La Pinacothèque de Paris met en lumière une des plus importantes déclinaisons de l’Art Nouveau : la Sécession viennoise. Magnifié par un de ses fondateurs les plus prestigieux, Gustav Klimt, ce mouvement donnera naissance à l’expressionnisme, l’un des courants majeurs de l’art moderne. Le thème de l’exposition parisienne est de montrer l’évolution des arts dans la capitale autrichienne qui vit émerger une reconnaissance des artisans par les Ateliers viennois et une rupture avec le classicisme au profit d’influences européennes. En tout ce sont 180 œuvres issues de collections privées et du musée du Belvédère à Vienne qui sont exposées.

Vienne : carrefour des arts

Au début du XXème siècle, Paris et Vienne occupent la première place culturelle en Europe et les mécènes permettent aux artistes d’exprimer leurs audacieux projets comme par exemple la fondation de la Sécession viennoise. L’exposition donne à voir les premiers travaux de Klimt, alors qu’il était encore sous le poids académique du Ring viennois. L’une de ses premières œuvres personnelles, immense fresque destinée à orner l’Université de Vienne, fut accusée de pornographie avant d’être détruite par les Nazis : cela en dit long sur l’ouverture d’esprit qui imprégnait le monde politique. Mais ce sont surtout deux œuvres sublimes qui méritent sans conteste le détour vers la Pinacotèque, entre autres parce qu’elles ne pourront plus sortir d’Autriche durant la prochaine décennie : Judith I (1901), à couper le souffle de sensualité, exemple parfait d’art total, qui rend le cadre et ses incrustations indissociables au tableau. Et la reconstitution de la Frise Beethoven qui est une ode à la Neuvième Symphonie selon son interprétation par Wagner. Nietzsche, Wagner, l’imaginaire des préraphaélites, les rêves de Freud : les artistes redécouvrent la mystique du Moyen-Age, la mythologie antique, l’époque est imprégnée de tensions ésotériques, sexuelles et symboliques.

Les contemporains

Nous avons été charmés de découvrir les toiles si poétiques de Ernst Klimt, le frère de Gustav, qui témoignent de l’émergence du symbolisme. Et aussi les forêts de Koloman Moser et de Carl Moll qui sont nimbées de mystère. Les œuvres de Klimt datant de la fin du XIXème rappelle Khnopff et le Horla de Maupassant. On découvre également des photographies de Heinrich Kühn, du mobilier d’Adolf Loos et des sublimes bijoux de Josef Hoffmann. Mais c’est Judith qui retint particulièrement notre attention artistique. Présentée une première fois en 1901 lors de la dixième exposition de la Sécession viennoise, Judith incarne les conceptions de la femme toute en contradiction : femme-fleur, idole intouchable, objet sexuel, femme soumise et éprise de liberté. Ornée de cuivre et de dorures, elle rappelle l’héritage d’un père orfèvre et l’importance accordée à l’imbrication des arts. Tirée du livre apocryphe du même nom, Judith est un personnage fascinant et criminel, ambigu et sulfureux, image typique de la femme fatale. Une œuvre qui n’a rien perdu de sa modernité. L’exposition est aussi une opportunité de revoir les nus érotiques de Egon Schiele et les toiles d’Oscar Kokoshka, dignes « descendants » du maître aux cheveux d’argent.

Au temps de Klimt. La sécession à Vienne.
Pinacothèque
Place de la Madeleine
Paris 8è
Jusqu’au 21 juin 
www.pinacotheque.com

Frise Beethoven copie , Klimt © Belvédère

Frise Beethoven copie , Klimt © Belvédère

Francesca da Rimini et Paolo, Ernst Klimt © Belvédère, Vienne

Francesca da Rimini et Paolo, Ernst Klimt © Belvédère, Vienne

Forêt de pins en hiver, Koloman Moser © Belvédère, Vienne

Forêt de pins en hiver, Koloman Moser © Belvédère, Vienne

Broche modèle G1035, Joseph Hoffmann © Galerie bei ber Albertina - Zetter, Vienne

Broche modèle G1035, Joseph Hoffmann © Galerie bei ber Albertina – Zetter, Vienne

Feux Follets, Gustav Klimt © Alfred Weidinger

Feux Follets, Gustav Klimt © Alfred Weidinger

Judith 1, Gustav Klimt © Belvédère, Vienne

Judith 1, Gustav Klimt © Belvédère, Vienne

 

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