Cet été, Barcelone est touristique et caniculaire, nous dit-on. Pour ceux qui souhaiteraient explorer la fraîcheur des salles d’expositions, deux magnifiques odyssées à ne pas manquer : Antoni Tàpies, au plus près de sa création et de ses inspirations, et le pionnier finlandais de l’architecture organique, Alvar Aalto.

Antoni Tàpies, journal de création

Juin 1990. La Fondation Antoni Tàpies ouvre ses portes au public. Ce n’est pas un hasard si, pour fêter son 25e anniversaire, elle consacre son exposition estivale à la collection personnelle de l’artiste, dont les héritiers ont récemment fait don à la Fondation. Soit une quarantaine de tableaux de sa main, peu connus ou encore jamais exposés. Et une vingtaine de pièces, quelques-unes remarquables, de maîtres contemporains : Paul Klee, Joan Miró, Kurt Schwitters, Kandinsky, Max Ernst, Marcel Duchamp, Franz Kline, Picasso, Hans Arp, Jackson Pollock, Jean Dubuffet, Willem de Kooning, Robert Motherwell et Sam Francis. Ceux qu’il a aimés ou qui ont eu un ascendant sur lui. L’exposition met en évidence ces proximités et trace un parcours passionnant où s’accumulent les rencontres. Et nous fait découvrir un tout jeune Tàpies figuratif et mystique. Nous voilà plongés dans un certain âge d’or de l’art du XXe siècle.

Sorcier ou démiurge ? Tàpies, c’est cette richesse synthétisée, faite de fragments et de condensations. Un univers où la peinture se mêle à des matériaux humbles, à des objets banals devenus des abstractions. Dans une volonté de ne pas séparer l’art du quotidien. C’est une palette restreinte faite d’ocres, de gris, de noirs, de rouges sanguinolents et de touches immaculées. Ce sont des empreintes fossilisées, des croix, des traces identitaires ou mémorisées, idéogrammes d’une souveraine force, qui signent chaque œuvre. Les toiles de sa période de maturité, dans les années 1980, sont sublimes ! Arrêtons-nous. C’est à nouveau un travail sur la peinture, quand l’artiste revient vers le pinceau après une période où l’objet focalisait son regard. On y devine le plaisir du dessin et l’obsession pour la matière. Denses, lourdes, onctueuses, les couches de peinture surgissent avec une puissance primitive. L’écriture, la rature, les graffitis lacèrent la toile ou le bois. Son œuvre est espace de méditation, pensée philosophique, rencontre entre matière et esprit. Une exposition qu’on ne peut qu’aimer !

Alvar Aalto (1898-1976), forme et dessein

L’exposition consacrée au maître du design organique finlandais montre un demi-siècle d’intuition et de création. Visionnaire formé à l’Université Technique d’Helsinki, grande figure du modernisme international, Aalto est autant architecte que designer, peintre à ses heures. Il fait partie de ces jeunes artistes impatients de forger une identité à un pays qui conquiert son indépendance en 1917. Dès le début, son travail est marqué par l’ample utilisation du bois. Fasciné par les modernistes européens autant que par la force d’expression symbolique des formes naturelles, celui qui définit l’architecture comme art intégral avait la nature finlandaise dans ses gènes. Les espaces du nord sont sa première source d’inspiration dans un style libre qui marie avec élégance esthétique et fonctionnalité, présence physique de l’architecture et immatérialité de la lumière. Qu’il soit artificiel ou bien naturel, l’éclairage est une valeur fétiche.

Mais ce génial rêveur s’intéresse surtout à la vie des hommes et cultive un attachement au confort. Une vision qui se traduit par les qualités magiques de ses bâtiments d’avant-guerre. La bibliothèque Viipuri (1927) et le sanatorium Paimio (1928) ont valeur de manifeste. Croisant harmonieusement modernité et tradition, il y redéfinit le style international observé lors de ses voyages. Et bouleverse l’architecture hospitalière en privilégiant le bien-être du patient, indissociable d’un espace de vie. Un fort sentiment d’humanisme imprègne ces compositions maîtrisées de lumière. Le geste créateur se prolonge à l’intérieur des bâtiments. Aalto s’intéresse à l’ameublement, à l’éclairage, aux verres. C’est d’abord en tant qu’architecte qu’il se positionne sur la scène internationale. Il entre dans l’histoire du design grâce au fauteuil Paimio (1931), au tabouret n° 60, au vase Savoy (1936) et à ses luminaires. L’exposition met bien en avant ce pan moins connu du travail d’Aalto. Déroulée depuis le mois de juin, cette exposition rehausse le ton d’une une ancienne usine textile dessinée par l’architecte moderniste Josep Puig i Cadafalch. A voir.

Tàpies, Collection d’artiste
Fundació Tàpies
Barcelone
Jusqu’au 12 janvier 2016
www.fundaciotapies.org

Alvar Aalto, 1898-1976
Fundació Bancària « la Caixa »
Barcelone
Jusqu’au 23 août 2015
www.fundaciolacaixa.org

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Antoni Tàpies, Marró i baieta, 1975, (c) Fundació Antoni Tàpies, Barcelona / Vegap, photo Gasull Fotografia

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Antoni Tàpies, Gris i negre, 1985, (c) Fundació Antoni Tàpies, Barcelona / Vegap
Photo Gasull Fotografia

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Antoni Tàpies, Graffiti, 1985, (c) Fundació Antoni Tàpies, Barcelona / Vegap, photo Gasull Fotografia

Antoni Tàpies, Oval blanc, 1984, Fundació Antoni Tàpies, Barcelona / Vegap, photo Gasull Fotografia

Antoni Tàpies, Oval blanc, 1984, Fundació Antoni Tàpies, Barcelona / Vegap, photo Gasull Fotografia

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Antoni Tàpies, Autoretrat amb paisatge, 1987, Fundació Antoni Tàpies, Barcelona / Vegap, photo Gasull Fotografia

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Gello « Savoy », Alvar aalto, 1936, (c) Vitra Design Museum, Alexander Vegesack, VEGAP, Barcelone, 2015

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Maison Louis Carré, Bazoches-sur-Guyonne, Alvar Aalto, 1956, 1959, 1961, 1963, (c) Armin Linke 2014

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Alvar Aalto al seu estudi, 1945, (c) Alvar Aalto Estate / Alvar Aalto Museum, photo Eino Mäkinen

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Alvar Aalto, 1898 – 1976, Barcelona, 2015

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Sala d’estar, maison Louis carré, Bazoches-sur-Guyonne, France, Alvar Aalto, 1956-1961, (c) Alvar Aalto Museum, photo Heikki Havas, VEGAP, Barcelone, 2015

 

 

 

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