Maison Particulière nous donne une nouvelle fois à voir ce qui anime les collectionneurs, leurs choix, leurs passions, leur leitmotiv. Les icônes font référence aux images qui marquent notre conscience collective et individuelle. De nombreuses photos des célèbres et si sympathiques photographes Pierre et Gilles côtoient des tableaux anciens, des sculptures, de la bande dessinée et d’autres réalisations contemporaines.

Dans le mot icône s’entend le terme anglais icon, signe visuel, mais également iconoclaste – qui fait table rase du passé – et iconiques, comme le sont les invités du lieu, Pierre et Gilles, devenus eux-mêmes des icônes par leur œuvre autour du même sujet. Ces deux artistes français, l’un photographe, l’autre peintre, ont évidemment trouvé leur place dans le thème de l’exposition. « Icônes nous a parlé d’emblée, car c’est de cela que traite notre travail depuis toujours. Même si celui-ci est parfois perçu de manière provocatrice, son objectif n’est jamais blasphématoire. Lorsque nous mettons en scène des figures issues des livres sacrés, c’est en hommage à leur histoire, à notre culture. Nous avons grandi dans la religion catholique et elle continue d’habiter nos vies. Toute l’iconographie et l’histoire des saints traitées à travers les livres et l’histoire de l’art est d’une richesse qui ne cesse de nous inspirer. Les mettre en scène avec nos outils contemporains dans un décor actuel est aussi une façon de les réhabiliter, de renouer avec une tradition ancestrale qui parle avec des images très fortes. Ce sont des personnages aussi puissants que nos superhéros, Goldorak ou Silver Surfer. Nous sommes de grands optimistes et nous avons des flashs autant pour des personnalités fantasques comme Arielle Dombasle que pour un accordéoniste roumain ou pour Stromae ! »

Les deux artistes ont réuni une collection d’images de photomaton, photos d’anonymes qu’ils ramassent depuis leur jeunesse, avant même leur rencontre en 1976. Leurs créations parlent de leurs voyages, de leurs amis et… de nos icônes. On comprend d’autant mieux pourquoi l’exposition gravite autour de Pierre et Gilles, même si cela semble parfois un peu décousu tant on navigue d’un monde à l’autre, d’une collection à une autre. Présent et passé s’imbriquent au fil de la visite selon un fil rouge original, tissé par quatre couples de collectionneurs à la sensibilité évidemment différente l’une de l’autre.

Les uns convoquent les images de notre enfance à travers une planche originale de Tintin au Tibet, les autres posent la question du culte qui, dans notre religion, passe par l’image et la dévotion. Quand au couple Cookie et Cédric Liénart, il prend du recul et analyse les dérives de nos croyances. Les fondateurs de Maison Particulière ont pour leur part choisi des œuvres clin d’œil, faisant référence à l’archéologie, aux bouddhas, etc. Ils ont fait appel à Jean-Caude Simoën, le fondateur de la collection des Dictionnaires amoureux chez Plon, pour ajouter l’art de l’écrit, nourriture des images. Autres attributs iconiques qui traversent l’exposition : les fragrances qui habitent notre odorat collectif comme Numéro 5 ou Shalimar, car notre mémoire sensorielle est aussi peuplée d’icônes.

Parmi nos coups de cœur, une sculpture de l’artiste conceptuel sud-africain Kendell Geers, double épée figée dans le roc, Excalibur des temps modernes formant une croix, mise en scène sous deux photos de pierres tombales Father and Mother de la géniale Sophie Calle. Un symbole qui renvoie au Mickey crucifié de Wim Delvoye, et aussi à la dernière Cène réalisée au XVIe siècle par Pieter Coecke van Aelst. Sur le même sujet, nous avons adoré, le terme n’est pas innocent, le châssis en croix gravé à l’or de notre compatriote Fabrice Samyn, hommage à l’Arte Povera, éblouissant de simplicité. Belge également, Cris Brodhal, animé par ce qui touche notre subconscient, expose une huile sur lin belle et touchante. Autres photos chargées d’émotion, Le vendeur du métro de Pierre et Gilles et Le petit Roumain, des marginaux de la société sortis de l’anonymat et devenus icônes dans l’œil des deux artistes : « Le petit roumain était un sans-papier que nous croisions régulièrement. Aujourd’hui, il travaille dans notre entourage et est devenu un ami… », expliquent-ils en souriant. Autre icône signée Pierre et Gilles, tellement emblématique de la Belgique, le chanteur Stromae dont le talent dépasse celui des textes, et qui par son esprit libre est devenu image populaire, patriotique, unificatrice.

D’autres artistes brisent concrètement les icônes, comme en témoigne la sculpture d’images brisées de l’artiste péruvien Jota Castro. Le Néerlandais Rik Smith célèbre le travail séculaire des cathédrales dans un dessin d’envergure, et le Suisse Thomas Hirschhorn présente un amusant Musée Précaire Albinet, ode aux surréalistes Dali, Duchamp, etc. Bref, cette exposition est digne d’intérêt par la qualité personnelle – parfois énigmatique – de l’accrochage, faisant dialoguer des œuvres qui n’auront sans doute plus l’occasion de se rencontrer. Une possibilité aussi de revoir le bronze à taille humaine de Tintin et Milou, sur lequel nos petites mains enfantines ont laissé une patine de souvenirs merveilleux…

Icône(s)
Maison Particulière
49 rue du Châtelain 
1050 Bruxelles
Jusqu’au 5 juillet 2015

Du mardi au dimanche de 11h à 18h
www.maisonparticuliere.be

Pierre et Gilles, Nat Neujean Pierre et Gilles (Goldorak), Thomas Hirschhorn (Lighter - Musée précaire) Cris Brodhal (Lava), Duglas Gordon (Self portrait of you + me) Pierre et Gilles (Vierge à l'enfant), Fabrice Samyn (sans titre), Pierre et Gilles (St Sébastien de la guerre) Annunciation (18e), Pierre et Gilles, Hospitality of Abraham Pierre et Gilles (le petit Roumain), Blek le Rat & Rik Smith, Ivan Navarro

Pierre et Gilles (Stromae Forever, 2014)

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