Ses tableaux sont nés d’une longue fréquentation de la peinture, du plaisir de la regarder, de l’éblouissement devant un jaune chez Bonnard, de l’enchantement suscité par un rouge chez Manet, du choc émotionnel provoqué par la rencontre de deux couleurs chez Nicolas de Staël… Et cette façon de s’impliquer dans la peinture, de dévorer des yeux les couleurs, de vibrer aux sensations qu’elles procurent, ne pouvait que déboucher un jour sur le désir de s’acheter des pinceaux… Tel est le parcours et la formation de Maxilian, lecteur assidu des écrits théoriques de Kandinsky.

Inventeur de l’art abstrait, Kandinsky a ouvert un nouveau continent à la création. Et pourtant, il n’est pas certain que nous l’ayons exploré très loin dans la direction qu’il suggérait. Le style, la manière, l’écriture personnelle de ses successeurs sont venus bien vite caractériser et rendre reconnaissables à nos yeux un Hartung, un Wols, un Poliakoff, un Pollock. La recherche de la sensation, de l’abstraction et de la relation transcendante avec le monde, s’est ainsi brouillée devant celle de l’originalité, du jeu des identifications et de la reconnaissance des formalismes de chacun de ceux qui ont dessiné les lignes de faîte d’une histoire de l’art moderne.

Il y a dans la peinture de Maxilian, qui revisite obstinément les fondements de l’art abstrait, un effort pour rester en deçà du signe graphique, de l’écriture ou du style. Cette volonté est une mise en danger, il lui faut tenir sur ce fil qui est une brèche sur le vide, avant la forme, évitant toute cristallisation dans un signe, captant un élan qui reflète un moment de l’être, un jaillissement, un tourbillon, une énergie, expression d’une pure sensation physique ou morale, sans aucun référent. Mais il est toujours possible qu’à défaut de repères, d’adhésion et de partage de ce qu’il y a à voir, le non-sens vienne à l’esprit de qui regarde.

Sa peinture nait d’un besoin primaire, expression d’un élan vital, et ce geste pictural dans sa crudité est presque à l’art ce que le chant d’oiseau est à la musique, un appel à l’éveil, un cri dérangeant, incongru, qui perturbe le dormeur, un arrachement aux conventions qui font de l’existence une banalité et de l’art un jeu de signe bien codé. Il se pourrait que dans un demi-sommeil nous allions fermer la fenêtre…

En effet, dans ce type d’art, il ne dépend que du spectateur du tableau qu’il se passe quelque chose en lui, lorsqu’il s’approche. L’exercice du regard n’est pas moins exigeant pour lui que pour le peintre au moment où il a réalisé le tableau. Le retour complice sur un moment d’inspiration, inscrit dans l’instant et figé sur la toile, est le véritable enjeu de cette peinture. Elle cherche à mener le spectateur, hors du temps, hors de tout lien matériel, idéologique ou même culturel, dans une sorte de vertige de liberté esthétique partagé. Par son attitude de détachement, elle s’apparente aux stèles romaines qui au bord du chemin s’adressaient aux vivants pour qu’ils leur prêtent un regard : elle dit sans affirmer, laisse apparaître à travers l’étendue des sensations possibles quelque chose qui peut nous unir, elle ouvre une voie qui laisse le temps en suspens dans la simple contemplation de l’existence et des énergies qui nous animent.

Maxilian
Association du Patrimoine artistique
7 rue Charles Hanssens
1000 Bruxelles
Jusqu’au 28 octobre
Du jeudi au samedi de 14h à 18h
http://www.associationdupatrimoineartistique.be

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