Mode Muntu, Sans titre, s.d., gouache sur papier fort, signée au verso, 47 x 30 cm, estimation 150-200 euros, lot 274, vente chez Ferraton le 5 septembre 2015 – www.ferraton.be

Tandis que l’art contemporain congolais se décline sous toutes ses facettes à Paris à la Fondation Cartier dans l’expo Beauté Congo 1926-2015 Congo Kitoko, le libraire Alain Ferraton fait la surprise à Bruxelles en organisant une vente d’arts premiers pour la rentrée de septembre. Non pas une de ces grandes et prestigieuses vacations où la plupart des lots sont inaccessibles au commun des mortels mais une vente sympathique avec quelques pièces inédites, l’un ou l’autre document rarissime, le tout dans l’esprit habituel de la maison. Sont alignés pour l’occasion 385 lots avec un tiers d’objets d’art – majoritairement d’Afrique Noire – et deux tiers de livres et de documents papiers centrés sur le sujet. Des photos ethnographiques (du Commandant Dandoy, notamment), des cartes postales et autres cartes anciennes (dont l’une du XVIe siècle montrant un continent africain aussi fantaisiste qu’attachant) voisinent avec quelques manuscrits de grande valeur, comme celui, inédit, du capitaine Edmond Hanssens, le bras droit d’un certain Stanley, premier Blanc à pénétrer dans l’Oubangui en 1884 (lot 143, estimation 3-5.000 euros) et quantité de livres d’art et d’histoire(s). Dans cette malle aux trésors qui a été soumise à l’œil expert de Pierre Loos, on trouvera pêle-mêle colliers, haches, paniers, carquois, coiffes, masques, tabourets, appuis-nuque, serrures, peignes, coupes, etc. Quelques sculptures tiennent le haut du pavé comme ce grand fétiche Tetela de la République démocratique du Congo (lot 96) attendu autour des 4.500-5.000 euros ou ces deux statuettes anthropomorphes Lega réalisées en ivoire et estimées quelque 2.000 euros la pièce.

Une ouverture à l’art contemporain est ménagée par les artistes Edouard Nkulu Wa Nkulu, Kanda Matulu Tshibumba et Mode Muntu (1940-1985), dont ce n’est pas la première en Belgique. Ses œuvres avaient déjà été présentées en 1955 à Ostende, puis au pavillon congolais de l’Expo 58 et Jan Hoet avait déjà pressenti qu’il serait « le peintre du XXIe siècle ! ». Et, comme le confirme le catalogue parisien : « Le temps semble lui donner raison : trente ans après la mort de l’artiste, son œuvre demeure d’une incroyable fraîcheur, sans doute parce qu’elle a bénéficié du succès postérieur des silhouettes de A.R. Penck et Keith Haring ». Les trois gouaches qui seront mises aux enchères pour 200 euros témoignent de cet art vibrant animé de silhouettes longilignes et de motifs épurés dessinés d’un seul trait, répétés inlassablement au rythme de la danse.

274 (692x1024)

Mode Muntu, Sans titre, s.d., gouache sur papier, (c) Ferraton

A propos de l'auteur

Laure Eggericx

Chroniqueuse et journaliste"Historienne de l’art et plasticienne, j’alterne depuis des années la plume et le pinceau pour assouvir et communiquer ma passion de l’art, du patrimoine et de l’architecture. Journaliste pour différents quotidiens (Le Soir, La Libre ...) et magazines (Villas, Les Nouvelles du Patrimoine...), j’ai collaboré à de nombreux ouvrages et expositions concernant aussi bien artistes et artisans qu’architectes contemporains, sites historiques ou balades touristiques. Le marché de l’art est la plus récente corde à mon violon."Laure Eggericx est licenciée en histoire de l’art et archéologie (ULB), graduée en architecture d’intérieur (Saint-Luc-Essai) et diplômée en recherches graphiques et picturales (Académie JJ Gaillard).

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