Léon Spilliaert (1881-1946), Autoportrait 3 novembre, 1908, aquarelle, craie de couleurs, encre de Chine, lavis, Sig. 1908, 63,5 x 47,5 cm, lot 107 mis en vente chez De Vuyst le 24 octobre à Lokeren – www.de-vuyst.com

Léon Spilliaert se confronte à lui-même pour donner ce sublime autoportrait aussi mystérieux qu’envoûtant avec ce regard auréolé de noir, perdu entre jour et nuit, vie et trépas. Peinte le 3 novembre 1908 comme l’indique son titre, cette œuvre fait partie d’une série d’autoportraits produite par l’artiste au début de sa carrière. La plupart de ceux-ci sont conservés dans les plus grands musées de Belgique et du monde (Paris, Orsay ; New York, MET ; Detroit, Art Institute ; Himeji Museum). Les premiers autoportraits de Léon Spilliaert (dans les années 1903-1904) se rattachaient à la veine classique de l’art du portrait avec une prédominance descriptive. Ils vont petit à petit adopter une approche plus analytique, abandonnant les attributs de son métier (chevalet, carnet de dessin, etc.) pour s’attacher à l’homme au-delà de son aspect physique. La composition est plus large, le cadrage se concentre sur le haut du buste et sur le jeu de l’ombre et de la lumière.

Anne Adriaens-Pannier, spécialiste de l’artiste et auteur du catalogue raisonné en préparation, décode l’autoportrait de Spilliaert en ces termes : « Contrairement aux portraits précédents, aucun début d’acte créatif n’est visible, aucune référence à la planche en bois porteuse de la feuille blanche ; la méditation et le silence sont les seuls motifs principaux de la composition. Le décor est quasiment le même que dans l’Autoportrait 2 novembre : le même intérieur nocturne avec des vitres réfléchissantes et un petit calendrier à effeuiller. L’isolement de la pièce contribue à la sensation de tension, les orbites sont remplies de ténèbres impénétrables, les coins de la bouche sont fermement serrés. L’Autoportrait est essentiellement la recherche d’une identité, traduit la scission intérieure de l’acte de voir et d’être vu simultanément, et quand l’artiste est tenté de poursuivre le voyage introspectif à l’extrême, il introduira consciemment un sentiment de violence et de distorsion. Tellement courageux et fort, l’esprit créatif suggère et rend d’une telle façon radicale l’instant de la coexistence simultanée de la vie et de la mort dans le temps et l’espace ».

Cette œuvre de qualité exceptionnelle est un des rares autoportraits de cette période encore en mains privées qui réapparaît sur le marché après plus d’un siècle d’absence. C’est dire l’importance de cette pièce que l’on attend au-delà des 200.000 euros lors de la vente moderne et contemporain de De Vuyst ce 24 octobre. Quatorze autres Spilliaert seront de la partie sur un total de quelque 600 lots.

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Léon Spilliaert, Autoportrait 3 novembre, 1908, www.de-vuyst.com

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