Tout passionné d’art a de bonnes raisons de voir l’exposition de Maria Lassnig à Barcelone. Pour le lieu d’abord. Un bâtiment de l’architecte et homme politique Lluís Doménech i Montaner (1850-1923). Contemporain de Gaudí, il dirigea l’Ecole d’Architecture de Barcelone et eut une influence certaine dans le développement du modernisme en Catalogne.

Le bâtiment jette un pont entre l’architecture éclectique du XIXe siècle et l’art nouveau si caractéristique de la métropole catalane. Depuis 1990, cet ancien siège d’une maison d’édition abrite la Fondation Antoni Tàpies, créée par l’artiste lui-même en 1984. Il est surmonté par une de ses sculptures, Nuage et chaise, une chaise émergeant d’un épais nuage en fil de fer. La chaise représente la méditation et la contemplation esthétique. Monumental.

Décédé en 2012, Tàpies était exposé au Palazzo Fortuny à Venise durant la Biennale 2013 lorsque Maria Lassnig fut récompensée par un Lion d’Or pour l’ensemble de son œuvre. Elle avait 93 ans. La Fondation rend maintenant hommage à cette grande dame de l’art disparue l’an dernier. Des retrouvailles, en quelque sorte.

Une artiste engagée

Maria Lassnig est née à Vienne en 1919. Artiste engagée et féministe de la première heure, elle poursuit l’aventure de la figuration et du portrait malgré la révolution artistique de l’abstraction. Ses débuts se nourrissent de la mouvance de l’expressionnisme, des Actionnistes viennois et de l’Hundsgruppe. Elle se rapproche de ce groupe dont la veine existentielle et surréaliste inspire son travail sur le corps humain. Férocement indépendante dans l’atmosphère conservatrice et étouffante de son siècle, elle s’entête. Elle a notamment été la première femme à détenir, depuis 1980, une chaire de professeur à l’École d’art appliqué de Vienne. La reconnaissance et les distinctions arrivent alors. Elle est aussi la première femme à recevoir l’Austrian State Prize en 1988. Plusieurs grandes rétrospectives sont consacrées à cette solitaire ayant toujours fui la presse. Dont une en 2009 au Musée d’Art Moderne MUMOK pour son 90e anniversaire. Maria Lassnig représenta l’Autriche à la Biennale de Venise en 1980.

Revenons sur l’exposition. Maria Lassnig nous montre des choses simples. Les œuvres, dont beaucoup viennent directement de l’atelier de l’artiste, dévoilent une peinture introspective, des états intérieurs. Parfois une présence-absence. Des autoportraits extraordinaires, non qu’ils soient beaux, mais pour les sensations ou l’âme sous-jacente qu’ils laissent affleurer. Qu’y a-t-il de plus humain que l’art du portrait ? Le visage est le siège de nos sens. Il montre et est vu. Mais on ne peut voir ce que les autres y lisent.

La technique est pratiquement toujours la même, des huiles sur toile, des couleurs vives ou pastel, des traits en mouvement. Le visage est le terrain privilégié de ces répétitions changeantes. Le corps prend parfois le pouvoir. Il s’agit alors d’une anatomie disloquée, tortueuse. Rien d’esthétique ou d’angélique. La vérité nue. Celle de son apparence et de son âge. Artiste de l’intime, Maria Lassnig affronte la réalité de sa progre image. Et donne libre cours à son talent de coloriste. Rien n’est anodin. Chaque teinte a un sens : l’orange et le rouge pour la douleur, le vert pour le calme et la sérénité. Qu’elles soient mélancoliques, joyeuses ou provocantes, ses œuvres sont toujours une sorte de jeu. Derrière cette solitaire, il y a un individualisme poussé très loin qu’elle reflète dans sa peinture.

Au sous-sol, sur un fond orange, quelques œuvres poignantes sur la fin de vie des personnes âgées. C’est la vidéo Kantate qui illumine le mieux la trajectoire de l’artiste. Sur un air de balade, avec humour, elle y décline sa vie et son identité, qu’elle revendique.

Maximiliano Gioni, Directeur de la 55e Biennale de Venise, disait d’elle : « A 93 ans, Maria Lassing représente un exemple unique d’obstination et d’indépendance. » Il couronnait ainsi 60 ans de création.

Maria Lassnig
Fundació Tàpies
Barcelone
Jusqu’au 31 mai
www.fundaciotapies.org

 

Maria Lassnig. Selbst als Almkuh (Jo com a vaca alpina, 1987) © Universalmuseum Joanneum, N. Lackner. 2015 © Cortesia de Maria Lassnig Foundation. 2015.

Maria Lassnig. Selbst als Almkuh (Jo com a vaca alpina, 1987) © Universalmuseum Joanneum, N. Lackner. 2015 © Cortesia de Maria Lassnig Foundation. 2015.

Maria Lassnig. Selbst mit Silvia / Silvia Goldsmith und ich © photo Universalmuseum Joanneum, N. Lackner, 2015 © Cortesia de Maria Lassnig Foundation, 2015

Maria Lassnig. Selbst mit Silvia / Silvia Goldsmith und ich © photo Universalmuseum Joanneum, N. Lackner, 2015 © Cortesia de Maria Lassnig Foundation, 2015

Maria Lassnig. Roter Kopf vor grünem Hintergrund / Grün gegen Rot (Cap vermell davant de fons verd / Verd sobre vermell, 1996) © Universalmuseum Joanneum, N. Lackner. 2015 © Cortesia de Maria Lassnig Foundation. 2015.

Maria Lassnig. Roter Kopf vor grünem Hintergrund / Grün gegen Rot (Cap vermell davant de fons verd / Verd sobre vermell, 1996) © Universalmuseum Joanneum, N. Lackner. 2015 © Cortesia de Maria Lassnig Foundation. 2015.

Maria Lassnig. Zärtlichkeit (Tendresa, 2006). © Cortesia de Maria Lassnig Foundation. 2015

Maria Lassnig. Zärtlichkeit (Tendresa, 2006). © Cortesia de Maria Lassnig Foundation. 2015

Maria Lassnig, Kleines Sciencefiction-Selbstportrait, 1995

Maria Lassnig, Kleines Sciencefiction-Selbstportrait, 1995

Maria Lassnig. Du oder Ich (Tu o jo, 2005). © Col·lecció privada. Cortesia de Hauser & Wirth. 2015.

Maria Lassnig. Du oder Ich (Tu o jo, 2005). © Col·lecció privada. Cortesia de Hauser & Wirth. 2015.-ac

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