Il y a quelques semaines, à Mons, on annonçait l’inauguration de cinq musées. Une belle annonce marketing. Cinq musées, ça n’est pas rien ! Au cours de la journée, nous nous rendrons compte qu’il s’agit de deux musées et de trois lieux hybrides. Ce qui n’enlève rien à leur qualité. Petite tapette au service marketing de Mons 2015 mais revue en détails des nouveaux lieux, dont un est particulièrement passionnant.

Le Mons Memorial Museum est un tout nouveau musée. S’étendant sur 3000 m² dont 1200 m² réservés au parcours permanent, il est installé sur le site de la Machine à Eau. Deux extensions contemporaines ont été ajoutées au bâtiment historique, devenu charnière, point d’accueil et de départ des expositions. Les architectes Pierre Hebbelinck et Pierre de Wit expliquent que lorsqu’ils se sont lancés, le musée n’existait pas. Ils ont pu participer à la réflexion globale sur la forme et le fond du musée. Ainsi, les parois, les sols et plafonds en pente, à différents endroits du parcours, accentuent la scénographie. Bien loin d’être un musée à la gloire des conflits armés, ce mémorial offre un parcours dans la petite et la grande histoire autour des guerres 1914-1918 et 1940-1945. Extrêmement didactique, il présente tant une chronologie des conflits que des uniformes ou des objets du quotidien. Il met en lumière le vécu des civils et celui des soldats : cantines, képi, tickets de rationnement, mais aussi tracts de la résistance, traces des sabotages et des filières d’évasion. C’est donc un regard large, non glorifiant et vraiment intéressant. Un beau musée, qui devrait attirer les visiteurs amateurs d’histoire, en route vers d’autres lieux de mémoire comme Bastogne et Ypres.

L’autre musée est le musée du Doudou. Il est installé dans les établissements du Mont-de-Piété construit en 1625, derrière l’actuelle maison communale de Mons. Le Doudou est le nom populaire d’une semaine de liesse collective qui débute à Mons le week-end de la Trinité. Ses origines remontent au XIVe siècle. La visite du musée se fait avec un système audio accompagnateur. La scénographie offre de nombreux temps d’interaction : vidéos, écrans courbes et autres expériences technologiques plongent le visiteur dans un tour des différents épisodes du Doudou. C’est joyeux, ludique et vraiment bien fait.

Deux musées donc. En y ajoutant le très actif BAM (musée des Beaux-Arts de Mons), qui expose actuellement Van Gogh, cela fait trois musées pour une petite ville. Le challenge sera de faire vivre ceux-ci dans le temps, et pas seulement pour les touristes. La question d’amener les Montois voisins des musées à l’intérieur de ceux-ci a été « résolue » pour le moment par l’organisation de nombreuses visites pour les écoles. « Ce sont les enfants qui attireront leurs parents dans les musées », nous dit-on. On attend de voir ça !

Un beffroi, un site de fouilles, des réserves

Les autres lieux sont le Beffroi, le Silex’s et l’Artothèque. Le beffroi, dressé fièrement à un point culminant de la ville, est une merveille de 87 mètres de haut avec 49 cloches, construit entre 1661 et 1672, et reconnu par l’UNESCO depuis 1999. Sa restauration est en cours depuis 40 ans ! Il sera accessible dès l’été. Il contiendra en effet quelques salles d’exposition dont un centre d’interprétation qui présentera le Beffroi en tant que Patrimoine mondial, le panorama, l’histoire du lieu, l’horloge et le carillon. Un beau monument, préservé.

Parlons ensuite du Silex’s, lieu de fouilles remarquable, perdu au milieu de champs, aujourd’hui protégé et signalé par un bâtiment fait d’une structure légère en acier, gracieuse et intelligente, sur pilotis et ouverte au vent, créée par le bureau d’architectes Holoffe et Vermeersch. Sous cette structure se cachent des dizaines de minières de silex datant du Néolithique. Les hommes de l’époque avaient creusé ces minières pour s’y fournir en silex qui, avant l’ère du métal, était la base de leurs outils. Reconnu en 2000 par l’Unesco, le site archéologique de Spiennes est l’un des plus vastes et des plus anciens centres d’extraction de silex en Europe. Parsemé de milliers de puits de mines, il s’étend sur 100 hectares. Mis au jour en 1867 lors de travaux de creusement d’une tranchée pour la ligne de chemin de fer, il est fouillé depuis cette époque. Les plus anciennes minières sont vieilles de 6400 ans ! Hormis la quantité incroyable d’éclats de silex qui jonchent le sol, attestant que le silex, après avoir été remonté, était taillé sur place, les fouilles ont mis au jour des milliers d’objets dont des haches, des lames de silex, des poteries, mais aussi des restes de fauves et de squelettes humains, ainsi qu’un village néolithique entouré d’une enceinte. Le Silex’s est un passionnant lieu pédagogique, sans salles d’exposition. Le moment le plus intense de la visite restant la descente via un puits dans une des minières.

