Le 11 décembre marquera l’ouverture de l’ADAM, l’Art and Design Atomium Museum. Installé dans le Trade Mart, à quelque centaines de mètres du plus célèbre monument belge (que le Manneken Pis nous excuse…), ce musée devrait rapidement trouver son public, profitant de l’attrait touristique de la marque Atomium. Si l’endroit vaudra assurément le coup d’œil, c’est surtout la vitesse avec laquelle le projet s’est conclu qui interpelle, qui plus est dans un bastion comme Bruxelles. En effet, à peine un an aura séparé les prémices du projet de son aboutissement : une véritable course contre la montre rendue possible par la volonté d’aller vite, des échanges de bons procédés et une bonne dose de débrouillardise. Décryptage.

Décembre 2014. L’Atomium accueille l’exposition temporaire Orange Dreams, retraçant l’irrésistible épopée du plastique au cours des Golden Sixties. Le commissaire de l’exposition est Philippe Decelle, collectionneur qui, au gré de ses pérégrinations, a acquis une collection impressionnante d’objets design en plastique, plus connue sous le nom de Plasticarium. Depuis son lifting de 2006, l’Atomium ronronne paisiblement grâce à ses 650 000 visiteurs annuels, les expositions temporaires se chargeant d’assurer l’éveil des touristes au cours de l’irrésistible ascension vers l’un des plus beaux panoramas de Bruxelles. Mais avec 400 m² par boule, difficile de présenter des expositions de dimension muséale. Depuis quelques temps, le souhait d’élargir le spectre d’activités de l’Atomium mûrit dans le chef de ses dirigeants : le « fantasme de la dixième boule », comme l’explique Arnaud Bozzini, directeur des expositions. Plus globalement, cette volonté répond à la consolidation de l’offre culturelle sur le plateau du Heyzel en vue des profonds réaménagements prévus dans la prochaine décennie (le fameux projet Néo).

Un rêve orange aux conséquences inattendues

Cela tombe bien, Philippe Decelle cherche à pérenniser son impressionnante collection (plus de 2000 pièces), qui commence à déborder de l’espace en plein centre de Bruxelles. Les négociations commencent, encadrées par la Fondation Roi Baudouin, chargée également d’assurer la contre-expertise de la collection. Un accord est trouvé entre Decelle et l’asbl Atomium, pour un montant qui restera confidentiel. Reste à trouver un endroit pour accueillir la collection dans des conditions décentes.

A une centaine de mètres de là, le Trade Mart accueille les professionnels de la mode et de l’aménagement intérieur. L’endroit est tout trouvé. Un accord est conclu pour la location de plus de 5000 m² de plain-pied. Là encore, c’est une formule win-win qui se met en place : le Trade Mart acceptant de baisser ses prix pour profiter de la visibilité qu’un tel musée peut apporter.

Problème : le bâtiment n’est pas adapté pour l’exposition et le stockage d’œuvres en plastique. Le plastique se conserve très difficilement, aucune technique de conservation réellement durable n’ayant à ce jour été trouvée, les méthodes se réduisant au contrôle de l’humidité et de la température des réserves. A suivre. Autre souci, l’importance de la collection. On procèdera à un roulement des œuvres exposées pour assurer à l’ensemble une certaine fraîcheur. Les réserves feront partie intégrante de la scénographie avec de larges vitres qui permettront d’y jeter un œil. Pour cette scénographie, la Ville de Bruxelles débloque 400 000 €, un montant restreint lorsqu’il est mis en balance avec le budget total évalué à 800 000 €. La différence provient de l’asbl Atomium, qui profite de la manne financière générée par ses tickets d’entrée. Après appel d’offres, l’ouvrage intérieur a été attribué au bureau d’architectes Lhoas & Lhoas, associé pour l’occasion à Thierry Belenger et Alexandra Midal, deux experts du design. Le mobilier intérieur a été choisi en partenariat avec Vitra, qui s’assure par la même occasion une place de choix dans le futur shop de l’ADAM.

ADAM, lève-toi !

Il manque ce petit plus pour bluffer les visiteurs d’un jour et apporter à l’ADAM un cachet incontestable. C’est là qu’entre en piste la Fondation Atomium, qui fait jouer ses réseaux pour assurer à l’ADAM un rayonnement international. C’est par l’intermédiaire d’un de ses membres qu’est contacté ni plus ni moins Jean Nouvel, le célèbre architecte français. Emballé par le projet, il accepte de concevoir l’entrée du futur musée pour un prix très avantageux. La mayonnaise prend : ADAM n’a plus qu’à s’extirper du néant pour accomplir sa muséale besogne.

Ce 11 décembre, l’ADAM s’ouvrira donc dans un bâtiment entièrement remis à neuf. En son centre, 1500 m² accueilleront l’ancienne collection du Plasticarium, complétée par des prêts extérieurs. Mille mètres carrés sont affectés à des expositions temporaires et pourraient être loués pour des événements ponctuels, mais pas à n’importe qui : « Ils devront toujours tourner autour de l’histoire de l’art et du design du XXe siècle à aujourd’hui », nous assure Arnaud Bozzini. A l’intérieur du musée, on trouvera également un auditorium, louable également, où devrait se tenir un colloque européen sur la conservation muséale du plastique. Des visites guidées seront organisées en partenariat avec Arkadia et des ateliers pédagogiques par la Fondation pour l’architecture. Là encore, selon des accords qui assurent à chacun une collaboration confortable.

L’ADAM permettra la création de 12 emplois, dont sept consacrés au gardiennage des lieux. Le seuil de rentabilité de l’ADAM est fixé à 125 000 visiteurs, un « pari mesuré » que les dirigeants souhaitent atteindre dès 2016. Pour faire migrer un cinquième des visiteurs de l’Atomium vers l’ADAM, un ticket combi sera mis en vente dès l’ouverture. Des aménagements de voirie devraient également voir le jour pour faciliter la transition des touristes entre les deux attractions.

Et l’Atomium dans tout ça ? L’apparition d’ADAM va quelque peu changer la donne mais pas question qu’il soit le grand perdant de cette réaffectation. « L’Atomium conservera les expositions sur l’histoire de l’architecture d’après-guerre, le traditionnel son et lumières mis en place chaque été, et se concentrera désormais sur les thématiques de société. »

De sa conception à sa réalisation, l’ADAM prouve qu’il est encore possible de faire quelque chose en Belgique lorsque tous les acteurs d’un même dossier tirent dans le même sens. L’étroite collaboration avec la ville de Bruxelles, tous partis confondus, fait d’ores et déjà de ce projet une réussite sur le plan politique. Bien sûr, les élections venant, chacun s’attribuera comme il peut la paternité de ce tout nouveau musée bruxellois. D’ici là, les Bruxellois sont invités à venir admirer une dernière fois ce bon vieux plateau du Heyzel, avant des transformations drastiques qui devraient faire rentrer l’endroit de plein pied dans le XXIe siècle.

ADAM – Art & Design Atomium Museum
A partir du 11 décembre 2015
www.adamuseum.be/

Entrée de l'ADAM

Projet d’entrée de l’ADAM, (c) fondation Atomium

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La chaise de Verner Panton est présente dans la collection Plasticarium, (c) Fondation Atomium

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L’escalier d’entrée de l’ADAM, conçu par le studio Jean Nouvel, (c) Fondation Atomium

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Portrait de Philippe Decelle, crédits : Fondation Atomium

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