Son pinceau fouille et s’égare dans l’histoire de l’art. Fascinée par l’avant-garde de la première moitié du XXe siècle,  elle multiplie les lignes de fuite qui se rencontrent ou s’évitent dans des espaces fictionnels où se bousculent de surprenants jeux d’échelle. Nous voilà impliqués dans un délicieux chaos géométrique qui se libère des contraintes de la perspective et réhabilite joliment l’ornement. Elle, c’est Farah Atassi. Atypique. Une promesse qui étonne, à la Galerie Michel Rein.

Formée aux Beaux-Arts de Paris, cette jeune Belge d’origine syrienne a travaillé dans l’atelier du peintre Jean-Michel Alberola. Remarquée, à raison, dans les pépinières que sont le Salon de Montrouge et l’exposition Dynasty au Palais de Tokyo et au Musée d’Art Moderne à Paris, Farah Atassi a été nominée pour le Prix Marcel Duchamp en 2011. Son œuvre n’est pas de celles qui s’imposent par des innovations fulgurantes. Depuis le début, son originalité est d’explorer les rapports contradictoires entre planéité et profondeur, entre abstraction et figuration. Ses premières créations (nos préférées) concilient ces dualités en s’inspirant des intérieurs de maisons communautaires russes. Dans ce qu’elle nomme l’esthétique de la ruine, elle peint des espaces architecturaux désertés, des salles oubliées, occupées uniquement par des objets d’art et de design. Des lignes esthétiques solides où l’absence, le vide frappent et émeuvent ! Sa deuxième série célèbre les utopies modernistes. Des maquettes de bâtiments industriels posées méticuleusement dans des espaces creusés par des motifs géométriques nient l’effet de perspective.

Ses dernières toiles posent un regard sur l’histoire des formes. Elles s’attachent à intégrer l’ornement en créant des analogies entre abstraction et motifs issus d’univers folkloriques. Une des évolutions majeures de notre histoire plastique peut-elle être interprétée comme le prolongement d’évolutions formelles des arts décoratifs ? Des motifs à chevrons, des étoiles ponctuent la toile en révélant murs, plafonds et sols. Les contours de l’espace esquissé en deviennent légers, plus fragiles. Farah Atassi s’éloigne de la notion de vide et densifie ses compositions tout en multipliant les focales et les points de vue. La figure humaine fait son apparition, brise l’effet de profondeur et devient l’objet central du tableau. Déformée, décomposée, elle emprunte le sillage du cubisme pictural et s’imbrique étroitement avec la géométrie qui couvre la surface de la toile.

Farah Atassi
Galerie Michel Rein
51A rue Washington
1050 Bruxelles
Jusqu’au 19 juillet
Du mardi au samedi de 10h à 18h 
http://michelrein.com

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F. Atassi, Courtesy The Artist and Michel Rein, Brussels

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F. Atassi, Courtesy The Artist and Michel Rein, Brussels

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F. Atassi, Courtesy The Artist and Michel Rein, Brussels

 

A propos de l'auteur

Elisabeth Martin

Collaborateur
"Tout le monde discute mon art et fait semblant de comprendre, comme s'il était nécessaire de le comprendre, quand il s'agit d'aimer…" - Claude Monet
Traductrice, pédagogue, licenciée en sciences humaines et histoire de l' art à l'Université Ouverte de Barcelone (UOC). Passionnée d'art contemporain avant tout, elle collabore avec certains artistes et rédige reportages et critiques depuis 2010. C'est un regard personnel qu'elle souhaite montrer sur ses découvertes et intérêts.

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