Alors que la 56e Biennale de Venise vient de récompenser des artistes de la diaspora arménienne, la galerie Keitelman propose une exposition à la croisée de l’histoire et de l’art. L’œil du commissaire invité et artiste Mounir Fatmi fait se rencontrer artistes modernes et contemporains qui, volontairement ou non, ont quitté un pays qui les rejette ou leur fait horreur. Comment ceux qui ont traversé l’Atlantique ou la Méditerranée partagent-ils leur sentiment d’éloignement? Variation d’intensités et porosité des repères identitaires ancrent les émotions furtives qui accompagnent le visiteur.

Commençons par les doyens. Le XXe siècle doit à Marcel Duchamp bien des évolutions plastiques ! Mais sait-on qu’il pratiqua le jeu d’échecs à très haut niveau ? A tel point qu’il en fit sa principale activité pendant quelques années, aux dépens de l’art. L’exposition nous le montre ici moins connu devant un échiquier et une unique pièce, le cavalier. Le morcellement de la réalité reflète son intérêt pour la naissance du cubisme. A côté, l’indépendant et idéaliste Marc Chagall, plusieurs fois exilé, avec son Village au bouquet de fleurs. Il y projette son goût de la couleur et de la poésie, modelé par une enfance en Russie. L’accrochage rapproche également Josef Albers, Josef Floch et Lyonel Feininger. Puis deux images tardives de la période new-yorkaise de Lisette Model et une œuvre de son époux Evsa Model.

Parmi les contemporains, Mounir Fatmi ouvre la voie dès la porte de la galerie. Originaire de Tanger, l’artiste nous engage dans un travail critique qui désacralise codes culturels et religieux. Sans limites et sans territoire, dans une incroyable polysémie plastique. Des œuvres fortes, aux résonances puissantes qui jouent avec le feu. Ainsi, avec Oil, on ne sait si le nœud de cette cordelette imbibée de pétrole se resserre ou bien se relâche.

Shirin Neshat subjugue. L’une de ses photos provient de la série Femmes d’Allah, inspirée dans les années 1990 de sa première visite en Iran, juste après la révolution. Elle y mettait en scène quatre symboles : le texte, le voile, le révolver et le regard. La beauté des vers de Forough Farrokhzad calligraphiés sur ces mains tendues est troublante. Une beauté aussi pointue que la violence des années post-révolutionnaires. Emouvant.

Né à Johannesburg sous le régime de l’apartheid, Kendell Geers s’exprime de manière silencieuse mais combien puissante. Pour finir, regardons les deux belles vidéos de l’artiste irakien Ali Assaf, Narcisse et Lampedussa Checkpoint. La première fit sensation à la Biennale de Venise en 2011. L’art en exil, un vaste sujet d’exposition !

Art en exil
Keitelman Gallery
44 rue Van Eyck
1000 Bruxelles
Jusqu’au 20 juin 2015
Du mardi au samedi de 12h à 18h
http://www.keitelmangallery.com/

MD-Moulé vif

Marcel Duchamp, Spring 1967, Marcel Duchamp moulé vif

MF-Maximum Sensation-14

Mounir Fatmi, 2012, Maximum Sensation 14

Shirin-Neshat

Shirin Neshat, 1999, Soliloquy Series

MF-OIL 3

Mounir Fatmi, 2012, Oil #5

MF-Art de la Guerre2

Mounir Fatmi, 2014
Art of the war – Ingénieurs XL

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