« Peinture, non, j’ai plutôt rêvé d’écrire, je me passionnais pour les mots et la langue française : les mots m’ont toujours paru bien plus riches de sens, plus mystérieux que le monde lui-même ! Le monde, on en a vite fait le tour, mais les mots et leurs phrases… ! Un mot peut être un fil d’Ariane qui ouvre tout l’horizon des êtres et des choses ! On s’endort et on se réveille dans les mots, par les mots : un dictionnaire est la maison de merveilles, non ? Vive les mots ! » Ainsi parlait Joseph Noiret, figure incontournable de la culture belge francophone.

Joseph Noiret (1927-2012) fut directeur de La Cambre de 1980 à 1992. Mais pas seulement. Il fut, en tant que poète, l’un des cofondateurs du mouvement CoBrA né dans un café de Paris en 1948, avec Christian Dotremont et les peintres Karel Appel, Constant, Corneille et Asger Jorn, en réaction à la querelle entre l’abstraction et la figuration. Ce mouvement publie la revue Cobra (1948-1951) avant de se dissoudre en 1951.

Noiret fonde et dirige la revue iconoclaste, déjantée, Phantomas en 1953 avec Marcel Havrenne et Théodore Koening. Les différents numéros sont illustrés par ses amis Dotremont, Joostens, Van Lint et les articles sont rédigés par Beckett, Borges, Dubuffet, Chaissac et d’autres qui mêlent plume et pinceau. Cette hybridité des moyens, marque de fabrique de CoBrA, l’est aussi pour Joseph Noiret qui est à la fois poète, critique d’art, dessinateur, sculpteur et… directeur d’école d’art!

À partir de 1972, il collabore avec Serge Vandercam à des œuvres à quatre mains. Le poète et le peintre s’inspirent mutuellement dans l’instant où ils créent une œuvre chaque fois unique : formes, couleurs et mots s’imbriquent et aboutissent à un collage de mots qui s’achève sur un poème écrit à la main. C’est l’ensemble de ses pratiques qui sont à découvrir dans l’exposition qui vient de s’ouvrir au musée Marthe Donas d’Ittre. Dans la petite chapelle et dans les deux grandes salles, ses encres, dessins, écrits, mais aussi de nombreuses œuvres à quatre mains et des publications, revues, catalogues. Graphisme bien balancé, esprit subversif, sens de la formule sont au rendez-vous.

Ainsi cette acrylique sur panneau de 1976, signée par Serge Vandercam et Joseph Noiret : des éléments en relief collés déplient un poème surréaliste : là, s’étend, l’attroupement, du vide avec, lequel faut, compter sur quoi, fonder, raison de, vivre là. Une autre œuvre des quatre mêmes mains de 1983 reprend texte, gouache et collage. On retrouve au fil de l’accrochage plusieurs œuvres intéressantes de son cercle d’amis artistes. Comme cette impression sur papier de Pol Bury : Les mystères de la grande muraille de Chine ou cette encre de Christian Dotremont ou encore une litho de Pierre Alechinsky. Cette petite exposition est accompagnée d’une publication, Joseph Noiret et l’écriture, CobrA, Phantomas et après…, agrémentée de textes d’André Lambin, Gabriel Belgeonne, Evelyne Huytebroeck, Michel Olyf et d’autres.

Joseph Noiret et l’écriture
Musée Marthe Donas
36 rue de la Montagne
1460 Ittre
Jusqu’au 29 novembre
Samedi et dimanche de 14h à 17 h
www.museemarthedonas.be

Pierre-Alechinsky-Christian-Dotremont

Pierre Alechinsky et Christian Dotremont, Sans titre, (J’écris à Gloria…), s.d., lithographie, 64 x 95 cm, collection privée

Pol-Bury

Pol Bury, Sans titre, ca 1946, gouache sur papier gaufré, 21x 27 cm, collection privée

Serge-Vandercam-Joseph-Noiret-n-332

Serge Vandercam et Joseph Noiret, Sans titre, ca 1976, acrylique sur panneau avec éléments en reliefs collés, 111 x 86 cm, collection privée

Serge-Vandercam-joseph-Noiret

Serge Vandercam et Joseph Noiret, Sans titre, s.d., technique mixte, 56×77 cm, collection privée. collection privée

 

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