Née dans les Indes britanniques (Calcutta) en 1815, Julia Margaret Cameron est l’un des premières femmes à avoir pratiqué une technique alors en plein essor, la photographie. Mise au point par l’inventeur Joseph Nicéphore Niépce, la photographie connut son déploiement auprès des intellectuels avec Nadar – qui réalisa le célèbre portrait de Charles Baudelaire – et Lewis Caroll. Cet univers principalement dominé par les hommes put compter dès 1863 sur Julia Cameron, qui s’imposa comme une portraitiste talentueuse et originale.

Julia Cameron reçut son premier appareil photo de sa fille aînée pour ses 48 ans. Elle réalisa des portraits à la facture particulière, donnant peu d’importance aux détails à la faveur de la percée de l’âme du sujet. Le flou obtenu par l’éclairage en clair-obscur, donnant toute sa puissance au regard du sujet, était tout à fait novateur à l’époque victorienne. Cette mère de famille de six enfants qui évoluait dans un milieu littéraire possédait une force de caractère, elle était indépendante, personnelle… ce qui se ressent dans la plupart de ses photographies et qui lui permit de devenir membre de la Société photographique de Londres. Durant 10 ans, elle développa dans sa cave à charbon convertie en chambre noire des images saisissantes de technique, qui sont souvent les seuls témoignages historiques de certaines personnalités comme Charles Darwin, J.F. Watts ou le peintre Edward Burn-Jones. Ses photographies s’apparentent à des tableaux et dessins, non seulement par leur sujet et leur composition inspirés des maîtres anciens et modernes, mais également par leur taille relativement importante, leur flou artistique et leur jeu contrasté d’ombres et de lumière. Inspirée par le mouvement préraphaélite, elle explore les thèmes des légendes et des grands récits chevaleresques dans des photographies de scènes historiques (Le Roi Arthur, Lancelot).

Une portraitiste géniale

Ses portraits ont en commun avec le mouvement précité une certaine mélancolie éminemment poétique, ajoutée à un parfum de tragédie des grandes figures féminines de la Grèce antique. Evoquant les sentiments plutôt que les faits, l’artiste pourrait être précurseur de l’expressionisme. A l’instar de Lewis Caroll, l’enfance occupe une place importante dans son travail bien que le traitement ne soit pas du tout identique. Chez Cameron, tout comme dans l’imaginaire victorien, l’enfant est symbole de beauté innocente et de pureté spirituelle. L’une de ses photos les plus célèbres est I wait, 1872 qui montre une fillette brune portant des ailes d’ange, accoudée dans une posture intemporelle. D’autres images de mères portant leur enfant rappellent la divine famille. La mort d’une de ses filles rendit encore plus émotionnel le traitement des portraits de famille qu’elle réalisa peu avant son décès en 1879. Les sujets choisis magnifient autant la beauté sulfureuse que la maternité sublime, l’intellectuel ou le travailleur à Ceylan. Contemporaine des grandes romancières britanniques, on perçoit la liberté intime de cette femme dont le regard sur l’humain n’a rien perdu de son esthétique et troublante modernité.

Une célébration

Cette année marque le 200e anniversaire de la naissance de la photographe. Avec son exposition Julia Margaret Cameron (1815-1879), pionnière de la photographie, le Musée des Beaux-Arts de Gand est le seul musée en Europe à célébrer cet événement. L’exposition réunit des œuvres provenant de la riche collection du Victoria & Albert Museum, qui fut non seulement le seul à exposer les œuvres de Cameron de son vivant, mais aussi le premier à constituer une importante collection de ses photographies en les achetant à l’artiste. Une occasion unique de découvrir des œuvres de cette grande dame de la photographie qui n’ont jamais été présentées à l’extérieur de la Grande-Bretagne.

Julia Margaret Cameron (1815-1879), pionnière de la photographie
Musée des Beaux-Arts de Gand
1 Fernand Scribedreef 
Citadelpark
9000 Gand
Jusqu’au 14 juin
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
http://www.mskgent.be

Julia Jackson, J Cameron

Portrait de Julia Jackson, Julia Margaret Cameron, (c) Victoria and Albert Museum, London

 

L'ange et la tombe, J Cameron

L’ange et la tombe, Julia Margaret Cameron, (c) Victoria and Albert Museum, London

Julia Jackson, J Cameron

Portrait de Julia Jackson, Julia Margaret Cameron, (c) Victoria and Albert Museum, London

Florence Fisher, J Cameron

Portrait de Florence Fisher, Julia Margaret Cameron, (c) Victoria and Albert Museum, London

Marie Hilier

Portrait de Marie Hilier, Julia Margaret Cameron, (c) Victoria and Albert Museum, London

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