La 25e édition d’Europalia honore la Turquie. Un choix controversé, disons-le d’emblée. Mais que les soubresauts de l’actualité ne vous empêchent pas d’aller voir Anatolia, la mise en bouche de ce festival. Elle nous plonge dans le berceau de nombreuses civilisations, dans une région riche de croyances lumineusement rapportées.

Histoire et rituels se mêlent dans un périple qui souligne la continuité de cultes perpétrés pendant des siècles. Ankara entend montrer que le Pays du Levant est une passerelle de cultures, une terre d’interaction et de tolérance où la diversité est gardienne de valeurs citoyennes communes. Un message de fraternité et de pluralisme ambitieux, souligné par les commissaires le jour de l’inauguration. Le vivre ensemble et la quête d’un unisson au fil d’un passé prodigieux, ce n’est pas rien. Depuis sa naissance en 1969, Europalia s’est donné pour louable mission de rapprocher les gens à travers l’art. Face aux sombres évènements qui secouent la Turquie aujourd’hui, souhaitons que cette promesse ne reste pas lettre morte !

Concentrons-nous sur les aspects culturels de l’exposition. L’Anatolie est un pont entre l’Europe et l’Asie, une péninsule où les communautés les plus diverses se sont établies. A la géographie contrastée de cette région s’ajoute une histoire longue et complexe qui a laissé des traces pérennes dans les traditions et les rituels. Les peuples qui se sont succédé ont apporté leurs richesses intellectuelles tout en, manifestement, adoptant ou adaptant à leur propre culture certains mythes ou pratiques religieuses. Tout l’intérêt de l’exposition, bâtie en quatre volets, est là, dans cette continuité, dans le cheminement de certains cultes au fil du temps. Il repose davantage sur les liens de permanence que sur la mutation des croyances.

Des plus anciennes civilisations anatoliennes à l’Empire ottoman (1299-1922), le parcours proposé aligne douze millénaires, balisés par quelque 200 objets, sculptures et œuvres textiles, précieux joyaux collectés auprès des plus grands musées. Autant de bornes et de repères d’une pérégrination dans des territoires de pensée divisés en quatre volets. Notons le rôle joué par l’Anatolie dans le développement des sanctuaires, Göbekli Tepe étant considéré comme le plus ancien complexe cultuel au monde. L’itinéraire de l’exposition commence par la contemplation du cosmos et ses puissances créatrices. La vénération des phénomènes naturels et de la nature prend le relais. La troisième partie est centrée sur la représentation des dieux et déesses dans les cultures polythéistes, du néolithique à l’âge de fer puis dans les cultes monothéistes. L’imaginaire religieux donne naissance à des créatures hybrides, mi-animales, mi-humaines, omniprésentes dans l’ancienne Anatolie.

L’exposition se penche également sur les débuts de la chrétienté, l’usage des symboles et la représentation du Christ avant d’aborder l’art figuratif seldjoukide et ottoman ainsi que les représentations symboliques du Prophète. Pour finir, la quatrième partie montre comment les hommes s’en remettent aux dieux protecteurs dans leur vie quotidienne. En mêlant notamment rites curatifs et objets sacrés destinés à attirer la protection divine. Certains souverains régnants, représentants de Dieu sur terre, font l’objet d’une vénération fastueuse qui exalte leur grandeur. A la chute de Constantinople et de l’Empire byzantin, certains éléments du cérémonial et des processions impériales seront maintenus par les sultans ottomans.

Anatolia propose un choix intéressant dans son intention et dans sa belle scénographie. Cette dernière, aux mains de Asli Ciçek, privilégie les matériaux traditionnels turcs : le cuivre, le noyer, la feutrine et la céramique. Pour rappel, c’est Ciçek, qui avait notamment mis en scène les expositions A vision of central Europe dont Luc Tuymans était le commissaire et De Van Eyck à Dürer au Groeningemuseum. Une exposition inaugurale à voir.

Anatolia, Home of Eternity
Palais des Beaux-Arts
23 rue Ravenstein 
1000 Bruxelles
Jusqu’au 17 janvier 2016
Du mardi au dimanche de 10h à 18h, le jeudi jusqu’à 21h
www.bozar.be

 

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Idole jumelle d’Alacahoyuk, 3e millénaire avant J.-C., Ankara Museum of Anatolia Civilizations

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Figurine femme assise, 6e millénaire avant J.-C., Nigde Museum

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Rhyton en forme de taureau, période hittite, XVIe s. avant J.-C., Ankara, Musée des Civilisations Anatoliennes

Konya_Karatay

Carreau de céramique glaçurée en forme de croix, Palais de Kubadabad, Début XIIIe s., Karatay Tile Arts Museum, Konya

Ceramique

Céramique d’Iznik avec deux paons, période ottomane, XVIIe s., Sadberk Hanim Museum, Istanbul

casque

Casque de parade, période ottomane, milieu du XVIe siècle, Musée du Palais de Topkapi, Istanbul

idole

Idole de Kultepe, fin 3e début 2e millénaire avant J.-C., Kayseri Archaeological Museum

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