Il y a longtemps que je regarde les statues de Philippe Brodzki et toujours elles me transportent dans ces mondes lointains et si terrestres à la fois. Est-ce la terre dont elles sont faites qui leur donne cette présence ? Cette terre recouverte d’émaux choisis avec un savoir-faire né de l’enseignement de plusieurs maîtres, techniques japonaises mais aussi de la science d’un Mirceo Orlandini dont Philippe a longtemps fréquenté l’atelier.

Aux sources de son art, il y a d’abord une enfance particulière : l’atelier d’une modiste qui invente, puis réalise ses propres créations pour les élégantes de Bruxelles. Sa mère, cette méridionale exubérante, dont l’atelier est jonché de velours, feutres, soies, rubans et moules en bois pour leur donner leur forme. Est-ce au milieu du désordre de l’atelier que Philippe voit s’ouvrir son propre chemin ? Ensuite, il y a une grand-mère paternelle bienveillante qui travaille dans ce bouillonnant lieu de rencontres qu’est alors le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles : Philippe y assistera à d’exceptionnelles réunions d’artistes contemporains internationaux, y compris ceux du Pop Art et de l’art conceptuel naissant. Des œuvres de grands noms défileront sous les yeux de Philippe. C’est dans cette ambiance qu’il fait la connaissance de Marcel Broodthaers, encore loin d’être reconnu mais soutenu par la grand-mère et l’oncle de Philippe (l’architecte Constantin Brodzki) tant ils sont conscients du talent de Broodthaers. Fréquenter les Broodthaers, Marcel, femme et enfants, laisse des traces… Reconnaissant à la famille Brodzki, Broodthaers entraîne Philippe dans son atelier à Düsseldorf où il rencontre Joseph Beuys dont il suivra les cours dans la célèbre académie.

Un parcours peu commun où Philippe puise ce que bon lui semble. C’est finalement à Bruxelles qu’il s’installe dans un atelier de la rue Wiertz où il va passer une vingtaine d’années à créer ses sculptures, toujours à la recherche de nouveaux thèmes et d’effets, s’essayant avec les fours des uns et des autres, avant d’avoir les siens lorsqu’il s’installe rue Gray. L’art du céramiste est un long combat avec le feu. La recherche d’une maîtrise parfaite pour un art qui peut sembler modeste mais qui aboutit à ces œuvres magnifiques.

Sur les traces de Jean de Bologne, Philippe sera aussi tenté par la fonte du bronze ; il fréquente alors les fonderies renommées de Pietrasanta. Pour un sculpteur, l’art du bronze et sa patine et en même temps la possibilité de réaliser des séries, est forcément fascinant, mais c’est toujours à la terre que Philippe revient car elle reste pour lui un terrain d’expériences et de découvertes d’effets nouveaux, qui enrichissent subtilement son art d’année en année.

Philippe a appris très jeune la fidélité en amitié. Celle qu’il entretient avec Martine Janta remonte à de nombreuses années. Que de convivialités partagées, mais aussi de moments de travail dans les mêmes ateliers. Etudiante à la Cambre, puis épouse d’un collectionneur acharné, Martine s’est très vite remise au dessin, exposant – souvent avec Philippe – le fruit de ses dernières recherches. Cette fois, ce sont de nouveaux visages qui apparaissent dans ses traits de fusain, les portraits de ceux qu’elle a découverts en s’installant dans une ancienne chapelle transformée en bergerie, au milieu des vignes et des oliviers dans cette belle campagne au sud de Sienne.

Martine Janta et Philippe Brodzki
Association du patrimoine artistique
7 rue Charles Hanssens
1000 Bruxelles
Jusqu’au 17 mai
Du jeudi au samedi de 14 à 18h
http://www.associationdupatrimoineartistique.be/ 

Doge, Philippe Brodzki

Doge, Philippe Brodzki

Doge, Philippe Brodzki

Doge, Philippe Brodzki

L'équilibriste, Philippe Brodzki

L’équilibriste, Philippe Brodzki

Sculptures de Philippe Brodzki

Sculptures de Philippe Brodzki

Philippe Brodzky, Cochons, Association du patrimoine artistique

Philippe Brodzki, Cochons, Association du patrimoine artistique

Le mouton, Martine Janta

Le mouton, Martine Janta

 

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