Deux grandes expositions, à Florence et Düsseldorf, évoquent la grande tradition artistique des Eglises chrétiennes d’Europe. L’art européen, de l’époque romane jusqu’au baroque, est essentiellement chrétien, du moins dans sa dimension monumentale (églises, monastères, etc.). L’Eglise fut, pendant des siècles, le principal sponsor de la production artistique, à côté des maisons régnantes et des grands bourgeois.

Cette tradition se perd et est même combattue au milieu du XIXe siècle, suite à la séparation stricte de l’Eglise et de l’Etat. C’est le point de départ de Divine Beauté. De Van Gogh à Chagall et Fontana, au Palazzo Strozzi, à Florence. Une exposition thématique, qui reprend les sujets de l’art religieux, en signale une certaine permanence et puis la disparition.

A l’entrée, quelques toiles splendides, peintes avec la technique raffinée obligatoire du Salon parisien, dont une Flagellation du Christ par William-Adolphe Bouguereau. Mais aussi le tableau gigantesque d’Antonio Ciseri, Les Maccabées, de 465 x 265 cm, trouvé dans une petite église de Florence. Le travail de recherche pour cette exposition est remarquable et explique le nombre conséquent de découvertes.

Constatons avec surprise que les collections d’art contemporain du Vatican comprennent un Van Gogh, une Pietà inspirée par une reproduction de Delacroix, un Otto Dix (1943), un Max Ernst et un Matisse ! L’œuvre de ce dernier, Chasuble verte, de 1951, a été offerte par les Dominicaines de Vence au Pape, en 1978. Elle se trouve dans la salle Eglise en compagnie de deux sculptures impressionnantes et macabres : Pie XI, de 1926, en marbre doré du sculpteur milanais Adolfo Wildt et Grand Cardinal, datant de 1955, un bronze colossal de Giacomo Manzu. Des œuvres étranges dans lesquelles on ne voit plus de lien avec la société humaine. Notons encore Crucifixion blanche de Chagall, peinte en 1938, illustrant la persécution de Juifs. C’est, nous dit-on, l’œuvre préférée du Pape François.

L’exposition Divine Beauté ne va pas au-delà des années 1950. En revanche, la première œuvre présentée à Düsseldorf dans l’exposition Le Problème de Dieu est un Francis Bacon datant de 1950. Les deux expositions s’enchaînent ainsi chronologiquement. Mais il n’est plus question de divine beauté ici. On souligne, comme à Florence, que l’exposition est soutenue par la Conférence des évêques, à l’occasion du 50e anniversaire du IIe concile du Vatican qui avait mené à une plus grande ouverture de l’Eglise sur le monde.

En face du Bacon se trouvent trois grandes pièces de Berlinde De Bruyckere, sur le thème de la souffrance. Les artistes belges sont d’ailleurs bien représentés, avec Francis Alÿs, Michaël Borremans – avec une vidéo, Le Pain – et Kris Martin. L’exposition ne comprend pas d’art religieux – c’est à dire destiné à un environnement religieux – mais montre clairement que les motifs traditionnels continuent à vivre, à être utilisés dans des contextes ou des références très éloignés du monde de l’Eglise. Le message de ces œuvres est parfois difficile à déchiffrer, ce qui n’est pas le cas de l’art religieux traditionnel. Mais ce parcours dans les racines de l’art contemporain est passionnant !

Bellezza divina, Tra Van Gogh Chagall e Fontana
Palazzo Strozzi
Firenze
Jusqu’au 24 janvier 2016
www.palazzostrozzi.org

The Problem of God
K20, Kunstsammlung
Düsseldorf
Jusqu’au 24 janvier 2016
www.kunstsammlung.de

otto-dix

Otto Dix, Christ et Veronica, 1943, Musée du Vatican, collection d’art contemporain

Fontana-II

Lucio Fontana, Crucifixion II, 1951, coll. Part.

chagall

Marc Chagall, Crucifixion blanche, 1938, The Art Institute, Chicago

Michael_Borremans_The_Bread

Michaël Borremans, Le pain, 2012

Van-Gogh

Vincent van Gogh, la Pietà, musée du Vatican

 

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