Les vues du ciel de Marie-Françoise Plissart : des entrepôts de Tour & Taxis aux quais de Bruxelles, ces lieux d’activité intense au XIXe siècle, revisités aujourd’hui par son objectif précis et curieux. Les archives improbables de Philippe De Gobert : des photographies d’espaces recréés à partir d’éléments d’architecture construits de ses mains et superposés à d’anciens clichés d’ateliers. Deux maquettes sont aussi exposées. Les usines abandonnées de Gilbert Fastenaekens : des lieux sombres et déserts, autrefois actifs et animés, une promenade insolite qui nous entraîne dans une rêverie très lointaine.

Trois photographes aux prises avec la lumière, mais aussi avec des lieux dont on n’attendrait pas vraiment qu’ils les prennent pour sujet : espaces de travail, lieux industriels, usines, ateliers de fabrication d’objets, architectures construites à l’économie sans volonté de créer la beauté, mais qui dégagent souvent une poésie singulière. Depuis longtemps, des bâtiments, délaissés au gré des mutations industrielles, ont été recolonisés par les artistes.

Il y a une quarantaine d’années, les jeunes compagnies de spectacle, fuyant les espaces consacrés, s’en sont emparés et en ont fait leurs lieux privilégiés d’expérimentation théâtrale. Les expositions d’art, minimalistes ou conceptuelles, ont elles aussi choisi de s’installer dans ces lieux alternatifs souvent très vastes et qui semblaient disponibles à l’invention en dehors des conventions artistiques. À travers ces réaffectations, ces lieux ont acquis une réputation de beauté architecturale qui ne leur était guère reconnue jusqu’alors. La ville a découvert ainsi ses ressources en espace, en même temps qu’une partie importante de son patrimoine historique. L’archéologie industrielle est née de ce mouvement. Le lien s’est établi entre le passé industriel et la création contemporaine dans des espaces vierges de signes culturels, qui semblaient s’ouvrir davantage à l’invention de la nouveauté et à l’expression d’une monumentalité différente de celle qu’exprimaient les générations précédentes. Une foule d’artistes se sont nourris de l’inspiration que leur suggéraient ces espaces bruts, sans expression de style, où régnait l’esprit des ingénieurs.

Marie-Françoise Plissart, Philippe De Gobert et Gilbert Fastenaekens témoignent chacun à leur manière de ce mouvement d’idées et de cette nouvelle sensibilité qui a porté leur art et nous offrent un regard stimulant sur d’autres formes de beauté.


Marie-Françoise Plissart, Philippe De Gobert et Gilbert Fastenaekens

Association du Patrimoine artistique
7 rue Charles Hanssens
1000 Bruxelles
Jusqu’au 3 octobre
Du jeudi au samedi de 14h à 18h
http://www.associationdupatrimoineartistique.be

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Marie-Françoise Plissart, Port de Bruxelles, extrait du livre « Bruxelles », 2013, Prisme Editions

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Gilbert Fastenaekens, Vilvorde, extrait du travail « Nocturne », 1981

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Philippe De Gobert, Artist’s squat, 2014

 

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