Tout commence par le mouvement Gutaï que Takesada Matsutani (Osaka, 1937) rallie entre 1960 et 1970. Les priorités de ce groupe d’avant-garde japonais étaient la transgression et l’audace artistique. Le manifeste publié en 1956 annonçait: “L’art Gutaï ne transforme pas, ne détourne pas la matière ; il lui donne vie. Il participe à la réconciliation de l’esprit humain et de la matière, qui ne lui est ni assimilée ni soumise et qui, une fois révélée en tant que telle, se mettra à parler et même à crier.” Le benjamin du mouvement, Takesada Matsutani, relève le défi et matérialise la formule à partir de laquelle il va écrire sa propre histoire. La Galerie Faider a eu l’excellente idée de l’inviter.

Entre le geste et la matière, Matsutani expérimente les possibilités de la mine de plomb et de la colle à bois vinylique dont il nappe ses œuvres. En s’écoulant, la matière noire se métamorphose, prend vie et forme. Elle affronte la physique et s’imprègne d’une clarté secrète. Versée sur la toile, elle donne naissance à des vagues ondulantes qui accrochent la lumière dans une approche tridimensionnelle où Matsutani excelle. Fascinant. Le cercle revient souvent, symbole puissant et signe identitaire du travail de l’artiste. Taches, gouttes, traits et vagues oscillent entre transparence et opacité. Fluides, ses œuvres sont tactiles, parfois sensuelles, jamais statiques, toujours parcourues d’une énergie qui les dépasse parfois. Ainsi Stream, une sculpture faite d’un panneau noir au mur et d’un bassin de zinc posé sur le sol. Les deux sont reliés par des cordes et un tampon de toile imbibée d’encre de chine dont l’excès déborde en filet dans le bassin, permettant ainsi la circulation de fluides. L’union du statique et du dynamique. Matsutani présentait personnellement l’œuvre lors du vernissage.

D’autres pièces d’une autre artiste forment une composition minérale au sol. Dans une grande sobriété plastique, les Pierres de Silence de Cécile Andrieu soulignent le potentiel imaginaire et poétique de la matière. Des pierres rondes, sculptures faites à l’extérieur et à l’intérieur de pages de dictionnaires découpées. Ces quasi-mots se fondent dans l’œuvre. Genèse d’un style, ses études linguistiques et esthétiques au Japon inspirent des questionnements artistiques sur la relation mot-homme. La pierre est symbole d’éternité, d’une réalité qui transcende le langage. Comment le mot influence-t-il notre manière de percevoir, de penser et d’être ?

Puis voici le dialogue engagé des craquelures de Sophie Cauvin, en avant-goût de sa prochaine exposition au musée d’Ixelles. Là aussi des formes rondes, ovoïdes. L’artiste explore les possibilités de la matière, souche d’expériences spirituelles, émotionnelles et psychiques. Des matériaux naturels tels le sable, la terre ou les cendres s’immiscent dans ses toiles. La matière est à l’origine de tout. Ne manquez pas la complicité de ces trois aventures artistiques réunies dans une des plus belles expositions de la Galerie Faider.

Galerie Faider
12 rue Faider
1060 Saint-Gilles
Jusqu’au 30 mai
Du mercredi au samedi, de 10 h à 18 h
www.galeriefaider.be

 

Matsutani, Stream, 1987-2015

Matsutani, Stream, 1987-2015

Matsutani, Soft and Hard, 1970-2010

Matsutani, Soft and Hard, 1970-2010

Matsutani, La Porte, 1978

Matsutani, La Porte, 1978

Matsutani, In Between, 2013

Matsutani, In Between, 2013

Matsutani, Grandement, 2007

Matsutani, Grandement, 2007

Matsutani, Ellipse, 2008

Matsutani, Ellipse, 2008

Matsutani, Cercle, 2010

Matsutani, Cercle, 2010

Cécile Andrieu, Pierres de Silences, 2013-2015

Cécile Andrieu, Pierres de Silences, 2013-2015

Vue de l'exposition, galerie Faider

Vue de l’exposition, galerie Faider

Sophie Cauvin, Souffle Cosmique, 2015

Sophie Cauvin, Souffle Cosmique, 2015

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.