« C’est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances, et c’est notre regard aussi qui peut les libérer. » (Amine Malouf). Située entre Ostende et Bruges, la fondation De 11 Lijnen se dévoile au détour d’un chemin de campagne. Installée dans une ferme restaurée par l’architecte Alvaro Siza, elle propose chaque année deux expositions de très bonne facture. Jusqu’au 11 juillet s’y tient le second volet de Liberated Subjects, articulé autour d’Ernest Mancoba (1904-2002).

Né en Afrique du Sud, Ernest Mancoba émigre à Paris en 1938 et deviendra l’un des membres à part entière du collectif CoBrA, apportant à l’art contemporain européen un métissage singulier, fait « de couleurs subtiles, de compositions dynamiques et de formes diffuses et énigmatiques. » Un destin atypique pour son époque, l’occasion d’explorer les thèmes de la liberté créative et de formation de l’identité, questions qui fascinent Griet Dupont, pédopsychiatre et maîtresse des lieux. Autour des œuvres de Mancoba, l’exposition met  en lumière des artistes de la nouvelle génération, comme Portia Zvavahera ou Kemang Wa Lehulere. Point central de l’exposition, cette identité qui nous accompagne jusqu’à trépas, évoquée par Meschac Gaba sous forme de valises diplomatiques remplies de drapeaux.

Divers thèmes transversaux du continent africain sont abordés : l’héritage du colonialisme et la dépendance économique n’y font pas exception, symbolisés par Black Diamonds de Pascale Marthine Tayou ou le cynique A guide to trees for governors and gardeners d’Yto Barrada, caricaturant les rénovations superficielles effectuées sur les lieux de passage de convois diplomatiques. Au-delà des problèmes intracontinentaux, les difficultés rencontrées par la diaspora ne sont pas passés sous silence, comme le montre le travail de Julie Mehretu ou les réalisations photographiques de Robin Rhode. De quoi réfléchir aux destins de ces artistes apatrides qui, comme tout un chacun, cherchent une reconnaissance artistique, universelle, dans un environnement qui les réduit souvent à leur africanité.

L’exposition Liberated Subjects : Present Tense se veut large, tant par les formes artistiques proposées que par la palette d’artistes conviés. Seul bémol à cette intention, les nationalités représentées rappellent que la visibilité potentielle d’un artiste se mesure également à l’aune de la puissance économique de son pays natal. Mais c’est là le seul petit reproche qu’on peut faire à une exposition et une démarche pleine de sincérité de la part de Griet Dupont, qui attirera tant les amoureux du continent noir que les amateurs d’art contemporain.

Liberated Subjects : Present Tense
Foundation De 11 Lijnen
1 Groenedijkstraat
8460 Oudenburg
Jusqu’au 11 juillet
Fermé du 14 au 22 mai
Du vendredi au samedi de 14h à 18h et sur rendez-vous

http://www.de11lijnen.com/

Untitled, 49 x 32 cm, ink on paper, undated © Ernest Mancoba

Untitled, 49 x 32 cm, ink on paper, undated © Ernest Mancoba

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Untitled, 30 x40 cm, ink and acrylic on canvas, 2014 © Julie Mehretu

MeschacGabaDiplomatique

Diplomatique (Chine Afrique), Meschac Gaba, Image Gallerie Stevenson, Cape Town

"The Wall", 86,9 x 79,7 cm, acrylic on canvas, 1990 © Jack Whitten

« The Wall », 86,9 x 79,7 cm, acrylic on canvas, 1990 © Jack Whitten

"Bill's Way For Bill De Kooning", 170,2 x 170,2 cm, acrylic on canvas, 1990 © Jack Whitten

« Bill’s Way For Bill De Kooning », 170,2 x 170,2 cm, acrylic on canvas, 1990 © Jack Whitten

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