qui écrivait en 1903 dans la revue La Réforme : « L’École, c’est tout ce qui est à la remorque d’un créateur, ce n’est donc rien. »

Georges Le Brun, maitre de l’intime
Musée Félicien Rops
12 rue Fumal
5000 Namur
Jusqu’au 6 mars 2016
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h
http://www.museerops.be/

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Georges Le Brun, Le Vestibule – 1909, fusain et pastel sur papier, Paris, Musée d’Orsay, don de Jeanne Le Brun, 1990

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Georges Le Brun, La Salle à manger, Theux, 1906, pastel, Bruxelles, musée d’Ixelles

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Georges Le Brun, La Haute Fagne, triptyque, 1914, Musées de Verviers

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La Grande Charmille ou Les Nuages roses, Longfaye, 1903, aquarelle et rehauts de pastel, Musées de Verviers

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Georges Le Brun, La Cafetière sur le poêle, Xhoffraix, ca 1903, huile sur carton, Coll. Musées de Verviers

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Georges Le Brun, L’Homme qui passe, ca 1900-1903, Musées de Verviers

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Georges Le Brun, Intérieur – porte ouverte sur l’extérieur, Lierneux, 1912, aquarelle, fusain et pastel, Coll. privée, (c) Jacques

 

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