La rugueuse Tate Modern contemple fièrement les rives de la Tamise, insensible à la fourmilière grouillant à ses pieds. Déversée par le tube, des grappes de visiteurs entrent et sortent de l’ancienne usine électrique, conçue par Giles Gilbert Scott durant les Trente Glorieuses. Après un ultime ravalement de façade, celle-ci abrite depuis 2000 la branche contemporaine de la Tate Modern. Sept niveaux articulés de part et d’autre d’une massive allée centrale. Impressionnant, de quoi faire regretter l’interdiction de tournage décrétée. Mais si l’on peut s’attarder longuement sur l’architecture des lieux, c’est surtout ce qu’ils renferment qui trouve importance aux yeux des esthètes. La Tate Modern accueille jusqu’au bout de l’été, en plus de Sonia Delaunay, une rétrospective consacrée à Agnès Martin. L’exposition retrace la vie cette figure clé de l’abstraction américaine, de ses premières expérimentations jusqu’à la fin de sa vie.

« My paintings have neither objects nor space nor time nor anything – no forms. They are light, lightness, about merging, about formlessness, breaking down forms », disait-elle. C’est à New York que s’écrivent les prémices artistiques de cette Américaine, dans les quartiers de Coenties Slip, entourée de figures comme Ellsworth Kelly, Robert Indiana et Lenore Tawney. Un éveil sous forme d’expérimentations, Agnès testant divers médias et formes avant de trouver son style caractéristique, distillé sur d’imposantes grilles carrées. L’exposition retrace cette période artistique, rarement abordée jusqu’alors. Au fil des salles, le style se dessine, formant un fil rouge facilement accessible. A priori, la sobriété des dessins pourrait prêter à sourire. Il y a pourtant de l’apaisement dans ces acryliques pâles. L’artiste s’attelait à peindre sur de grandes surfaces, ne diminuant la taille de ses peintures qu’au crépuscule de son œuvre.

Une rétrospective extrêmement complète, livrée en 11 actes menés tambour battant. Présentée sous ce jour, l’œuvre artistique de l’Américaine marque par sa cohérence. Il faut dire que, jusqu’à ses derniers jours, l’artiste a détruit de nombreuses œuvres qui ne rentraient pas dans ses standards de perfection, au grand dam des marchands d’art qui n’avaient de cesse de la haranguer. De plus, les indications sont extrêmement renseignées et mettront vite à niveau les nouveaux venus dans cet univers singulier.

Agnes Martin
Tate Modern
Londres
Jusqu’au 11 octobre 

Friendship 1963, Agnes Martin

Agnes Martin, Friendship, 1963, New York, Museum of Modern Art (MoMA)

Untitled 1977, Fondation Hubert Looser Photo

Agnes Martin, Untitled 1977, Private Collection, Photograph courtesy of Pace Gallery, (c) 2015 Agnes Martin / Artists Rights Society (ARS), New York

Untitled 1959, Agnes Martin

Agnes Martin,Untitled 1959, Des Moines Art Center, Iowa, USA (c) 2015 Agnes Martin / Artists Rights Society (ARS), New York

Untitled #1 2003, Agnes Martin

Agnes Martin, Untitled #1, 2003
Fondation Louis Vuitton, Paris, (c) 2015 Agnes Martin / Artists Rights Society (ARS), New York

On a Clear Day 1973, Agnes Martin

Agnes Martin, On a Clear Day, 1973, Parasol Press, Ltd., (c) 2015 Agnes Martin / Artists Rights Society (ARS), New York

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