Depuis deux jours, le cœur de Bruxelles bat au rythme d’Art Brussels. Deux jours : un souffle, un spasme à l’échelle d’une vie… Mais tellement de choses à faire, d’œuvres à admirer… ou détester ! L’occasion également de mettre en lumière ceux qui font ou feront les expositions de demain dans la capitale de l’Europe.

Septembre Tiberghien fait partie de ceux-ci. Cette belge d’adoption voit le jour en 1984 à Montréal. Partagée entre ses passions artistiques, littéraires et cinématographique, c’est finalement au gré du hasard que son choix se portera sur l’histoire de l’art. Expatriée sur le vieux continent pour parfaire sa formation critique, ses recherches sur le collectif CoBrA, et plus particulièrement la figure de Christian Dotremont vont petit à petit mener sa route vers notre plat pays. Durant Art Brussels, elle sera la commissaire de l’exposition Techno City d’Emmanuel Van der Auwera, sur le stand Wallonie-Bruxelles. Une première de cette envergure pour elle et l’occasion idéale pour une interview expresse.

Comment s’est forgé le projet d’exposition avec Emmanuel Van der Auwera ?

C’est notre premier projet en collaboration. On s’est rencontrés il y a environ deux ans lors d’une exposition à la Médiatine, à Bruxelles. J’avais alors été interpellée par son film A certain amount of Clarity, dans lequel des adolescents se filmaient en train de regarder une scène de meurtre provenant d’une vidéo virale sur internet. En fait, c’est ce travail qui convoque à la fois les notions de re-enactement (reconstitution d’événements connus de l’histoire pour mieux en explorer les impensés, les oublis, les lignes de fuites et en proposer de nouvelles interprétations), d’identité et d’éthique qui m’avait intéressée en tant que critique. On s’était recroisés, notamment lors des portes ouvertes de l’HISK, où on avait parlé d’un projet en cours autour du projet Armageddon Valley, filmé à Jezreel en Israël. C’est là qu’est née l’idée de travailler ensemble. Pour cette proposition à la Fédération Wallonie-Bruxelles, on a décidé d’organiser le stand autour de documents d’archives qui relatent l’histoire de la ville de Détroit. C’est une réflexion sur l’utopie, le futur à marche forcée, et une interrogation sur le processus de destruction créatrice. La figure de Robocop, mi-homme, mi-robot, sert de prisme à une lecture de notre époque. Mais il faut le voir pour comprendre… Si je pouvais résumer l’expo en une phrase, tirée du film Metropolis de Fritz Lang, je dirais : « Entre le cerveau et les mains, le médiateur doit être le coeur. »

Difficile de rester insensible face à la verve d’Emmanuel Van der Auwera. Vidéaste passionné, l’artiste s’attelle à une déconstruction du mythique Robocop, réalisé par Paul Verhoeven en 1987. La scénographie du stand invite le visiteur à briser le quatrième mur et s’immiscer dans l’univers rétro-futuriste de Techno City. A travers diverses sources documentaires rassemblées sur une table en acier, symbole de l’industrie métallurgique, l’exposition propose un regard singulier sur l’apogée et la déliquescence de la ville de Détroit. Au bout du stand, une porte dérobée convie le visiteur à se plonger dans une vidéo de 7 minutes concoctée par l’artiste. Celle-ci retrace l’érection du Renaissance Center, vaste projet de réaménagement urbain lancé par General Motors pour contrer l’inéluctable déclin de la métropole américaine. Portrait des années Reagan, entre crise économique et tensions sociales, la vidéo permet de saisir l’indicible lien entre la mécanisation progressive de l’industrie automobile et l’émergence de la musique techno au milieu des années 1980. Entre réalité et fiction, Techno City offre une réflexion sur la notion de progrès, le futur à marche forcée de nos villes, le tout sans prise de parti idéologique. Bien que suggérée, cette liberté réflexive laissée au visiteur reste la principale valeur ajoutée d’une première réussie pour l’artiste carolorégien.

Techno City
Sur le stand de la Fédération Wallonie- Bruxelles
Art Brussels
Du 25 au 27 Avril 2015

TechnoCity

Vue d’exposition, Techno city, Emmanuel Van der Auwera, stand de la Federation Wallonie-Bruxelles, Art Brussels 2015, copyright Gilles Ribero.

TechnoCity

Vue d’exposition, Techno city, Emmanuel Van der Auwera, stand de la Federation Wallonie-Bruxelles, Art Brussels 2015, copyright Gilles Ribero.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.