James Ensor (1860-1949), Le repas comique ou les ripailles fantastiques, 1905, craie rouge et noire, aquarelle sur papier, 84 x 51 cm, collection Drossart, estimation 80-120.000 euros, lot 18, vente chez BAA le 6 octobre 2015 – www.ba-auctions.com

Des personnages de tous bords, échelonnés dans tous les sens, ingurgitent force poulets, poulpes, homards, tripes et autres chapelets de boudins ou d’andouillettes. Un vaste tumulte aux traits sanguins sur fond beige bis, telle est l’image exubérante rendue par un Ensor aux prises avec une nourriture abondante. Ce repas fantastique résonne de tous les excès. Il illustre avec ironie – et dans un format rare dans son art – la relation toute particulière que l’artiste entretenait avec la nourriture. Elle lui a servi de modèle à travers toute son œuvre : des raies, des huîtres, des viandes, des choux, des pêches et des fraises lui ont permis de développer son sens de la couleur et de la matière dans des natures mortes truculentes et riches. S’en sont ensuivis les repas, pris seul ou en compagnie d’autres convives. Autant de situations qui ont permis à Ensor d’approfondir son sujet, passant de l’observation minutieuse de mets plus ou moins alléchants à l’allégorie et au symbolisme du sujet, la nourriture devenant artistique dans Les Cuisiniers dangereux ou dogmatique dans L’Alimentation doctrinaire. Et carrément orgiaque dans le dessin qui nous occupe et qui sera mis aux enchères 80-120.000 euros dans une vente 100 % belge dont BAA a manifestement le secret.

Après avoir procédé à la vente Van Buuren en 2013 et à celle d’une partie de la collection Van Geluwe début 2015, c’est la collection d’Eric Drossart qui est mise à l’encan par la salle ayant pignon sur rue au Sablon. Cinquante-huit lots constituent cet ensemble qui témoigne de la passion d’un homme pour l’art belge des XIXe et XXe siècles. Composé de tableaux, de sculptures et de dessins acquis par le collectionneur conseillé par Sabine Taevernier, cet ensemble met côte à côte Emile Claus, Fernand Khnopff et Rik Wouters. Inspiration d’Edgar Tytgat voisine avec les dessins surréalistes d’Ensor tandis que l’énigmatique Baigneuse devant la mer de Spilliaert jouxte une Mer calme déconstruite par Jean Brusselmans. A cette précieuse manne, BAA a ajouté quelques œuvres exceptionnelles comme ces Squelettes travestis de James Ensor (estimation 600-750.000 euros) cachés dans une collection privée depuis sa vente publique en 1932 ou ce Fumeur, un pêcheur endimanché que Constant Permeke a réalisé avec sa fameuse technique à la térébenthine. A voir et plus si affinités.

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James Ensor, Le repas comique ou les ripailles fantastiques, 1905, Brussels Art Auctions

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