Pour sa première exposition médiévale, le Louvre-Lens a rendez-vous avec la Toscane du XIIIe siècle et ses influences parisiennes. Qui vient à son heure, alors que les vitraux de la Sainte-Chapelle, joyau du gothique rayonnant, viennent de retrouver leur éclat après une longue restauration. Comment la capitale la plus peuplée d’Europe a-t-elle exercé son influence sur Pise, Sienne et Florence ? L’exposition D’or et d’Ivoire décrypte les balbutiements de la pré-Renaissance et les liens artistiques qui prennent corps entre deux pôles.

Paris, 1250. Dominante sur le plan intellectuel, politique et religieux, la capitale est connue pour la virtuosité de ses artisans – tailleurs de pierre, peintres, verriers, orfèvres – qui s’affirment dans un nouveau langage stylistique et décoratif. L’intensification du commerce engendre, comme dans les grandes cités toscanes, un enrichissement favorable à l’épanouissement artistique et à de grands chantiers. C’est l’apogée du gothique rayonnant. La sculpture s’attache à l’art du drapé, dans une recherche de légèreté, de simplicité et d’élégance. Pour des effets de volume et de mouvement. L’ivoire tient une place de choix et est goûté par les meilleurs artistes. Paris éblouit et devient la capitale du luxe.

Au XIIIe siècle, l’Italie est un carrefour d’influences. La sculpture marie avec bonheur les influences romaines, les réminiscences byzantines et étrusques, l’emprise germanique et l’arrivée du gothique. A l’instar de l’architecture, elle s’approprie les vestiges d’une Antiquité oubliée qui redevient visible. La deuxième salle de l’exposition souligne la naissance d’un goût toscan. Parmi la nouvelle génération d’artistes, Nicola Pisano, né vers 1220, est une des plus extraordinaires figures du moment. Omniprésent sur les grands chantiers, il donne un élan nouveau à la sculpture monumentale grâce aux influences à la fois antiques et gothiques. Tout en s’éloignant volontairement du caractère hiératique dans l’attitude et l’expression de ses personnages. Le rendu des visages et des vêtements est directement inspiré de la statuaire antique, la liberté de mouvement, l’expressivité, le déhanchement et la diversité des poses dénotent l’influence de la sculpture gothique.

Son fils Giovanni ainsi que Tino di Camaino lui emboîtent le pas. Nous voilà dans la troisième salle qui, elle, souligne l’influence parisienne. Arrêtons-nous devant La Descente de Croix (Louvre-Paris) ou bien devant le Christ crucifié en ivoire de Giovanni Pissano ! Fin et extrêmement délicat, entre la vie et le trépas, il est d’une expressivité touchante. A la densité majestueuse de son père, Giovanni substitue une tension dramatique qui donne à toutes ses figures une dynamique interne totalement étrangère jusque-là à l’art italien. Il a certainement connu et apprécié l’art gothique français, mais sa prédilection pour les formes de l’art parisien de la période 1250-1270 peut aussi bien être l’indice d’un voyage en France pendant sa période de formation qu’une connaissance de la sculpture française par des dessins et des ivoires.

La dernière salle s’ouvre sous le titre Destins croisés. Le style monumental de la sculpture reste en vigueur jusqu’au début du XIVe siècle. L’art parisien s’adoucit. Le gothique est à son apogée en Italie. En 1309, le Pape Clément V renonce à Rome et s’installe à Avignon. Les contacts entre Paris et les villes toscanes rivalisant entre elles s’intensifient. Paris inspire encore, mais Pise, Sienne et Florence affirment leur singularité avec plus d’énergie. Chacune avec une envie d’explorer différemment.

Une exposition qui rassemble des prêts exceptionnels consentis par de prestigieux musées. Avec des confrontations inédites puisque certaines pièces n’ont jamais été exposées en France. C’est l’occasion de les découvrir et de faire un voyage passionnant dans des années charnières !

D’Or et d’Ivoire
Louvre-Lens
France
Jusqu’au 28 septembre 
Tous les jours
De 7h à 21h jusqu’au 15 septembre
De 8h à 19h à partir du 16 septembre
www.louvrelens.fr

Anges-de-Saudemont

Anges dits de Saudemont, Nord de la France, vers 1270-1300, bois, Arras, Musée des Beaux-Arts, (c) Musée des Beaux-Arts d’Arras / Claude Thériez

Diptyque-Noli

Maître du codex de Saint Georges, Éléments de diptyque : Noli me tangere, Florence, vers 1320, tempera sur bois, Florence, Museo Nazionale del Bargello, (c) S.S.P.S.A.E e per il Polo Museale della città di Firenze – Gabinetto Fotografico

Diptyque-Couronnement

Maître du codex de Saint Georges, Éléments de diptyque : Couronnement de la Vierge, Florence, vers 1320, tempera sur bois, Florence, Museo Nazionale del Bargello, (c) S.S.P.S.A.E e per il Polo Museale della città di Firenze – Gabinetto Fotografico

Déposition

Christ de Déposition, Prato, vers 1250, bois, Prato, Duomo, (c) 2015 Photo Scala, Florence

vierge-enfant-notre-dame

Moulage en plâtre de la Vierge du bras nord du transept de Notre-Dame de Paris, Paris, milieu du 19e siècle, photo Charles-Hilaire Valentin

La Vierge au calvaire provenant de Prato

Vierge pleurant, Prato, vers 1250, bois, Paris, Musée de Cluny – Musée national du Moyen Âge, (c) RMN-GP (musée de Cluny – musée national du Moyen-Âge) / Gérard Blot

Tete de roi mage, provenant de la cathÈdrale Notre-Dame

Jean de Chelles, Tête de Roi mage, Paris, cathédrale Notre-Dame, 1250-1258, calcaire, Paris, Musée de Cluny – Musée national du Moyen Âge, (c) RMN-GP (musée de Cluny – musée national du Moyen-Âge) / Franck Raux

Samson sur le lion, vitrail de la Sainte-Chapelle de Paris

Samson et le Lion, Paris, Sainte-Chapelle, 1241-1248, vitrail, Paris, Musée de Cluny – Musée national du Moyen Âge, (c) RMN-GP (musée de Cluny – musée national du Moyen-Âge) / Franck Raux

Valve de miroir : Le jeu d'Èchecs

Valve de miroir : Le Jeu d’échecs, Paris, vers 1300, ivoire, Paris, Musée du Louvre, (c) RMN-GP (musée du Louvre) / Daniel Arnaudet

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