Un mur de briques colorées vous accueille. Elles sont en verre, et donc fragiles. Pourtant elles s’entassent comme pour faire un rempart. C’est l’œuvre de Maria Roosen (1957), une artiste hollandaise qui travaille plusieurs médiums – verre, laine tricotée, aquarelle – avec la même aisance. Graduée de l’exigeant Moller Instituut de Tilburg en 1981, elle entre à l’Academie voor Beeldende Kunsten de Arnhem où une approche pluridisciplinaire permet aux étudiants de se coltiner directement aux sujets.

Une longue grappe de groseilles, Berries, ressemble à une grappe de seins voluptueux. Un vase du meilleur rose est remplit de verges qui font comme un bouquet de verre. Toujours dans cette gamme de roses acidulés, plusieurs têtes de femmes dont les cheveux ont d’étranges formes. Posé sur un tabouret, un autre bouquet de verges, en laine tricotée. On dirait la chevelure de serpents de Médusa, abandonnée là. Le corps encore, pour ces aquarelles puissantes, dont la parenté avec celles de Louise Bourgeois à voir à la galerie Hufkens se fait sans difficulté. Maria Roosen appréhende le corps de toutes les manières.

D’autres réjouissantes propositions en verre, comme celle de forme ovoïde et colorée, posée comme un cache-misère sur un balai. Ou ces formes vert vif, emprisonnées entre deux montants d’une palette de chantier. Maria Roosen nous offre un monde riche, épanoui, fertile. Les corps y sont amples et bien présents. Ils y ont leur vie propre. Les seins sont gonflés, les phallus aussi. Tous explosent de vie. Ils ont beau être composés de matières inertes comme le verre, la laine, le papier, le bois, ils semblent tous avoir été touchés par une baguette magique, celle d’une artiste qui transmet sans difficulté un flux de vie à tout ce qu’elle touche.

De la brique au champignon de verre, du dessin à l’aquarelle, du tronc habillé d’un tricot au buste de verre rose, tous dégagent une poésie profondément intime et féminine. La mort soudaine et tragique de son partenaire, quand elle a 37 ans, continue de transpirer dans la vie de Maria Roosen. La douleur crue, l’angoisse, la soudaine solitude ont fait que l’artiste se plonge dans son travail, en fait sa catharsis. La volonté d’émerger, de toucher à nouveau les rives de la vie, d’apaiser son chagrin, de se sentir puissamment vivante, sanguine, toutes ces émotions font partie de son œuvre. Chaque visiteur pourra sentir la vie qui coule dans les veines, le cœur qui pulse, les muscles qui se bandent dans chacune des œuvres de l’artiste. Une découverte jouissive !

Maria Roosen
Fruits of love
Roberto Polo Gallery
8 – 12 rue Lebeau
1000 Bruxelles
Jusqu’au 15 novembre
Du mardi au vendredi de 14h à 18h, samedi et dimanche de 11h à 18h
http://www.robertopologallery.com/

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Maria Roosen, Selfportrait 2 with Long Earring (After Holbein the Elder), 2014, glass, Berengo Studio, Murano (Venice), Italy, collection Museum Arnhem, Netherlands

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Roosen, Willy Head (after René Magritte), 2014, verre, 35 x 25 x 26 cm, Pačinek Studio, Lindava, Czech Republic

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Roosen, Willy Head (after Paul McCarthy), 2014, verre, 35 x 25 x 26 cm, Pačinek Studio, Lindava, Czech Republic

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Roosen, Overalls, 1994, aquarelle sur papier, 120 x 700 cm

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Roosen, Hanging Breast Mouth, 2013, verre & corde, 50 x 29 x 29 cm, Berengo Studio, Murano (Venice), Italy

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Roosen, Berries (detail), 2015, verre & inox,112 x 24 x 24 cm, Ajeto Glassworks, Lindava, Czech Republic

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