Le village de Croix, entre Roubaix et la frontière belge, héberge les descendants des grands industriels textiles du Nord de la Belle Epoque. On y trouve aujourd’hui encore de belles demeures, discrètement cachées dans de vastes jardins. Le grand collectionneur Dutilleul, qui est à l’origine du musée de Villeneuve d’Asq (LaM), était un voisin des Cavrois.

Leur villa est la plus éclatante en architecture et date de 1932. C’est le chef-d’œuvre de l’architecte moderniste Robert Mallet-Stevens. Une façade de 60 mètres, 1840 m² de surface habitable et 830 m² de terrasses. Tout cela pour un couple et sept enfants ! Et 5 ha de jardin. Paul Cavrois, qui possédait plusieurs usines, avait épousé la femme de son frère tué pendant la guerre 1914-1918, une Vanoutryve, descendante d’une des familles les plus riches de Roubaix (et d’origine flamande). L’esprit de famille est incrusté dans le concept du bâtiment.

Robert Mallet-Stevens, d’origine belge, était apparenté avec les Stoclet et a pu montrer à Robert Mallet-Stevens l’hôtel Stoclet de Bruxelles, chef-d’œuvre de l’architecte autrichien Hoffmann, comme exemple à suivre, mais dans un style plus moderne (De Stijl …) et avec tous les gadgets techniques du moment. Il y a d’ailleurs une certaine ressemblance dans les plans des deux demeures devenues iconiques.

La famille Cavrois a été privée de sa résidence pendant l’occupation en 1940-1945, réquisitionnée pour en faire une caserne allemande, et n’a pu récupérer son bien qu’en 1947. Les Allemands avaient comblé l’étang du jardin. On divisa la maison entre les deux fils et on voulut finalement abattre la maison et lotir le domaine. Sous la pression de grands architectes (Norman Foster et Renzo Piano notamment), la villa fut classée monument historique, contre l’avis de son propriétaire. Le promoteur propriétaire laissa malgré tout opérer les pilleurs, qui emportèrent tous les marbres, bois et métaux précieux. C’est finalement une ruine que l’Etat acquit en 2001. La remise en état originel du bâtiment et d’une partie du jardin a coûté 23 millions d’euros ! La Villa Cavrois est désormais l’un des deux monuments nationaux de la France du XXe siècle. Et l’un des deux monuments classés dans le Nord, avec la Colonne de la Grande Armée, à Wimille près de Boulogne. Le Centre des monuments nationaux gère 98 sites, avec presque 10 millions de visiteurs par an.

On trouve en Belgique quelques monuments comparables, mais privés et donc inaccessibles : le Palais Stoclet à Bruxelles et, à Rhode-Saint-Genèse, la Villa Dirickx Paquebot, de l’architecte Marcel Leborgne (1933). Restaurée, elle est actuellement en vente.

Villa Cavrois
60 av. J.F. Kennedy
59170 Croix
France
www.villa-cavrois.fr
Une ligne de tram mène de la gare de Lille à Croix (arrêt Cavrois)

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Villa Cavrois, Office, Robert Mallet-Stevens, photo Didier Plowy

Villa Cavrois, chambre de jeune homme, Robert Mallet-Stevens, photo Didier Plowy

Villa Cavrois, chambre de jeune homme, Robert Mallet-Stevens, photo Didier Plowy

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Villa Cavrois, vestibule, Robert mallet-Stevens, photo Jean-Luc Paillé

 

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