L’exposition présentée à la Galerie Paris-Beijing s’annonce engagée. Dédiée à des créateurs qui osent dire le fond de leur pensée, elle montre une sélection de vidéos et de photographies censurées dans leur pays. Le choix n’est donc pas exclusivement artistique. Dérision, allusions et imagination en main, les artistes présentés se dressent, plaident et dénoncent en termes plus ou moins mesurés. Et l’on voit qu’à la frontière entre le monde de l’art et la dissidence, le désir de s’exprimer est irrépressible.

Plongeons maintenant dans l’exposition. A tout seigneur tout honneur. Commençons par Ai Weiwei. Figure de proue, et sans doute l’artiste le plus connu et le plus puissant de cette sélection, il nous est raconté dans un film documentaire réalisé par Alison Klayman et récompensé par un prix spécial au Festival Sundance 2012 pour son esprit de défi. Artiste et militant, Ai Weiwei est un des 303 intellectuels chinois signataires de la Charte 082. Symbole de la résistance à la censure et diablement doué, cette bête noire du régime chinois a été détenue 81 jours en 2011. Mais il s’acharne contre le pouvoir établi et appelle chacun à se montrer vigilant sur les libertés individuelles. L’opinion internationale le soutient et le fait connaître. Le documentaire montre la préparation d’un de ses plus beaux projets, Sunflower Seed. Cent millions de graines de tournesol en porcelaine peintes à la main par les artisans de Jingdezhen tapissaient le sol de la Tate Modern en 2010. Une installation spectaculaire à portée historique et politique. Une mer grise d’humanité aussi. Pendant la révolution culturelle chinoise, la propagande représentait Mao en soleil et le peuple en fleurs de tournesol s’orientant vers lui. Emouvant.

Notre préférence va à Zhang Dali. Il importe à Pékin le graffiti découvert à Bologne et signe de son autoportrait les murs des quartiers traditionnels appelés à la destruction. Ses œuvres sont visuellement fortes et témoignent des mutations profondes de la société chinoise. Les décombres d’une urbanisation galopante qui métamorphose le paysage urbain et accentue les inégalités. Un dialogue entre la ville et l’artiste. Liu Bolin met en scène sa propre disparition en se camouflant dans un environnement qui engloutit son identité. Sommes-nous les seuls à y voir une pointe d’ironie ? Hei Yue dénonce avec impertinence et provocation les symboles de l’autorité. Gao Brother, les frères rebelles Zhen et Giang, joignent le loufoque à la critique en pastichant des figures traditionnelles. Pas étonnant que leur studio soit sous surveillance. Les photos de Mo Yi sont celles qui traduisent le mieux le malaise d’une société muselée et qui instillent la crainte de la détention. L’artiste s’y photographie en prisonnier sous toutes les faces. Puis d’autres artistes marquants risquent et clament aussi : Wu Junyong, Chi Peng, Mo Yi, Ren Hang, Liu Wei, Huang Xiang, Jian Zhi et Tang Maohong.

Concluons avec une pensée pour le dissident Liu Xiabo, prix Nobel de la Paix, et son épouse confinée dans son appartement pékinois. « Je suis persuadé que la Chine continuera à progresser sur la voie des réformes politiques, et je suis plein d’espoir concernant la liberté qui arrivera un jour dans ce pays, car aucune force ne peut endiguer le désir de l’humanité pour sa liberté », affirmait-il avec confiance en 2009.

Temporary Boundary
Galerie Paris-Beijing
Hôtel Winssinger
66 rue de l’Hôtel des Monnaies
1060 Bruxelles
Jusqu’au 6 juin
Du mardi au samedi de 11h à 19h
www.galerieparisbeijing.com

Liu Wei - vidéo A Day To Remember

Liu Wei, A Day To Remember, vidéo

Jin Shan , Why Freedom

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Jiang Zhi, Onward

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Gao Brothers, The Interview

Gao Brothers, The Interview

Ren Hang - Photography 2013 II

Ren Hang, Photography 2013

Wu Junyong - opera 3

Wu Junyong, Opera 3

 

 

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