« Nous avons besoin d’une place sur terre, en Amérique, en Angleterre, en France, en Espagne, au Portugal ou en Afrique, où l’on peut rencontrer l’Histoire, installer la mémoire, et où on peut parler aux esprits des esclaves et prier pour eux, parce qu’il y a trois manières de mourir : perdre la mémoire, fausser la mémoire ou mourir réellement. Nous avons besoin d’une telle place, nous avons besoin de cette voie de retour. » Ainsi parle Julien Sinzogan (1957), artiste béninois qui vit depuis 30 ans à Paris.

Dans ses larges œuvres sur papier au style riche, sensuel et baroque, à l’encre, au feutre et à l’acrylique, avec une palette vibrante, Sinzogan convie les esprits vaudous. Il veut dire et redire l’histoire violente de l’esclavage, à laquelle le vaudou est intimement lié. Il veut faire œuvre de mémoire sur papier. « Lorsque nous avons, nous, Africains, été embarqués comme esclaves sur les caravelles vers l’Amérique et le Brésil, nous avons apporté avec nous le vaudou », explique t-il encore.

Sur les voiles des immenses caravelles qu’il peint se retrouvent les symboles, les images, les éléments constitutifs de cette pratique religieuse. Le vaudou désigne l’ensemble des dieux ou des forces invisibles dont les hommes essaient de se concilier la puissance ou la bienveillance. Il est l’affirmation d’un monde surnaturel, mais aussi l’ensemble des procédures permettant d’entrer en relation avec celui-ci. Originaire de l’ancien royaume du Danhomè (Afrique de l’Ouest), il est toujours largement répandu au Bénin et au Togo, comme dans le célèbre marché des féticheurs à Lomé. À partir du XVIIe siècle, les Africains originaires de cette région capturés et réduits en esclavage répandirent le culte vaudou aux Caraïbes et en Amérique. Le vaudou se retrouve donc sous différentes formes à Cuba, en Haïti, au Brésil ou encore aux États-Unis, en Louisiane surtout.

C’est le monde encrypté de ses ancêtres au plus profond de son âme qui traverse l’artiste. Sinzogan sert de médium, de canal pour exprimer cette Histoire douloureuse et dramatique qui imprègne notre mémoire collective, la violence des départs sur les négriers, mais aussi la richesse de la culture africaine et vaudou. Peignant ainsi, Sinzogan tente une réconciliation, un apaisement. Au fil des œuvres, c’est un univers baroque, coloré, joyeux, puissant, à la fois illustratif et creusant loin ses racines, qu’il donne à voir. Avec un élan irrésistible, une force et souvent une pointe d’humour. Une belle découverte !

Julien Sinzogan
Les Voiles des Revenants
Hangar H18 gallery
18 place du Châtelain
1050 Bruxelles
Jusqu’au 31 octobre
Du mardi au samedi de 12h à 18h
www.h18.be

sinzogan5

Julien Sinzogan, œuvre sur papier

sinzogan6

Julien Sinzogan, œuvre sur papier

sinzogan7

Julien Sinzogan, œuvre sur papier

sinzogan4

Julien Sinzogan, œuvre sur papier

Sinzogan3

Julien Sinzogan, œuvre sur papier

sinzogan1

Julien Sinzogan, œuvre sur papier

sinzogan5

Julien Sinzogan, œuvre sur papier

sinzogan4

Julien Sinzogan, œuvre sur papier

Sinzogan-accrochage4

Julien Sinzogan sous la voile accrochée au centre de Hangar H18 gallery

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.