Voyez-vous, dit Peter Buggenhout en pointant la vue qui s’étend de l’autre côté de la large baie vitrée du Musée M de Louvain (bâtiments de toutes formes et de toutes époques s’enchevêtrant, tours de l’hôtel de ville gothique, grue de chantier…), ces mélanges de temps, de styles, de périodes, c’est beau et en même temps c’est horrible, terrible. Ce monde est compliqué, c’est de cet environnement inquiétant que je cherche à rendre compte.

C’est une impressionnante exposition monographique de Buggenhout qui vient de s’ouvrir au musée M Leuven. L’artiste, né en 1963, vit et travaille à Gand.Voici une quinzaine d’années, il a arrêté de peindre pour s’affranchir des limites de la toile. Il a exposé à l’internationale entre autres au MoMa/PS1 à New York, à la Biennale de Taipei, à la Maison Rouge, au palais de Tokyo, à Paris et à Art Unlimited Basel. En Belgique, on a pu voir son travail au musée Dhont-Dhaenes, à Be-part à Waregem, à Track à Gand, à Bruges et à la Centrale à Bruxelles. C’est sa première grande exposition monographique en Belgique.

On avait pu voir une immense œuvre de l’artiste au centre de l’exposition Distant Proximity en 2014 à la Centrale for Contemporary art. Dégageant une force et une angoisse intenses, entièrement recouverte de poussière presque noire, elle était à la fois pôle magnétique de l’exposition mais aussi trou noir, contrepoint sans issue.

C’est en assemblant des éléments qui n’ont “rien à faire ensemble” que l’artiste gantois donne à voir le chaos extrême dont le monde est constitué. Si les artistes tentent de montrer ce que le commun des mortels ne veut pas voir ou ne voit pas encore, alors, l’avenir est sombre, bien sombre. Ne faisant aucunement allusion à l’inconscient ou à une quelconque analyse psychanalytique, Buggenhout met en avant sa perception du monde : “Mes œuvres révèlent plusieurs couches de ce qu’est le monde qui nous entoure.

C’est inconfortable de se promener entre les œuvres exposées dans les grands espaces blancs du musée. Il faut un temps d’accommodation. Il faut accepter de voir ce que l’artiste donne à voir. L’envers du décor, ses entrailles. Utilisant des matériaux abjects comme le sang, la poussière, ainsi que des objets mis au rebut, trouvés dans les déchetteries, Peter Buggenhout assemble, rassemble, amalgame, concentre, réalisant des sculptures à la fois rebutantes et attirantes.

Mes sculptures ne sont pas le symbole de quelque chose. Ce sont des associations d’éléments arrachés à d’autres ensembles, plus cohérents. Ce sont des blocs de matériaux autonomes. Pour l’installation faisant écho à la vue sur la ville, je tente de complexifier le réel. Contrairement à la peinture, qui est une simplification extrême du réel, je veux montrer qu’il n’y a pas de perspective juste. Chaque angle de vue a sa valeur”, poursuit l’artiste.

Semblables à des vestiges de dévastations ou à des trouvailles archéologiques, les œuvres de Buggenhout sont présentées en trois séries. Plusieurs petites pièces sous des cubes de verre sont comme des ossements blanchis qu’on auraient excavés. D’autres, immenses, envahissent l’espace, saisissantes, inquiétantes, et demandent à être apprivoisées. D’autres encore intègrent des éléments de couleur.

Dans un film documentaire présenté en ouverture de l’exposition, on voit le processus de travail de l’artiste. Assemblant “tout ce qui lui tombe sous la main”, il va finaliser certaines pièces en les recouvrant de poussière, leur donnant un aspect étonnamment lugubre et décati. Comme si toute la lumière était absorbée par cette forme non reconnaissable. L’artiste travaille dans deux studios, l’un sombre, l’autre clair, dans lequel les œuvres finies sont déplacées, pour voir comment elles se mettent à vivre.Visitant une immense déchetterie de métaux, sorte de paysage chaotique de fin du monde, il dit: “Ce lieu me fait penser que mon approche du monde n’est pas complètement fausse.

Je suis assez ambitieux et glouton. Je veux englober le monde entier dans mon travail. Pas seulement une ou deux facettes mais l’intégralité du monde. D’une manière ou d’une autre, je tente d’intégrer dans mon travail tout ce qui m’entoure -des petites feuilles des arbres proches de mon atelier aux imposantes grues du port de Gand-, pour créer la même richesse d ‘impressions, de sentiments, de réflexions que lorsq’on va se balader quelque part (…)”, conclut-il.  Buggenhout englobe, nous regardons, il nous reste à digérer. Pas simple.

Peter Buggenhout
M – Museum Leuven
18 L. Vanderkelenstraat
3000 Louvain
Du jeudi au mardi de 11h à 18h, jeudi jusqu’à 22h
Jusqu’au 31 mai

http://www.mleuven.be

Peter Buggenhout, The Blind Leading The Blind #65, 2014 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, The Blind Leading The Blind #65, 2014 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

