Cinq collectionneurs issus de deux familles confrontent leurs points de vue sur l’art de la collection. Des arts premiers à l’art contemporain, de la peinture du XVIe siècle au design jusqu’aux objets décoratifs venus du Japon, toutes les œuvres vont par paires, sélectionnées et mises en place par des pairs collectionneurs. Une belle thématique qui permet de jouer à la fois sur la notion de doubles : une paire d’œuvres qui dialoguent dans leurs aspects formels, chromatiques ou thématiques. Mais aussi avec la notion d’apparentement. On est bien, à Maison Particulière, dans le repère de l’entre-soi, de l’entre-pairs, puisqu’ici sont invités des collectionneurs amis enthousiasmés à montrer les œuvres de leur collection.

Dès l’entrée, un très bel ensemble mêle un masque et plusieurs statuettes Sakalava, un bouclier Sulka avec une photo d’Isabelle Boccon-Gibod, un tabouret de Le Corbusier, d’autres masques sculptés, une statuette contemporaine en bronze reprenant les formes d’une statuette d’arts premiers, de Bertrand Lavier. Les liens et résonances qui se font entre les objets sont comme une danse : rythmés et vifs.

Ca se complique à partir du premier étage car on perd le fil, bien que des thèmes se dégagent dans chaque pièce. Ainsi dans le Salon Châtelain, on parle de l’Eglise et des colonies, dans le Salon Louise, on aborde le squelette. Dans la pièce Jardin Châtelain, de très belles pièces de mobilier se mêlent à des photographies, des petits robots japonais en métal émaillé, des statuettes Tsangui ou Senufo. L’ensemble dans la vitrine, de la carte postale Bauhaus à la céramique, en passant par des statuettes africaines du XIXe, fonctionne à merveille. L’œil se promène d’une œuvre à l’autre, faisant presque inconsciemment le lien de l’une à l’autre : formes, mouvements, sujets se répondent. Notons, au mur, un beau dialogue entre une œuvre de Jean-Pierre Raynaud et les photographies industrielles de Bernd & Hilla Beccher.

Deux salles au deuxième étage déploient des œuvres sur la thématique des femmes. Visages de femmes belles comme des totems, ou femmes dans un intérieur, donnent une vision absolument désespérante de leur place dans l’iconographie de l’art. Est-ce l’accrochage qui provoque cette impression ? Pointons les vases d’Ettore Sottsass, toujours sublimes, une petite photo de Cindy Sherman et quelques beaux Andres Serrano.

Voici, une fois de plus, un accrochage sans structure ni sens, avec de très belles œuvres installées ici et là sans qu’on en comprenne la raison. L’ensemble laissant une sensation de désordre et d’imprécision pas très réussie. Que raconte cet accrochage ? Où est la colonne vertébrale ? Souvent, chez Maison Particulière, les expositions sont sauvées par l’aspect comme chez soi (rêvons un peu !) : larges fauteuils, bouquets de fleurs, tables basses offrant quelques friandises. Pas cette fois-ci.

Notons que dans la petite brochure, les collectionneurs ne sont pas présentés : « un mot au sujet de l’anonymat désiré par les collectionneurs ; cet anonymat est synonyme de discrétion, de modestie avant tout. En laissant seules parler les œuvres, les collectionneurs font acte de foi, ils montrent qu’ils n’en sont que les propriétaires momentanés (…) » alors que leur nom se retrouve dans chaque légende d’œuvre. Rien d’anonyme, donc. Et beaucoup d’entre-soi.

Pair(e)
Maison particulière
49 rue du Châtelain
1050 bruxelles
Jusqu’au 13 décembre
Du mardi au dimanche de 11h à 18h
www.maisonparticuliere.be

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Andres Serrano, The Other Christ (The Interpretation of dreams), 2001, courtesy of the artist & Nathalie Obadoa

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Bernard Lavier, Ibo, 2008, (c) Bruno Voidey, courtesy of the artist & Xavier Hufkens

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Statue Sakalava, Madagascar, XXe s.

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Mathieu Cherkit, Vanessa, 2010, courtesy of the artist & Jean Brolly

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