Lorsque nous avons vu pour la première fois ces relevés précis de dessins gravés sur les pierres de Bolivie, nous avons été séduit : il fallait trouver une manière de les faire découvrir au public, une façon différente de l’habituel et sec rapport de fouille archéologique édité dans une revue scientifique à diffusion limitée aux arcanes universitaires et muséales ! Ces relevés ont été réalisés avec toute l’attention de l’archéologue professionnelle, Françoise Fauconnier. Retranscrits à l’encre noire sur le papier blanc, ils deviennent considérablement plus lisibles, révèlent leur beauté et conduisent à s’interroger sur leur signification.

Pour arriver à restituer cette étonnante imbrication de personnages, d’animaux et d’objets mystérieux, Françoise Fauconnier a mené un travail d’investigation avec une ténacité hors du commun. Quelque 800 parois gravées et 17 abris comportant des peintures ont été répertoriés et photographiés. La dimension moyenne des surfaces ornées est de deux mètres, mais peut aller jusque 12 m (incongru à cet endroit). Les relevés graphiques ont ensuite été réalisés à partir de ces photographies. Ils sont d’autant plus utiles que nombre de ces œuvres sont aujourd’hui menacées par des actes de vandalisme ou des phénomènes de destruction naturels : dans certains cas, la peau de la roche en vient à tomber sous l’effet de la friabilité de la pierre qui souffre en particulier du gel.

Plus que les calques effectués sur place, la photographie s’est avérée un outil utile, permettant d’économiser un temps précieux. En jouant sur les contrastes, grâce à l’usage de programmes informatiques adaptés, elle laisse entrevoir des détails qui ne sont pas toujours visibles à l’œil nu ou qui n’apparaissent que sous un éclairage rasant. Ces milliers de photographies, rassemblées tel un puzzle pour les plus grandes gravures, doivent souvent être redressées car la roche n’est jamais plane évidemment. Plusieurs angles de vue ont donc été réalisés sur place. Chaque photo est ensuite étudiée, observée avec la plus grande minutie pour permettre la retranscription de chaque graphème dans ses détails. En général, pour les besoins des publications, on se contente d’une échelle réduite. Mais dans le cadre de la présente exposition, certains d’entre eux ont été reproduits à leurs dimensions d’origine et même agrandis, ce qui les rend d’autant plus spectaculaires.

Le fait de les transcrire à l’encre noire les rend plus compréhensibles. En effet, sur la roche, les contrastes de couleur ne sont pas évidents. La plupart des graphèmes, à moins qu’ils ne soient peints, sont réalisés par grattage ou par piquetage de la pierre. Ils sont dès lors ton sur ton, légèrement plus clairs que le fond. Pour peu que la roche ait souffert de l’érosion, certains motifs sont à peine lisibles. L’identification est un constant et réel souci. Le degré d’irrégularité des bords varie en fonction du type de roche et de la technique utilisée. Le piquetage peut être continu ou discontinu. Dans certains cas de superpositions de motifs, le rendu avec des pointillés ou des couleurs différentes permet de restituer les couches successives d’intervention en même temps que la clarté de l’image. Par comparaison, on peut ainsi arriver à reconstituer toute une peinture, en définir les motifs récurrents, comprendre la signification de certains traits de prime abord non identifiables… telle est l’étude à laquelle Françoise Fauconnier se consacre. Le résultat est là, parlant de lui-même : tout simplement fascinant !

Les prémices
Engagée pendant plusieurs années (1981-1987) à travailler pour la Mission archéologique belge au Mexique (Projet : Sierra del Nayar, Jalisco), Françoise Fauconnier découvre sur le terrain les rigueurs et les bonheurs mêlés de cette profession. Pendant ces séjours annuels de huit mois consécutifs, la vie des chercheurs s’associe à celles des ouvriers locaux qui aident au déblayement du site (Cerro del Huistle). La semaine est consacrée aux fouilles, le week-end à la détente et à la prospection. C’est ainsi que l’équipe découvre un remarquable ensemble de gravures rupestres au confluent de deux rivières (Las Adjuntas). Notre archéologue s’en voit confier l’étude et, accompagnée du photographe Pierre Buch, elle en réalise les premiers relevés. De 2003 à 2006, elle poursuit l’étude des sites rupestres de la région à l’instigation des Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles.

Un travail d’ampleur en Bolivie
Connue pour ses compétences dans le domaine de l’art rupestre, Françoise Fauconnier est mise en contact par les Musées royaux d’Art et d’Histoire avec un archéologue belge résidant en Bolivie, Philippe Delcourt. Ensemble, ils se fixent une zone d’étude bien précise : la vallée du Rio San Juan del Oro. Une bande de territoire de 120 km de long, au sud-est du pays, répartie sur les états de Chuquisaca, Tarija et Potosi à la frontière de l’Argentine. Cette région est située à 2500 m d’altitude avec des sommets sur les versants allant jusqu’à 3000, voire 3200 m. Les déplacements n’y sont pas faciles, le corps doit s’adapter. Par contre, ce type d’archéologie présente un grand avantage. Elle est en effet beaucoup moins coûteuse que des fouilles. Une petite équipe suffit grâce au fait que ces dessins sont visibles sur les parois rocheuses à l’air libre et que la recherche ne comporte pas d’excavations. La prospection s’est basée sur une enquête auprès des villageois et s’est ensuite accompagnée d’une sensibilisation à la conservation de ces vestiges. Les déplacements se font en jeep et les maires ou directeurs d’école mettent une salle de classe à leur disposition pour les nuits. C’est rudimentaire mais efficace.

Une analyse iconographique minutieuse a permis de situer ces œuvres entre le IXe et le XVIe siècle et de les attribuer à la culture Chicha. D’après leur localisation, elles semblent avoir principalement servi à baliser d’anciennes routes caravanières et les sujets traités reflètent l’importance de ce trafic dès l’époque préhispanique.  Le travail effectué par Françoise Fauconnier et son équipe est reconnu, apprécié et soutenu par les différentes instances scientifiques dont la Société des Américanistes de Belgique, le SPP (Service public de programmation de la Politique scientifique fédérale) et les Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles où elle a travaillé pendant plusieurs années.

Rock Art
Art rupestre du sud-est de la Bolivie
Association du Patrimoine artistique
7 rue Charles Hanssens
1000 Bruxelles
Pendant Bruneaf : 11 juin de 11h à 20h. 12 et 13 juin de 11h à 19h, dimanche 14 juin de 11h à 17h
Jusqu’au 27 juin
Du jeudi au samedi de 14 à 18h
http://www.associationdupatrimoineartistique.be/ 

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Rock Art, Art rupestre du sud-est de la Bolivie, Association du patrimoine artistique

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Rock Art, Art rupestre du sud-est de la Bolivie, Association du patrimoine artistique

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Rock Art, Art rupestre du sud-est de la Bolivie, Association du patrimoine artistique

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