Lumières sur les Cités de François Schuiten au Centre de la Gravure et de l’Image Imprimée de La Louvière est la seule exposition Mons 2015 consacrée à la BD. C’est suite à l’importante donation de l’artiste et de son scénariste Benoît Peeters à la Fondation roi Baudouin, à la Maison Autrique et au Centre de la Gravure que cet accrochage voit le jour. Nous avions déjà pu en voir une très belle mise en scène à la Bibliotheca Wittockiana début 2014.

« Il n’y a pas de meilleur lieu pour regarder un dessin que l’album pour lequel il a été conçu », dit François Schuiten lors de l’ouverture de l’exposition. Pourtant, avec son goût pour l’architecture, on sait que l’artiste aime à mettre en scène ses dessins, dans une préhension très maîtrisée de l’espace. « C’est différent de mettre une image debout que de la regarder sur les pages d’un livre », poursuit le dessinateur.

Une première salle présente des planches dessinées rétroéclairées, qui semblent luire doucement dans la pénombre. La série de planches s’intitule Fragments de Bruxelles et on y retrouve des lieux emblématiques de la capitale comme le Palais de Justice, le quartier européen ou les Marolles. « A travers toutes les villes imaginaires que j’ai dessinées, on retrouve des morceaux de Bruxelles. J’ai du mal à m’intéresser à un imaginaire détaché du réel », explique l’artiste. Un deuxième espace est fermé par des rayonnages d’immenses livres dont les dos reprennent des titres farfelus et pleins d’humour. Ces évocations de bibliothèques géantes ont déjà servi à la scénographie à la Wittockiana. Passant un petit seuil, on entre dans un espace recouvert de sable. Marchant sur cette matière crissante et souple, le visiteur s’immerge totalement dans l’ambiance d’une histoire contée. Le sable faisant écho à celui qu’on voit dessiné sur les planches exposées, extraites de l’album Théorie du grain de sable, qui peut se lire comme une fable écologique.

Dans un coin, le sable est sculpté et reprend le motif de la Tour de l’ancien charbonnage Saint-Albert. François Schuiten participe en effet activement, avec un collectif de citoyens, au comité de défense de ce patrimoine d’architecture industrielle. A Péronnez-lez-Binche, ce bâtiment de 63 mètres de haut construit en 1954 est à l’abandon depuis de nombreuses années. Son propriétaire, Fluxys, envisageait de le détruire. « La Tour Saint-Albert est un merveilleux bâtiment, tant au point de vue architectural, fonctionnel, qu’esthétique », explique l’artiste, qui en a réalisé plusieurs dessins, ainsi qu’une sérigraphie qui prévaut à la communication de l’exposition et qui, tirée à 200 exemplaires, est vendue dans le shop du musée.

On peut aussi admirer une très belle suite, La Douce, de cinq sérigraphies rehaussées à la gouache et au crayon, éditées par la galerie Champaka et imprimées par l’Atelier Vertical. Album réalisé en 2012, La Douce désigne cette incroyable locomotive à vapeur, la Type 12 Atlantic, conçue à Seraing par Cockerill et associés. Elle fut sauvée de la casse par quelques cheminots, dans les années 1960.

François Schuiten naît en 1956 dans une famille d’architectes. Il rencontre Benoît Peeters sur les bancs de l’école. Formé à l’Institut Saint-Luc de Bruxelles, il y suit les cours de Claude Renard. Sa première bande dessinée parait en 1977 dans l’édition belge de Pilote. Depuis 1990, avec Peeters, il conçoit des expositions spectacles qui sont de vraies mises en scène de ses albums. En 2002, il reçoit le Grand Prix du Festival international d’Angoulême pour l’ensemble de son œuvre. En 2004, la Maison Autrique à Bruxelles – première maison construite par Horta – s’ouvre après une restauration complète dans laquelle Schuiten et Peeters se sont  fortement impliqués. Cette année, ils ont réalisé la scénographie du Train World à Bruxelles.

C’est étonnant de voir ce dessinateur de bande dessinée, dont le métier premier est de rester penché de longues heures sur sa table, comme un moine copiste, capable de mettre en scène et en espace ses propres albums. C’est fait avec beaucoup d’à-propos, intelligemment, pour un résultat spectaculaire. Finalement, c’est l’ambiance qui marquera le public plutôt que les dessins, chacun déployant pourtant un univers merveilleux.

Lumières sur les Cités
François Schuiten
Centre de la Gravure et de l’Image Imprimée
10 rue des Amours
7100 La Louvière
Jusqu’au 7 février 2016
Du mardi au dimanche et jours fériés de 10h à 18h
http://www.centredelagravure.be/

Pointons une conférence-fiction
Au Mundaneum à Mons
Le 16 novembre
Réservations sur www.mundaneum.org

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Vue de l’exposition Lumières sur les Cités au Centre de la Gravure et de l’Image Imprimée, photo Patricia Mathieu

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Vue de l’exposition Lumières sur les Cités au Centre de la Gravure et de l’Image Imprimée, photo Patricia Mathieu

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François Schuiten, Le Gigantic

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François Schuiten, Fragments de Bruxelles

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