Lorsque, début 2014, Philippe Courard, alors ministre de la Politique Scientifique, décida de supprimer le projet des pôles, nous avions eu l’occasion d’interviewer Philippe Mettens. Cette idée des pôles, censés améliorer le fonctionnement des entités scientifiques fédérales, projetait de rassembler sous quatre chapeaux l’ensemble des structures.

Le projet comportait un pôle Nature (comprenant l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique et le Musée royal d’Afrique centrale, un pôle Documentation (incluant les Archives de l’Etat, la Bibliothèque royale de Belgique, le Centre d’Etudes et de Documentation Guerre et Sociétés contemporaines), un pôle Espace (Institut d’Aéronomie spatiale de Belgique, Institut royal météorologique de Belgique, Observatoire royal de Belgique et Planétarium) et un pôle Arts (comprenant les Musées royaux d’Art et d’Histoire – dont le Cinquantenaire –, les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique – dont le Magritte et le Fin-de-Siècle –  et l’Institut royal du Patrimoine Artistique, IRPA).

L’objectif, pas inintéressant, était de fédérer les équipes pour au final réaliser d’importantes économies de personnel, de moyens, d’outils techniques, etc. Le service gardiennage, par exemple, aurait ainsi été centralisé, permettant de faire naviguer le personnel d’un lieu à l’autre, au gré des besoins. Ce projet fut mis en route par Philippe Mettens, au sein de Belspo, organe directionnel de la Politique Scientifique, suite à un audit interne en 2011, quand des experts externes signalèrent à Mettens que 12 directeurs généraux pour 12 institutions dépendant de la politique scientifique, c’était beaucoup.

« Nous avons l’ambition de décloisonner cette usine à gaz », nous expliquait alors le directeur de Belspo. Durant près de deux heures, sans aborder réellement les nombreuses oppositions à son projet, de la part de chaque musée ou institution, Philippe Mettens martela que son projet était formidable. « On crée un machin qui a une élégance, on fait un truc chouette. » (sic !) De bien pauvres arguments, dirons-nous.

C’est suite à ce démarrage en grande pompe que plusieurs directeurs ne sont pas remplacés lors de leur départ à la retraite. Ainsi, en 2011, Christina Ceulemans est nommée directrice faisant fonction de l’IRPA. Une procédure de sélection d’un directeur est lancée début 2012 par la ministre Laruelle, puis stoppée par son successeur, Paul Magnette. Au Cinquantenaire, début 2014, même chose après la démission de Michel Draguet (qui avait été placé là dans le cadre du projet des pôles, avec l’ambition de devenir le directeur du pôle arts). Cette méthode plutôt pushy aurait permis, au final, de mettre en place plus rapidement les différents pôles. Avec bien peu de respect pour les équipes.

Par ailleurs, les importantes différences entre les structures rendent difficile voire impossible la mise en œuvre des pôles. Notons aussi que le coût de cet énorme changement structurel n’a jamais été évalué. Bien évidemment, cette idée de fédérer les énergies et de provoquer des économies d’échelle est excellente. Mais c’est une idée qui doit être travaillée avec l’ensemble des équipes et les propositions de mises en œuvre doivent venir de la base. Nous avions déjà cité en exemple la rénovation du Musée royal d’Afrique centrale : du projet à sa mise en œuvre, de la transformation de la mission du musée à la rénovation des bâtiments, l’ensemble du processus a pris 12 ans. Les employés sont impliqués et heureux de travailler sur ce projet.

Eric Beka, le prédécesseur de Mettens à Belspo, et opposant, également directeur de la nouvelle « agence spatiale », réagit à l’éviction du directeur de Belspo pour La Libre (Guy Duplat, 7 avril 2015) : « Cela devait se terminer comme cela, tôt ou tard, quand un chef d’administration se prend pour un homme politique et se montre déloyal vis-à-vis de ses ministres successifs ! La décision de Mme la Secrétaire d’Etat E. Sleurs est donc lucide, logique et aussi courageuse, car il faut du courage pour s’opposer à M. P. Mettens. »

Extrêmement sûr de lui, vindicatif, Mettens secouait ses troupes sans avoir tenu de nombreuses tables rondes. C’est délicat et toujours risqué quand une décision de changement organisationnel si important vient d’en haut. Pour mettre en œuvre ce mouvement structurel, il faut du temps et énormément de diplomatie. Il faut rencontrer les directeurs d’institutions longuement, écouter les avis. Il faut améliorer le projet, aplanir les différends, fédérer les énergies.

Toutes choses dont Philippe Mettens est incapable. Implacable, il aime le pouvoir plus que la gestion des synergies. Il est vrai que celle-ci prend plus de temps. Et il aime la politique, et sa position, plus que ses équipes. Un bien gros péché pour un gestionnaire d’un si gros paquebot. A trop jouer avec le feu…

Cet article est paru dans le M… Belgique du 24 avril 2015

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