Une veste tapis traîne de Nico Vegas : une redingote dont le dos est si long qu’il tombe sur le sol et se poursuit en tapis de près de 15 m. Présentée une première fois lors du défilé du duo A.F. Vandervorst en 1993, elle provoqua l’enthousiasme de Jean-Paul Gaultier qui s’écria : « La mode belge est formidable ! »

Sous le titre Summer of fashion, toute une série d’expositions et d’événements sont à voir à Bruxelles. Un programme proposé en coproduction avec MAD Brussels, une asbl créée en 2010 pour promouvoir stylistes et designers belges. MAD qui annonce l’ouverture prochaine, place du Nouveau marché aux grains, de son siège. C’est la première fois qu’une exposition majeure sur la mode belge est organisée à Bruxelles. A commencer par l’exposition centrale, Les Belges. Une histoire de mode inattendue.

Dès l’entrée, après la veste tapis traîne de Nico Vegas, une grande vitrine Heritage reprenant une veste biche de Christophe Coppens, un chapeau moule d’Elvis Pompilio, un corset en galon noir-jaune-rouge, etc. offre un condensé de ce qui serait notre identité belge dans la mode. Le tout sur fond d’une tapisserie ancienne. La Belgique a, il est vrai, une longue tradition dans le textile, de la production de coton et de lin à la maroquinerie en passant par la tapisserie ou la dentelle.

Dès la deuxième salle, voici, en contre-point, une présentation de la maison de couture Norine, créée à Bruxelles en 1915 par Honorine Deschryver et Paul-Gustave Van Hecke, un couple d’excentriques qui travailla dès les années 1920 avec René Magritte et d’autres artistes. Gustave Van Haecke considérait que la mode était de l’art. Ce couple contribua par son originalité à ouvrir la porte à l’avant-garde de la mode belge. Avant l’émergence des stylistes belges, les dames fortunées allaient à Paris commander leurs robes ou les faisaient faire chez des couturières qui se procuraient leurs patrons à Paris. Ensuite, c’est un immense cortège de plus de trente silhouettes de créateurs qui, par leur inévitable sens de l’avant-garde, ont participé à l’émergence de la mode belge.

La décennie des années 1980 est florissante, avec la création de l’Institut du Textile et de la Confection de Belgique. Sa directrice, Helena Ravijst, sous le slogan Mode, c’est Belge, va faire bouger à grand pas ce domaine, avec comme point d’orgue le concours de la Canette d’Or. On voit alors l’émergence de six créateurs : Dries Van Noten, Dirk Bikkembergs, Marina Yee, Dirk Van Saene, Walter Van Beirendonck et Ann Demeulemeester. En 1986, ils louent une camionnette, y embarquent quelques pièces et prennent la direction de Londres et du British Designers Show. Ce sont les journalistes britanniques qui les surnommèrent Les Six d’Anvers.

« L’exposition n’est pas un catalogue raisonné de la mode belge, explique son commissaire Didier Vervaeren, styliste et professeur d’accessoires à la Cambre. Je me suis concentré sur les personnalités qui avaient une vision et sur les créations qui ont fait une différence avec le prêt-à-porter. Aujourd’hui la mode belge représente environ 10 % des défilés de la Fashion Week féminine à Paris. Nos créateurs se sont exportés à l’international, comme Raf Simons, devenu en 2012 le directeur créatif de la maison de mode Dior. Nous avons une réputation fantastique à l’étranger mais il est vrai que la mode n’est pas encore en Belgique un sujet grand public. C’est une histoire inattendue, oui, car elle n’a pas été planifiée. Nous n’avions pas en Belgique de tradition de mode. C’est vraiment une émergence particulière et formidable », poursuit Vervaeren.

En Belgique, la mode est enseignée dans des écoles d’art. C’est un fait particulier. Tant à l’Académie royale des Beaux-Arts d’Anvers qu’à La Cambre, elle fait partie du cursus au même titre que le dessin, la peinture, la sculpture. Les étudiants belges mettront donc toujours l’accent sur l’aspect artistique plutôt que sur l’aspect commercial et la portabilité.

