Van Gogh n’a passé que deux années au Borinage (Province du Hainaut, Belgique), entre 1878 et 1880, mais elles ont été décisives. Il y troque ses vocations d’évangéliste, instituteur ou libraire, pour celle d’artiste, trouve son style si particulier et les thèmes qu’il ne cessera plus de travailler : les pauvres, les mineurs, les paysans, les tisserands et leur mode de vie modeste. À travers 70 toiles et dessins en provenance de collections du monde entier, on découvre aussi qu’il copiait les œuvres de ses maîtres (Millet) pour peaufiner sa touche personnelle. Enfin, il quitte ses superbes dessins teintés de charbon pour laisser entrer la lumière. C’est La rue d’Auvers-sur-Oise, Les semeurs, entre autres chefs-d’œuvre des années 1890.

Les lettres

L’exposition débute par une succession de lettres calligraphiées au moyen de caractères minuscules. Elles expriment pourtant avec conviction la métamorphose du jeune Vincent en adulte débarrassé du poids des conventions et prêt à s’affirmer dans ses passions. On perçoit l’importance de son frère Theo dont il restera proche jusqu’à la fin de ses jours même lorsqu’il tourne le dos à sa famille. Les lettres des années 1878-1881 témoignent de l’intérêt de Van Gogh pour « ceux qui travaillent dans les ténèbres ». On y découvre les œuvres des artistes belges Eugène Boch (frère de l’artiste luministe Anna Boch) et Constantin Meunier dont Van Gogh admirait le travail et les sujets issus du monde industriel.

Copier pour apprendre

Avant d’imprimer sa touche reconnaissable entre toutes, le jeune Van Gogh va consolider sa technique en recopiant des gravures et des illustrations issues de manuels de dessin. Naissent de ces années-là des dessins à la mine de plomb et encre époustouflants de nuances, de finesses, de personnalité. Nous avons été charmés par le Vincent que nous donne à découvrir l’exposition montoise. On y sent l’artiste sensible, assidu, voulant donner à ses sujets toute la noblesse du trait qu’ils méritent. Les dégradés de brun, de bleu, de blanc, mélange d’eau, de craie, de lait parfois, sont un régal esthétique. Fasciné par le tableau L’angélus  du soir de Millet, dont l’émanation poétique élève le monde paysan au rang d’icône, Van Gogh exécute sa propre interprétation de l’œuvre. Ses dessins permettent de comprendre sa technique : on y apprend par exemple qu’il n’appliquait les couleurs qu’une fois rentré chez lui. Aquarelle, peinture à l’eau, mine de plomb, Vincent marie les matériaux pour peindre ses Femmes portant des sacs de charbon, ses Mineurs dans la neige, un Cheval fourbu (dans la vie, il y a plus de corvées que de repos !), un paysan épuisé, magnifique. Au Borinage, à Etten et à Bruxelles, Van Gogh réalisa plus de 460 copies d’œuvres.

Inspiration

Van Gogh voulait devenir illustrateur. Il amassa une série de gravures réalistes en noir et blanc publiées dans des revues et exposées à Mons. On y comprend sa fascination pour l’univers dense des travailleurs : ceux pour qui la vie est un fardeau et qui pourtant côtoient la vérité, la beauté, la pureté. Mineurs, paysans, ouvriers, Vincent sut peindre les choses les plus simples et les plus ordinaires. Son monde rend autant hommage aux hommes qu’aux femmes : il peint la femme battant du beurre, l’arracheuse de pomme de terre, la paysanne bêchant. Il représente leur environnement : les maisons rudimentaires, les fermes, les chaumières éclairées à la bougie. Au cours d’un voyage dans le nord de la France, il découvre les tisserands qu’il trouve « d’une beauté indescriptible ». En 1884, il réalise au moins dix tableaux et une quinzaine de dessins de ces métiers à tisser.

Crépuscule de sa vie

L’exposition se termine par une copie du Moissonneur (Millet) interprété comme une estampe et aussi une nouvelle interprétation des Bêcheurs de Millet. On sent la fin du jour et le rideau de la vie tomber peu à peu dans l’huile sur toile La fin de la journée (d’après Millet) et dans La Veillée (d’après Millet). Van Gogh traduit cette intimité colorée avec ses mots uniques : « une gamme de violets et lilas tendres avec la lumière de la lampe citron pâle puis la lueur orangée du feu et de l’homme en ocre rouge. ». Cette intimité était son refuge.

Van Gogh au Borinage
Jusqu’au 17 mai 2015
BAM Mons
Rue Neuve, 8
7000 Mons
Jusqu’au 17 mai 2015
Du mardi au dimanche de 10 à 18h
www.bam.mons.be

Vincent van Gogh, Les bêcheurs (d'après Jean-François Millet), 1889, © Collectie Stedelijk Museum Amsterdam

Vincent van Gogh, Les bêcheurs (d’après Jean-François Millet), 1889, © Collectie Stedelijk Museum Amsterdam

Vincent van Gogh : Métier à tisser avec tisserand 1884 © Stichting Kröller-Müller Museum

Vincent van Gogh : Métier à tisser avec tisserand
1884 © Stichting Kröller-Müller Museum

Vincent van Gogh : Le semeur (d'après Jean-François Millet) 1890 © Stichting Kröller-Müller Museum

Vincent van Gogh : Le semeur (d’après Jean-François Millet)
1890 © Stichting Kröller-Müller Museum

Vincent van Gogh Rue à Auvers-sur-Oise 1890 © Ateneum Art Museum Finnish National Gallery - Hannu Aaltonen

Vincent van Gogh Rue à Auvers-sur-Oise 1890 © Ateneum Art Museum Finnish National Gallery – Hannu Aaltonen

Vincent van Gogh : Le moissonneur (d'après Jean-François Millet) 1889 © Van Gogh Museum, Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation)

Vincent van Gogh : Le moissonneur (d’après Jean-François Millet) 1889 © Van Gogh Museum, Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation)

Vincent van Gogh : Les bêcheurs (d'après Jean -François Millet) © Collections Ville de Mons / Atelier de l'Imagier

Vincent van Gogh : Les bêcheurs (d’après Jean -François Millet) © Collections Ville de Mons / Atelier de l’Imagier

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