Le masque est un objet de langage. Posé sur le visage, il le cache et le met à l’honneur, dans un même moment. Dans les sociétés primitives, il est un instrument de rituel, chargé de nombreux pouvoirs. Pour Stephan Goldrajch, le masque est un outil pour faire du lien. Travailler la relation à l’autre via un objet qui cache le visage, quelle drôle d’idée !

Proposer, par le masque et le costume, des performances qui invitent des tribus qui se côtoient mais s’ignorent à se rencontrer, c’est ce que l’artiste a fait en proposant pendant six mois aux pensionnaires du Home des Ursulines à travailler avec lui pour créer masques et costumes.

« Les résidents du home furent investis dans le projet à différents titres. Ils y contribuèrent notamment par la confection des costumes. Ils ont été d’une certaine manière mes mentors en me transmettant leur connaissance technique. Je devenais les mains des têtes et savoirs de ces aînés. La période de confection a débouché sur l’événement dansant à la faveur duquel mes «partenaires» s’y sont prêtés avec des danseurs qui arboraient les masques et costumes. Le home s’est ainsi métamorphosé en galerie, en terrain d’exploration artistique », explique l’artiste sur son site.

Le masque et le costume deviennent ce vecteur farfelu et pourtant puissant et traditionnel qui fera se rencontrer les générations, les habitants d’une ville, les voisins d’un quartier, les élèves d’une école… Dans la galerie de Francis Carrette, les photos, masques et broderies sont tous des traces de performances. Ils sont habités de ces événements passés. C’est ce qui leur donne tant de pouvoir. Stephan Goldrajch crochète, coud, brode, découpe, recoud, assemble textiles et fils récupérés en un joyeux ouvrage foutarque et coloré. « Je me sens dans la peau d’un brodeur et d’un artisan dont la démarche et l’ambition sont celles de créer du lien, de générer des relations. Je me sens l’héritier d’arts, de pratiques populaires et ancestrales que je métamorphose, réinterprète et m’approprie de manière contemporaine », dit-il encore.

On avait pu voir ses réjouissants masques crochetés à l’exposition Pop-Up au Musée d’Ixelles en 2012 et à l’exposition d’Isabelle Baines, Valentin, où il avait fait bouillir des pulls bleus qu’il avait ensuite troués pour en faire des masques. Comme un sorcier des temps modernes, Goldrajch s’empare du masque et des traditions folkloriques ancestrales pour créer son univers. On y voit le regard d’Ensor sur ses contemporains, on y voit la tradition des carnavals du nord, mais aussi les rituels d’Afrique. Un couple de squelettes nommé Adam et Eve, en laine noire est aussi présent au centre de la galerie. Ensor encore. Que du bonheur !

Stephan Goldrajch
Galerie Francis Carrette
Rivoli building
690 chaussée de Waterloo
(entrée rue de Praetere)
1180 Uccle
Jusqu’au 20 juin
Du jeudi au samedi de 13h à 18h
http://franciscarrette.com/

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Masque, Stephan Goldrajch, galerie Francis Carrette

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Stephan Goldrajch, petit masque, galerie Francis Carrette

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Stephan Goldrajch, Oreilles, galerie Francis Carrette

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