Ces expositions qui retracent la gloire de certains grands artistes à travers les siècles sont fort intéressantes. Elles permettent de suivre les effets des changements de goût. Le goût est un sujet peu étudié par les spécialistes et les critiques, une notion trop peu scientifique. Pourtant, un changement du goût peut être mortel pour une génération d’artistes, au niveau du marché de l’art. Certains artistes, comme Rubens, échappent à cette fatalité. La Kunsthalle à Bonn montre un autre heureux, Michel-Ange, le divin Michelangelo, dixit Vasari (deux grands noms du sponsoring culturel des Medici, banquiers aussi, après tout).
Rien que par le prestige de certaines commandes : sculptures pour les Medici à Florence, la chapelle Sixtine au Vatican, …

Michel-Ange était considéré comme un génie de son vivant. Reproduire une figure ou un détail dans une nouvelle œuvre était considéré comme un hommage à l’artiste, à l’époque. Les droits d’auteur et de reproduction n’existaient pas. Et dans ce domaine on ne compte pas les hommages à Michel-Ange ! Le Caravage reprend littéralement une figure de la Chapelle Sixtine dans un tableau. Chez Rubens, on trouve des références longtemps après son séjour à Florence et Rome. Même 30 ans plus tard, au plafond de Whitehall à Londres ! Et de Londres, vous trouvez un autoportrait de Reynolds (1780) qui pose à côté d’un buste de Michel-Ange !
Dans les mouvements moins académiques du 19ème siècle, la vie de l’artiste continue à inspirer. C’est ainsi que le peintre d’histoire Francesco Jacovacci montre, dans un tableau fort sombre, Michel-Ange devant le corps de Vittoria Colonna (1880), posant ses lèvres sur la main de la défunte. On sait qu’il regrettera par la suite de ne pas avoir embrassé son front et ses joues. A la même époque, Rodin interprète des œuvres du Maître, en y ajoutant ou plutôt suggérant une présence du génie. Henry Moore disait que Rodin était le premier artiste qui avait réellement compris Michel-Ange.
Cette présence est le sujet de photos contemporaines de deux artistes de l’académie de Düsseldorf. Candida Höfer montre le célèbre David, sans public dans son environnement renaissance à l’académie de Florence. Thomas Struth montre, dans une série de photos monumentales, ce que Höfer a éliminé : le public qui s’empresse pour admirer le David. On voit , chez lui, l’empressement et le regard du public, mais aucunement la statue. Des œuvres complémentaires.

Raffael, Caravaggio, Rubens, Rodin, Cézanne, Struth
Der Göttliche
Hommage an Michelangelo
Bundeskunsthalle, Bonn
Jusqu’au 25 mai
www.bundeskunsthalle.de

Caravaggio inspiré par Michel-Ange
Caravaggio, reprise d’une partie de la Chapelle Sixtine
De Vriendt (Frans Floris) portrait de Michel-Ange
De Vriendt (Frans Floris) Portrait de Michel-Ange
C. Hoger, David à l'académie de Florence
Candida Hofer, David à l’académie de Florence
Struth, le public à l'académie de Florence
Struth, le public à l’académie de Florence
schulpture de Rodin au centre
vue de l’exposition, sculpture de Rodin au centre
Dessin de Raphael, d'après un dessin de Michel-Ange
Raphael, Nu de Michel-Ange copié par le jeune Raphael

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