“Voyez-vous, dit Peter Buggenhout en pointant la vue qui s’étend de l’autre côté de la large baie vitrée du Musée M de Louvain: bâtiments de toutes formes et de toutes époques s’enchevêtrant, tours de l’hôtel de ville gothique, grue de chantier... Ces mélanges de temps, de styles, de périodes, c’est beau et en même temps c’est horrible, terrible. Ce monde est compliqué, c’est de cet environnement inquiétant que je cherche à rendre compte.” C’est une impressionnante exposition monographique deBuggenhout qui vient de s’ouvrir au musée M Leuven. L'artiste, né en 1963, vit et travaille à Gand.Voici une quinzaine d’années, il a arrêté de peindre pour s’affranchir des limites de la toile. Il a exposé à l’internationale entre autres au MoMa/PS1, New York, à la Biennale de Taipei, à la Maison Rouge, et au palais de Tokyo, à paris, à Art Unlimited Basel, En Belgique, on a pu voir son travail au musée Dhont-Dhaenes, à Be-part Waregem, à Track gand, à Bruges et à la Centrale à Bruxelles. C’est sa première grande exposition monographique en Belgique. On avait pu voir une immense oeuvre de l’artiste au centre de l’exposition Distant Proximity en 2014 à la Centrale for contemporary art. Dégageant une force et une angoisse intenses, entièrement recouverte de poussière presque noire, elle était à la fois pôle magnétique de l’exposition mais aussi trou noir, contrepoint sans issue. C’est en assemblant des éléments qui n’ont “rien à faire ensemble” que l’artiste gantois donne à voir le chaos extrême dont le monde est constitué. Si les artistes tentent de montrer ce que le commun des mortels ne veut pas voir ou ne voit pas encore, alors, l’avenir est sombre, bien sombre. Ne faisant aucunement allusion à l’inconscient ou à une quelconque analyse psychanalytique, Buggenhout met en avant sa perception du monde. “Mes oeuvres révèlent plusieurs couches de ce qu’est le monde qui nous entoure.” C’est inconfortable de se promener entre les oeuvres exposées dans les grands espaces blancs du musée. Il faut un temps d’accommodation. Il faut accepter de voir ce que l’artiste donne à voir. L’envers du décor, ses entrailles. Utilisant des matériaux abjects comme le sang, la poussière, ainsi que des objets mis au rebut, trouvés dans les déchetteries, Peter Buggenhout assemble, rassemble, amalgame, concentre, réalisant des sculptures à la fois rebutantes et attirantes. “Mes sculptures ne sont pas le symbole de quelque chose. Ce sont des associations d’éléments arrachés à d’autres ensembles, plus cohérents. Ce sont des blocs de matériaux autonomes. Pour l’installation faisant écho à la vue sur la ville, je tente de complexifier le réel. Contrairement à la peinture, qui est une simplification extrême du réel, je veux montrer qu’il n’y a pas de perspective juste. Chaque angle de vue a sa valeur”, poursuit l’artiste. Semblables à des vestiges de dévastations ou à des trouvailles archéologiques, les oeuvres de Buggenhout sont présentées en trois séries. Plusieurs petites pièces sous des cubes de verre sont comme des ossements blanchis qu’on auraient excavés. D’autres immenses, envahissent l’espace, saisissantes, inquiétantes, demandent à être apprivoisées. D'autres intègrent des éléments de couleur. Dans un film documentaire présentée en ouverture de l’exposition, on voit le processus de travail de l’artiste. Assemblant “tout ce qui lui tombe sous la main”, il va finaliser certaines pièces en les recouvrant de poussière, leur donnant un aspect étonnamment lugubre et décati. Comme si toute la lumière était absorbée par cette forme non reconnaissable. L’artiste travaille dans deux studios, l’un sombre, l’autre clair, dans lequel les oeuvres finies sont déplacées, pour voir comment elles se mettent à vivre.Visitant une immense déchetterie de métaux, sorte de paysage chaotique, de fin du monde, il dit: “Ce lieu me fait penser que mon approche du monde n’est pas complètrement fausse.” “Je suis assez ambitieux et glouton. Je veux englober le monde entier dans mon travail. Pas seulement une ou deux facettes mais l’intégralité du monde. D’une manière ou d’une autre, je tente d’intégrer dans mon travail tout ce qui m’entoure – des petites feuilles des arbres proches de mon atelier aux imposantes grues du port de Gand-, pour créer la même richesse d ‘impressions, de sentiments, de réflexions que l’orsq’on va se balader quelque part (...)”, conclut-il. Buggenhout englobe, nous regardons, il nous reste à digérer. Pas simple. Peter Buggenhout M - Museum Leuven 18 L. Vanderkelenstraat 3000 Louvain Du jeudi au mardi de 11H à 18h, jeudi jusqu’à 22h Jusqu’au 31 mai http://www.mleuven.be Peter Buggenhout, The Blind Leading The Blind #65, 2014 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, The Blind Leading The Blind #65, 2014 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, On Hold #1, 2015 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, On Hold #1, 2015 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, On Hold #1, 2015 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, On Hold #1, 2015 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout M – Museum leuven, zaalzicht , 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout M – Museum leuven, zaalzicht , 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, Mont Ventoux #6.1, 2010-2014 | The Blind Leading The Blind #64, 2014 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, Mont Ventoux #6.1, 2010-2014 | The Blind Leading The Blind #64, 2014 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, The Blind Leading The Blind #68, 2015 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, The Blind Leading The Blind #68, 2015 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, Gorgo #25, 2012 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, Gorgo #25, 2012 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, Gorgo #36, 2015 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, Gorgo #36, 2015 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, Gorgo #26, 2012 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, Gorgo #26, 2012 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, The Blind Leading The Blind #31, 2009 | The Blind Leading The Blind #28, 2009 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, The Blind Leading The Blind #31, 2009 | The Blind Leading The Blind #28, 2009 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, The Blind Leading The Blind #67, 2014 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, The Blind Leading The Blind #67, 2014 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, The Blind Leading The Blind #68, 2015 | The Blind Leading The Blind #67, 2014 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

Peter Buggenhout, The Blind Leading The Blind #68, 2015 | The Blind Leading The Blind #67, 2014 M – Museum Leuven, 2015 Photo: Dirk Pauwels

 

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