S’émouvoir devant un Pierre Bonnard, ça peut arriver à tout âge, n’est ce pas ? A 10 ans, par exemple, quand, petite fille, on tombe en arrêt devant ces toiles au format allongé, présentant des enfants courant dans un sous-bois. Ou devant cette peinture d’une femme allongée dans son bain, plus morte que vive.

Les peintures de Bonnard (1867-1947) sont pour chacun une invitation à entrer dans un monde rêvé. Peindre l’Arcadie est le titre de la rétrospective qui lui est consacrée au Musée d’Orsay. L’Arcadie est une utopie, une terre idyllique pastorale et harmonieuse… Bonnard n’eut jamais peur de produire des œuvres décoratives. Il créa d’ailleurs des panneaux destinés à garnir l’escalier d’honneur d’un client moscovite, le triptyque La Méditerranée que nous avions pu admirer à l’Hermitage à Amsterdam.

A Orsay, au fil des salles, se déploient les thèmes qui ont occupé l’artiste toute sa vie : le Midi, le jardin sauvage, les scènes d’intérieur, les scènes de bains. Son goût pour le japonisme se retrouve dans ses cadrages si typiques, qui découpent sans vergogne une scène de toilette, donnant à voir un bout de silhouette d’une femme nue. Ce faisant, il ajoute du mystère, un côté théâtral, l’œil du visiteur se retrouvant à la place d’un spectateur secret. De nombreux tableaux présentent des repas, dans lesquels il met en scène les membres de sa famille, mais aussi les animaux domestiques. On y découvre ses touches si volatiles pour rendre une nappe, une tasse en porcelaine, une lampe… Ses paysages sont un foisonnement de couleurs dorées, de jaunes, de rouges… Son amour pour le Midi, où il finira ses jours, il le transmet avec cette palette lumineuse.

Compositions, aplatissement des perspectives, ouverture des scènes d’intérieur vers l’extérieur et le jardin, tout n’est que joie profonde, sensualité, appétit dans les peintures de Pierre Bonnard ! Sauf dans ses autoportraits, qu’il multipliera aux différents âges de sa vie. Et dans les scènes de bain où sa femme, Marthe, qui avait la manie de la propreté et devenait peu à peu folle, flotte allongée dans une eau multicolore, raide et presque comme morte. Là et face au miroir, il ose sans conteste faire émerger une part d’ombre, une solitude, une violence. Sous des dehors décoratifs, saisissant les détails d’un papier peint, d’un carrelage, il montre autre chose, peut-être une terrible angoisse de mort.

Pierre Bonnard, devenu célèbre, ne pouvait s’empêcher de retoucher ses toiles une fois celle-ci achetées et exposées dans un musée. Ses amis appelaient ça bonnarder ou bonnardiser. Un journaliste relate, en 1943, cette attitude devenue visiblement coutumière : « Au musée de Grenoble puis au musée du Luxembourg, il lui arriva de guetter le passage d’un gardien d’une salle à l’autre, de sortir d’une poche une minuscule boîte garnie de deux ou trois tubes et, d’un bout de pinceau, d’améliorer furtivement de quelques touches un détail qui le préoccupait. Et, son coup fait, de disparaître, radieux, comme un collégien après une inscription vengeresse au tableau noir. » Au Cannet, là où Bonnard finit sa vie, un musée lui est consacré. Il est ouvert depuis le 25 juin 2011. De Paris au Midi, deux balades estivales s’imposent !

Pierre Bonnard
Peindre l’Arcadie
Musée d’Orsay
Paris
Jusqu’au 19 juillet
http://www.musee-orsay.fr/

www.thalys.com

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Pierre Bonnard (1867-1947), vue du Cannet, panneau décoratif pour Jean-Charles Moreux, 1927, Le Cannet, Musée Bonnard, dépôt du musée d’Orsay
© Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
© ADAGP, Paris 2015

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Pierre Bonnard (1867-1947) , L’Homme et la femme, 1900
Huile sur toile, Paris, musée d’Orsay, RF 1977-76
© Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt © ADAGP, Paris 2015

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Pierre Bonnard (1867-1947), Les Frères Bernheim- Jeune, 1920, Paris, musée d’Orsay, 1951, RF 1977-78 © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt © ADAGP, Paris 2015

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Pierre Bonnard (1867-1947), Le grand jardin, 1895, Paris, musée d’Orsay, RF 1982 58 © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt © ADAGP, Paris 2015

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Pierre Bonnard (1867-1947), Le Chat blanc, 1894, Paris, musée d’Orsay, RF 1982-74 © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt © ADAGP, Paris 2015

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Pierre Bonnard (1867-1947), Le Boxeur (portrait de l’artiste), 1931, Paris, musée d’Orsay, donation de Philippe Meyer, 2000, RF 2000-12 © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Michèle Bellot © ADAGP, Paris 2015

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Pierre Bonnard (1867-1947), La Symphonie pastorale, panneau décoratif pour Bernheim-Jeune, 1916-1920, Paris, musée d’Orsay, don de la Fondation Meyer 2009, RF 2009-14 © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt © ADAGP, Paris 2015

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Pierre Bonnard (1867-1947), La Soirée sous la lampe, 1921, Paris, musée d’Orsay, RF 2000-11 © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Adrien Didierjean © ADAGP, Paris 2015

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Pierre Bonnard (1867-1947), La Loge, 1908, Paris, musée d’Orsay, RF 1989-32 © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt © ADAGP, Paris 2015

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Pierre Bonnard (1867-1947), Femmes au jardin, Femme à la robe quadrillée, 1890- 1891, Paris, musée d’Orsay, RF 1984 161 © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski © ADAGP, Paris 2015

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Pierre Bonnard (1867-1947), Femme assoupie sur un lit, dit aussi L’Indolente, 1899, Paris, musée d’Orsay, RF 1977-75 © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Thierry Le mage © ADAGP, Paris 2015

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Pierre Bonnard (1867-1947), Femmes au jardin, Femme assise au chat, 1890- 1891, Paris, musée d’Orsay, RF 1984 160 © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski © ADAGP, Paris 2015

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Pierre Bonnard (1867-1947), Femmes au jardin, Femme à la pèlerine, 1890- 1891, Paris, musée d’Orsay, RF 1984 162 © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt © ADAGP, Paris 2015

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Pierre Bonnard (1867-1947), Danseuses ou Le Ballet, vers 1896, Paris musée d’Orsay, RF 2013 20 © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt © Paris, ADAGP 2015

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Pierre Bonnard (1867-1947), La Toilette, dit aussi La Toilette rose, 1914, retouché en 1921, Paris, musée d’Orsay, RF 1977-62 © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski © ADAGP, Paris 2015

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Pierre Bonnard (1867-1947), L’Après-midi bourgeoise, dit aussi La Famille Terrasse, 1900, Paris, musée d’Orsay, RF 1988-50, © Musée d’Orsay, dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt © ADAGP, Paris 2015

 

2 Réponses

  1. Tania

    Merci pour ce billet et les magnifiques illustrations grand format. Je ne connaissais pas cette délicieuse « Femme assise au chat ».
    Le musée Bonnard au Cannet est un bel endroit pour goûter l’univers du peintre et on peut aussi flâner jusqu’aux environs de sa maison, Le Bosquet, dissimulée dans la verdure (toujours dans la famille, elle ne se visite pas).

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    • Muriel de Crayencour
      Muriel de Crayencour

      Ce sont de tous jeunes artistes, que vous comparez avec des artistes accomplis.

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