Plus loin, la salle Portraits qui présente cinq stylistes qui ont créé d’abord pour eux, dont le style est une émanation de leur personnalité singulière : Elvis Pompilio, Diane von Furstenberg, Olivier Theyskens, entre autres. Notons les silhouettes de Martin Margiela, figure incontournable de la mode belge. Pour faire du lien avec les arts plastiques, très belle pièce de Sterling Ruby. La suite de l’exposition, structurée, agréable, raconte une histoire au travers d’une succession de silhouettes.

A l’ouverture, un buzz formidable, vivifiant. Journalistes culture et journalistes mode ont tenté et obtenu des selfies avec Diane Von Fürstenberg et Diane Pernet, grandes prêtresses de la mode. Tant et si bien que le lendemain courait sur les réseaux sociaux cette petite blague : « Si tu n’as pas fait de selfie avec Diane von Furstenberg, c’est que tu n’es pas vraiment journaliste de mode. » Pourtant, qu’on soit fan de mode ou simple curieux, il faut bien avouer que le propos de l’exposition reste extrêmement léger. Pas d’archive, de documentation annexe, pas d’analyse en profondeur. Une succession de silhouettes, très belles. Il nous manque quelque chose sur quoi nous pencher, quelque chose à apprendre, à ingérer, qui soit plus que visuel ou punchy, qu’on trouvera un peu dans les quelques textes du catalogue, édité par Bozar Books et Lannoo.

D’autres expositions sont au programme, comme à Bozar, Bellissima, l’histoire de cinq robes. Bellissima est le film de 1951 dans lequel Luchino Visconti a donné à l’actrice Anna Magnani l’un de ses rôles les plus intenses au cinéma : celui d’une mère qui veut à tout prix que sa fillette soit la protagoniste d’un film à Cinecittà. Bellissima désigne aussi, dans le monde entier, la beauté féminine et l’Italian way of life : une mosaïque d’ambiances lascives, décontractées et désorganisées, de sensualité et de dolce farniente. Bellissima, l’histoire de cinq robes est la capsule d’une exposition présentée à Rome l’hiver dernier, qui nous restitue l’image complexe et changeante de la mode italienne à travers une sélection de cinq robes hautement représentatives de la haute couture de la péninsule.

Ainsi que La Mémoire de l’intime : 150 ans d’histoire de la marque de sous-vêtements PrimaDonna ; puis les impressionnantes photos de Vivienne Westwood nue – et sexy – par Juergen Teller. Une vidéo de l’auteur Jean-Philippe Toussaint et la première exposition individuelle du bureau d’architecture V+ , avec les plans et maquettes du siège de MAD Brussels.

Ce vendredi 26 soir, dès 18h, remise des Young Belgian Design Awards 2015, au Dexia Art Center, rue de L’Ecuyer 50, 1000 Bruxelles. L’expo est ouverte jusqu’au 18 juillet, du mercredi au samedi de 11h à 18h. Au Musée du Costume et de la Dentelle, on ira voir Crinoline & Cie et chez Dépendance & Maison Margiela, An absence, a presence, a mood, a mantle. L’ensemble de la programmation est reprise sur le site : http://www.summeroffashion.be/

The Belgians
An Unexpected Fashion Story
Bozar
Bruxelles
Jusqu’au 6 septembre

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Christophe Coppens devant une tapisserie flamande, The Belgians. An Unexpected Fashion Story, Bozar

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Elvis Pompilio, The Belgians. An Unexpected Fashion Story, Bozar

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A. Vandervorst, 2015, photo Ronald Stoops, The Belgians. An Unexpected Fashion Story, Bozar

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A. Vandervorst, 2015, photo Ronald Stoops, The Belgians. An Unexpected Fashion Story, Bozar

 

 

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