Warhol a déclaré un jour : « Je n’ai jamais voulu être peintre, j’ai toujours voulu être danseur de claquettes ». L’histoire de l’art et encore moins le commerce n’ont tenu compte de ces propos. Ce sont les œuvres tangibles qui font monter les prix.

Pompidou-Metz a reconstitué l’ambiance de la célèbre Factory à l’époque où Warhol voulait être producteur de The Velvet Underground. La pochette du premier LP du groupe, The Velvet Underground & Nico, est connue comme l’album à la banane, une icône pop. Warhol illustra 46 pochettes de disque ! C’est la partie financièrement la plus accessible de son œuvre, avec la revue Interview, dont on peut voir dans l’exposition quelques exemplaires du début, d’une qualité d’impression modeste.

Les salles d’exposition sont revêtues de feuilles d’aluminium –  l’effet Silver Factory, qui a eu tant de succès par la suite. Ce miroir gigantesque était le décor idéal pour les spectacles et les portraits, qui arrivaient sur le marché après avoir été sérigraphiés. Warhol y porte une perruque couleur aluminium et se maquille dans le même esprit. De nombreux assistants exécutent les idées du maître.

La Factory devient un lieu où il est bon de se montrer – quand on fait partie de la high-life ! – et il s’y passe toujours quelque chose, un spectacle quasiment sans interruption, « un mélange d’art, de performance et de boîte de nuit », comme l’explique le critique Kenneth Goldsmith. L’exposition est riche en projections qui rappellent cet aspect. La matière est abondante, puisqu’on ne cessait de photographier et de filmer en permanence. Lou Reed, du Velvet Underground, dira : « On pouvait nous comparer à une œuvre d’art en cours d’exécution. »

Ce mouvement, cette continuelle agitation, tout cela a-t-il mené à des œuvres destinées aux galeries d’art de riches amateurs ? On peut en douter. Mais la fusion du tout préfigure notre actualité où les limites des genres et des styles ont quasiment disparu. C’est le côté visionnaire de Warhol, aussi au niveau du commerce de l’art. Les racines artistiques de Warhol, né aux USA mais originaire de la Slovaquie actuelle (Kosice), au croisement de l’art exubérant viennois et du monde des icônes, restent présentes dans sa démarche.

Pompidou-Metz présente aussi une rétrospective très intéressante de Tania Mouraud (1942) jusqu’au 5 octobre. Cette artiste brûle toute sa production (action painting et pop) en 1968 ! Elle développe ensuite une autre approche, dans ses Chambres de méditation dépourvues de toute image. Elle travaille ensuite en vidéo et son, à travers des interventions dans l’espace public.

Mais aussi, toujours en cours, l’exposition Leiris & Co, jusqu’au 14 septembre, qui retrace une expédition ethnographique en Afrique française. On y découvre une profusion d’objets de cette époque (1930) en dialogue avec des grands noms européens de Picasso à Miró, Giacometti, Lam, Bacon, etc.

Un très beau choix d’expositions, sans oublier Phares – jusqu’au 15 février 2016 au rez-de-chaussée – un ensemble de grands formats avec un Miró impressionnant et un décor de théâtre de Picasso !

Warhol underground
Centre Pompidou-Metz
Jusqu’au 23 novembre
www.centrepompidou-metz.fr

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Andy Warhol avec un Silver cloud pillow

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Francis Bacon, Portrait de Michel Leiris, Pompidou-Metz

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Tania Mouraud, Pompidou-Metz

 

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