Fidèle à son ambition de présenter des artistes émergents aux côtés de mouvements ayant imprégné l’histoire de l’art du XXe siècle, le CAB présente des œuvres réalisées par des collectifs d’hier et d’aujourd’hui.

Déçus par les promesses d’une modernité idéaliste et d’un meilleur des mondes possible, les mouvements communautaires tels que Independent Group, Team X, Metabolism, l’International situationniste, Archigram, Superstudio ou BLPT ont habité le paysage artistique et architectural des années 1950-1960. Humour, autodérision, mise en abîme ludique et côtoyant parfois l’absurde, telles étaient les armes pacifistes de ces artistes désillusionnés par la montée en puissance de l’individualisme et du consumérisme. La vie n’est pas un jeu sérieux et l’identité de l’artiste importe peu : seule compte la démarche d’un groupe uni et d’artistes engagés les uns par rapport aux autres. Pour BMPT par exemple, un collectif plus confidentiel, le minimalisme était poussé jusqu’à réduire leur signature créatrice au degré zéro. Leur but étant d’évoluer en s’éloignant des routines pour se livrer à l’interrogation spontanée et créer des situations par rapport à la dictature du marché de l’art.

Le CAB a créé un dialogue entre ces mouvements des sixties, précurseurs de mai 68, et des artistes contemporains épousant la même philosophie. Parmi ceux-ci, le collectif Gelitin utilise des peluches et des références enfantines pour évoquer la pureté et l’innocence perdue, dans du formol… Sunah Choi montre des gros plans de ciels utilisés dans des publicités sur lesquels elle appose des zooms de nervures d’une feuille : notion de surprise et de dérive. La Playground structure de Przemek Pyszczek repeinte et posée sur le flanc est d’une beauté indéniable. Les projections de Runo Lagomarsino livrent un message poétique et esthétique en montrant une modernité craquelée, comme les fragments de dalles sur les diapositives. Nous avons été touchée par les objets de taille improbable de Kato Six qui traduisent des souvenirs de matériau de son enfance : le tapis de salle de bain en caoutchouc, le parquet de sa grand-mère (?), etc. Entre le faux et le vrai, l’artisanal et l’industriel, ces objets tactiles nous font chaque fois penser à quelque chose…  des madeleines proustiennes en quelque sorte.

Dérive Dérivée
CAB
32-34 rue Borrens
1050 Bruxelles
Jusqu’au 19 décembre
Du mercredi au samedi de 14h à 18h
www.cab.be

CAB, Dérive Dérivée

CAB-Dérive Dérivée (c) CAB, photo Aurore t’Kint

Gelitin, Reine Magarine Rilke Jean Jacques, 2013

Gelitin, Reine Magarine Rilke Jean Jacques, 2013 (c) Tim Van Laere Gallery, Antwerpen

Christoph Meier & Sunah Choi, 2/3/3/6, 2011

Christoph Meier & Sunah Choi, 2/3/3/6, 2011 (c) CAB

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.