Floris Jespers (1889-1965) ainsi que d’autres artistes belges africanistes – comme André Hallet, Fernand Allard L’Olivier ou Paul Daxhelet – figurent au programme d’African Spirit, la vente africaine orchestrée par Artcurial à Paris le 9 novembre prochain. La maison française présente au public belge ces œuvres en avant-première dans son hôtel bruxellois de l’avenue Roosevelt du 23 au 25 septembre. Une occasion unique de découvrir cette collection parisienne composée pendant 25 ans par un amoureux de l’Afrique avant qu’elle ne soit dispersée.

La collection comprend 28 œuvres dont 11 signées Jacques Majorelle (1886-1962), artiste fasciné par la beauté et la sensualité des femmes noires qu’il a peintes entourées d’une végétation luxuriante, mais également par les différentes facettes de la vie sur ce continent qu’il a arpenté du Soudan à la Guinée, en passant par le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Artcurial, qui détient déjà le record mondial pour cet artiste (avec La Kasbah rouge enlevée 1.315.818 euros, le 9 juin 2011), propose un chef-d’œuvre de sa période africaniste, une Maternité (circa 1940) provenant des grands amateurs Barry Friedman et Félix Marcilhac pour un montant de 350-550.000 euros. Les acheteurs pourront également acquérir une grande Scène de marché située à Macenta en Guinée (1952) estimée 200-300.000 euros et, pour le même montant, une Vue d’Ait Ben Addou, pièce maitresse de la fameuse série des Kasbahs de l’Atlas, rehaussée d’or et d’argent et datée de 1929.

Trois sculptures d’Anna Quinquaud (1890-1984), l’artiste sculpteur africaniste le plus coté sur le marché, sont estimées entre 12 et 40.000 euros. Deux belles œuvres d’Alexandre Iacovleff (Antilopes et Homme au turban) ainsi qu’une huile sur toile de Roger Bezombes complètent cette collection qui présente aussi un intéressant volet belge. Trois œuvres de Floris Jespers font partie de cet ensemble et donnent à voir trois façons différentes dont le peintre aborde l’Afrique alors qu’il a déjà la soixantaine et une belle carrière derrière lui. Après avoir tâté de l’impressionnisme à ses débuts et puis s’être affirmé comme un grand représentant de l’expressionnisme influencé par le cubisme, Jespers va trouver une nouvelle source d’inspiration en Afrique où il se rendra à plusieurs reprises entre 1951 et 1957.

La part belge

Ses séjours au Congo belge lui fournissant quantité de nouveaux motifs, Jespers devient africaniste à la fin de sa vie et, comme l’analyse Serge Lemoine dans le catalogue, « à une période relativement tardive par rapport à l’ensemble de ce mouvement qui a poussé les artistes européens à se rendre en Afrique pour peindre ses personnages, ses coutumes et ses paysages. Cet intérêt pour ce continent du point de vue pictural, qui deviendra une mode à Paris et à Bruxelles dans l’entre-deux-guerres et un genre en soi, est cependant plus tardif que celui qui s’est manifesté envers l’Orient ou plus exactement le Proche-Orient, où les peintres se sont rendus dès le XIXe siècle : de Delacroix à Klee en passant par Fromentin, Gérôme et Matisse, la liste est longue et les noms prestigieux. Les artistes africanistes, parmi lesquels se trouvent quelques sculpteurs, sont assez nombreux, mais leurs noms moins connus, à l’exception de Jacques Majorelle et d’Alexandre Iacovleff, dont la réputation vaut toutefois pour l’ensemble de leur œuvre. D’une façon générale, les peintres africanistes furent tous peu ou prou marqués par le cubisme, attirés par le primitivisme, et ont partagé la vision de l’art africain qu’en avaient donné les artistes occidentaux. Les représentations stylisées des figures du peintre belge Auguste Mambour qui s’est rendu en Afrique dans les années 1920 en sont un exemple ».

Quant à Jespers, il réagit d’une manière similaire. Placé devant la réalité, son portrait de Jeune femme Luba ne la représente guère. Au lieu de peindre le portrait individualisé d’une femme de cette ethnie du sud du Congo, il nous livre la représentation littérale d’un masque africain. Et l’on peut noter en passant que dans l’œuvre de Floris Jespers comme dans celle de son frère, le sculpteur Oscar Jespers, le thème du masque inspiré par la statuaire africaine avait déjà été largement utilisé auparavant. Le sujet est ici peint de façon fruste jusqu’à rendre la matière du bois avec sa patine. L’artiste a placé la figure devant un décor très élaboré et d’un grand raffinement, qui fait allusion aux motifs et aux couleurs du pays. Ce tableau a été répertorié dans de nombreux ouvrages spécialisés, notamment en couverture d’un catalogue que la CGER avait consacré en 1984 à l’exposition L’orientalisme et l’africanisme dans l’art belge, XIXe et XXe siècles.

C’est toujours des masques et des figures synthétiques stylisées à l’extrême, plutôt que des personnes à part entière, que l’on retrouve dans les deux autres tableaux mis à l’encan. Les deux figures du Repos à l’ombre (lot 28, 25-35.000 euros) frisent la caricature avec leur profil prognathe tandis que la composition de Femmes congolaises (lot 27, estimation 30-40.000 euros) évoque directement des totems grossiers rendus dans une technique primitive inspirée de celle de la peinture pariétale. Serge Lemoine conclut en parlant d’« une véritable osmose entre son art et le monde africain tel qu’il l’a ressenti ». Un tout grand moment pour les amoureux de l’Afrique.

African Spirit, une collection parisienne
Artcurial Belgique
5 avenue Franklin Roosevelt
1050 Bruxelles
Du 23 au 25 septembre 2015 de 10 à 18h
https://www.artcurial.com/fr/artcurial/bruxelles/

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Floris Jespers, Jeune femme Luba, Kamina, huile sur toile, Artcurial

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