Avoir la tête dans les nuages, être sur un petit nuage ou même vivre un bonheur sans nuage sont autant d’expressions qui mettent le nuage au cœur du langage et de la vie des hommes. Pourtant ce phénomène météorologique est un simple amas de goutelettes d’eau en suspension dans l’atmosphère. Il prend des formes étonnantes, tant et si bien qu’il est classifié par genre et forme – cumulus, stratus, nimbus – ou en genres intermédiaires – cirrostratus, cirrocumulus et stratocumulus.

Au XIIe siècle, il est appelé nue et est perçu comme une nuée mystique ou le voile de Dieu. Plus tard, à l’époque baroque puis romantique, les artistes représentent les nuages toujours comme un objet issu du sacré. Les artistes actuels aiment aussi à disserter sur ce phénomène en suspension dans l’air, toujours mouvant et dont la forme est indéfinie et indéfinissable. Lien entre l’humain et le sacré ou entre l’incarné et le désincarné, le nuage nous détache, pauvres humains que nous sommes, de l’attraction terrestre. Il nous oblige à lever les yeux de notre ouvrage pour les tourner vers le ciel.

Le nuage va du plus petit au plus grand, de l’intime à l’ouvert, du très proche au très lointain. Il est sans distance, sans forme et sans matière. Et pourtant il est bien là, et il fait rêver les artistes. Ils s’en emparent et lui font dire des choses de l’ordre du rêve, de l’émotion, de la spiritualité, de la philosophie. Au château de Roeulx, une somptueuse exposition vient de s’ouvrir, présentant 50 œuvres de 35 artistes modernes et contemporains. Elle fait suite à l’exposition Nuage qui avait été présentée en 2013 au musée Réattu (Arles) à l’occasion de Marseille 2013.

« Cette exposition n’est pas une illustration des ciels mais une expérimentation de la symbolique du nuage, explique la commissaire Michèle Moutashar. La plupart des expositions thématiques sont des explications des propos du commissaire. Ici, les œuvres sont des bombes d’énergie. »

Ainsi Marianna et Nuria, de Jaume Plensa, deux immenses têtes en grillage de fils d’inox, placées au milieu de l’immense pelouse qui précède le château de Roeulx. Légères comme deux nuages plein de pensées. Ainsi Induction, de Bob Verschueren, une arabesque faite de rameaux de bois, qui passe sous une arche de l’écurie.

Dans les écuries, un bas-relief de Jean Arp, Ombre de nuage, accueille les visiteurs. Puis deux photos de Jean-Baptiste Huyhn – peau et nuage – , un tirage argentique de Chema Madoz présente un nuage formant le sommet du crâne d’un squelette, tête enfumée… Sur une table à dessin est projeté un film d’un ciel nuageux : c’est Mesa de pe(n)sar, d’Eugenio Ampudia. René Magritte a peint des nuages blancs sur un ciel bleu. Tout a l’air parfait mais le titre de l’œuvre est… Malédiction. Javier Perez a sculpté dans l’albâtre un oreiller moelleux marqué de l’empreinte de deux pieds nus, El Viaje nocturno. Notons un délicieux petit ready-made de Man ray, Pêchage.

Il faut se diriger vers l’Orangerie pour découvrir Must Be, un somptueux Tony Cragg, puis Pépin géant, de Jean Arp. Sur le gravier, Les Génies, de Jean-Blaise Picheral, font comme des flaques en tôles d’acier. Au fond du jardin potager, l’installation Light Drawing Outdoor est une merveille de l’artiste Anne Blanchet : sur un bassin rond, un nuage de vapeur d’eau s’élève à minutes régulières, transformant ce coin de jardin, par tous les temps, en une scène de magie, dans laquelle les enfants courent et rient. Et nous aussi. Derrière une haie, dans un autre bassin, sont installées Trois rochers de jardin, des pierres (fin des Ming, 1368-1644) que les Chinois affectionnent pour leurs formes aériennes et sophistiquées.

Dans l’Orangerie, l’espace vaste et lumineux accueille Reteneur d’eau, de Michel François, mais aussi deux sculptures de Françoise Coutant, Petite colère et Promenoir à nuage, toutes deux absolument charmantes. Cinq photos de tasses de café dans lesquelles des nuages de lait se baladent, de Patrick Bailly-Grand. Ou la sublime photo Temps couvert, de Perrine Lievens. Pour n’en citer que quelques-unes. D’une œuvre à l’autre, rêve, poésie et humour sont au rendez-vous. Et c’est formidable ! L’exposition se tient jusqu’en octobre.

Clouds
Château de Roeulx
Place du Château
7070 Roeulx
Jusqu’au 18 octobre
Du mardi au vendredi de 11h à 18h, samedi et dimanche de 10h à 18h.
Fermeture exceptionnelle le 21 juin
www.expo-clouds.com

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Jaume Plensa, Marianna et Nuria, 2015, courtesy Galerie Lelong, Paris, (c) Sabam Bruxelles 2015, photo Colombe Clier

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Jaume Plensa, Marianna et Nuria, 2015, courtesy Galerie Lelong, Paris, (c) Sabam Bruxelles 2015, photo Colombe Clier

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Bob Verschueren, Induction, 2015, (c) Sabam Bruxelles 2015, photo Colombe Clier

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Bob Verschueren, Induction, 2015, (c) Sabam Bruxelles 2015, photo Colombe Clier

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Tony Cragg, Must be, 2012, Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac. (c) Sabam Bruxelles 2015, photo Michael Richter

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Pol Bury, La clé des songes, 1946, Collection particulière, (c) Sabam Bruxelles 2015, photo Luc Schrobiltgen

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Perrine Lievens, Temps couvert, 2010, collection de l’artiste, (c) Perrine Lievens

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Jean Arp, Le Pépin géant, 1937-1956, Fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence, (c) Sabam Bruxelles 2015, photo Roland Michaud

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Jan van Munster, battery for five fingers, 1995, collection de l’artiste, (c) Sabam Bruxelles 2015, photo Colombe Clier

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Anne Blanchet, Light Drawing Outdoor, 2015, œuvre produite pour l’exposition, (c) Anne Blanchet, photo Colombe Clier

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Anne Blanchet, Light Drawing Outdoor, 2015, œuvre produite pour l’exposition, (c) Anne Blanchet, photo Colombe Clier

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