Richard Heintz, Le Monastère de Saint-Scholastique à Subiaco, huile sur toile, 1907, estimation 8-10.000 euros, vente chez Lhomme le 27 juin 2015,  www.michel-lhomme.com

Etablie en plein cœur de Liège, la librairie Michel Lhomme propose pour sa vente de juin une belle sélection d’artistes de la région. Parmi les 356 lots rassemblés pour l’occasion – des livres, des autographes, des photos, des bandes dessinées, des objets – figurent bon nombre de dessins et de tableaux de peintres ayant un lien avec la principauté. D’Auguste Mambour (avec une de ses toiles africaines caractéristiques) à Léon Wuidar en passant par les artistes de l’Ecole liégeoise de Paysage que sont Auguste Donnay, Elysée Fabry ou Richard Heintz, Liège et ses alentours sont bien représentés. Tout comme la Belgique dans son ensemble avec des artistes comme Rops, Ensor, Misonne ou Van Rijsselberghe. Le volet international n’est pas en reste avec Kisling, Foujita ou Miro (avec un exemplaire de l’édition originale du Parler seul de Tristan Tzara, illustré par l’artiste espagnol et attendu 15-20.000 euros).

Les paysages d’ici et d’ailleurs sont nombreux. Ils fournissent l’occasion de s’évader dans le temps et dans l’espace, à la mer du Nord, dans les Ardennes et plus loin, avec des vues d’Italie ou de l’Hexagone. Une section entière de 22 lots est consacrée au Maître de Sy. C’est ainsi que Richard Heintz (1871-1929) est pompeusement surnommé par certains, lui qui n’appartint à aucune école et qui sut si bien rendre les paysages de l’Ardenne profonde. Lui qui s’installa dans le village pittoresque de Sy et sillonna la région, de 1890 jusqu’à son décès inopiné au pied du Rocher du Sabot à Sy. Ce site en bordure de l’Ourthe l’inspira particulièrement et le libraire en propose d’ailleurs deux versions, l’une de 1906 (une très belle huile d’avant sa période italienne, lot 40, estimation 6-8.000 euros) et l’autre, celle de la veille du jour fatidique comme le rappelle la note manuscrite de sa veuve, Madeleine Orban-Heintz, au dos du tableau : « Toile à laquelle Richard Heintz a travaillé le 25 mai 1929, vers six heures du soir, la veille de sa mort ! La place ensoleillée est celle où il est tombé le lendemain dimanche 26 mai – contre le petit rocher !!! » (lot 58, estimation 1-1.500 euros).

Ces deux tableaux permettent de voir l’évolution de cet artiste solitaire considéré comme impressionniste par sa recherche de l’instantané et de la sensation du moment. Sa touche est vibrante, large et spontanée. Tout son art consiste à rendre les multiples sensations de l’instant. La nature est sa plus grande complice et la peindre, le sens de son existence comme il l’écrit en 1915 : « Je ne vis que pour peindre cette si belle et si difficile nature ; n’est-ce point là ma seule raison d’être ? ». Le massif ardennais et ses villages – de nombreuses vues de Nassogne où il vécut de 1926 à 1929 – mais également des vues de la côte, d’Ostende, de Furnes, de Bruges ou de Versailles et de Paris rendent compte des pérégrinations de cet artiste qui voyagea également en Italie. Boursier de la fondation Lambert Darchis, il séjourna à Rome de 1906 à 1912. Le tableau de Subiaco (à quelque 70 km de Rome) proposé par le libraire date de la fin de ce séjour (mai 1907). En avril de cette même année, une autre vue du monastère fit partie des tableaux envoyés pour l’exposition des œuvres de Heintz présentées au Cercle des Beaux-Arts de Liège du 14 au 25 avril 1907. Plus d’un siècle après, ces instantanés de voyage à la pâte généreuse et à la lumière chatoyante demeurent des témoignages attachants et abordables.

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Richard Heintz, Le Monastère de Saint-Scholastique à Subiaco, huile sur toile, 1907, Librairie Michel Lhomme, photo M. Lhomme

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