Le clou du programme est l’Artothèque, qui n’est pas un musée mais bien les réserves centralisées de tous les musées de la ville ! L’idée de rassembler les réserves de plusieurs musées d’une même ville existe déjà aux Etats-Unis ou dans quelques villes de France. Ce type d’organisation permet de placer dans un même lieu les œuvres et objets conservés ainsi que tous les services tels que le récolement, la nomenclature, la photographie, l’emballage, le stockage, la restauration, la digitalisation, le prêt, l’étude et la communication sur ces œuvres et objets. « On a pu constater que ce type de centralisation des réserves permettait de multiplier par trois le nombre de prêts vers des expositions à l’étranger. Car, en effet, les commissaires d’exposition préfèrent venir vers ce genre de centre pour chercher ce dont ils ont besoin pour construire leurs expositions plutôt que de passer par plusieurs petits musées provinciaux. Sans compter les énormes économies d’échelle » , explique le directeur de l’Artothèque, Michel De Reymaeker.

Comment en est-on arrivé là à Mons ?

Il y a dix ans, lors de l’arrivée de la nouvelle majorité, les musées de la ville étaient à l’agonie. La décision – courageuse et audacieuse – de rassembler les réserves en un seul lieu fut prise. Il n’y eut pas beaucoup de résistance puisque les musées de la commune étaient soit fermés, soit presque morts. C’est la chapelle de l’ancien couvent des Ursulines, située en face de la collégiale Sainte-Waudru, qui accueille cette remarquable Artothèque, qui n’est donc pas un musée mais néanmoins un lieu passionnant. Sur sept niveaux et plus de 1000m², en plus des réserves et des différents services, s’y trouve un bref parcours ouvert au public, permettant de faire découvrir les missions habituellement invisibles et les métiers cachés du musée, ainsi qu’un centre de documentation accessible à tous.

Une salle ouverte au public présente des étagères, vitrines et tiroirs – que l’on peut ouvrir – contenant des objets stockés par type de matériaux (papier, bois, pierre, métal). Plus de 6000 pièces sur 50 000 ont déjà été numérisées, inventoriées et documentées. « Cet immense volume d’information (big data) est une masse difficile à renvoyer vers le public ou les chercheurs », poursuit le directeur de l’Artothèque. En effet, comment la traiter, comment la structurer, quelles lignes d’organisation choisir pour que cette masse d’informations soit utilisable ? L’Artothèque a démarré un partenariat avec les entreprises en numérique de la région, pour mettre au point des programme de structuration. Ces méthodologies et applications seront testées dans l’Artothèque par les visiteurs et elles pourraient ensuite être commercialisées vers des structures muséales à l’international, toujours en partenariat avec les entreprises privées. Une belle manière de valoriser les importants investissements. Ces cinq structures ont toutes bénéficié à des degrés divers de financements européens (FEDER), wallons, de la Fédération Wallonie-Bruxelles et/ou de la Ville de Mons. L’Artothèque est le pivot central du fonctionnement en réseau des musées de Mons… On veut la même à Bruxelles !

www.mons.be

Affiche, combat dit Lumeçon © collection Ville de Mons

Affiche, combat dit Lumeçon © collection Ville de Mons

Artothèque © L'escaut Gigogne

Artothèque © L’escaut Gigogne

© Lionel Arrys - Beffroi

© Lionel Arrys – Beffroi

© Ville de Mons - Extérieur du Mons Memorial Museum

© Ville de Mons – Extérieur du Mons Memorial Museum

© MF Plissart, Vue de la minière, Petit-Spiennes

© MF Plissart, Vue de la minière, Petit-Spiennes

SILEX's, ©WBT-JPRemy

SILEX’s ©WBT-JPRemy

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