Entrez dans les deux grands cubes blancs sur un étage du centre d’art Wiels et retrouvez-vous à l’exact milieu d’une chorégraphie. Les membres de la troupe Rosas d’Anne Teresa De Keersmaker y dansent tous les jours d’ouverture du centre d’art. Ils ne vous auront pas attendu pour commencer. La chorégraphie, étirée sur les sept heures de la journée, sera en train d’avoir lieu, quoi qu’il arrive. Vous serez happés dans un mouvement plein d’émotions. Quelques danseurs vous frôleront, vous en entendrez d’autres respirer, vous les verrez transpirer. Dans la salle du fond quelques musiciens seront en train de jouer…

Ce sera un éblouissement, l’impression d’être partie prenante, au cœur d’une œuvre. Ce sera comme de tomber en arrêt devant un Picasso, ou un Velasquez, de vouloir y entrer, d’être submergé d’émotion. Mais, de fait, vous y serez, au cœur de l’œuvre. Ce qu’elle remuera en vous comme sentiments sera visible au travers des mouvements des danseurs. Il y aura vous, mais aussi d’autres visiteurs, les danseurs, les musiciens, sous la lumière qui variera au fil de la journée. Il y aura des enfants qui courent, des visiteurs qui esquisseront un mouvement de danse. Il y aura ces corps, certains agiles, d’autres moins. Le vôtre, celui des autres. Vous serez, là, amplement pris au centre d’un flux, d’un Vortex irrésistible. Ce sera beau, absolument.

C’est Elena Filipovic, à l’époque curatrice au Wiels qui a invité la chorégraphe Anne Teresa De Keersmaker à venir exposer. Le challenge était de transformer un spectacle de danse en une exposition. Que devient une chorégraphie une fois présentée selon les codes d’une exposition ? Cette proposition et ses implications bouleversent la conception, l’élaboration et la perception conventionnelles de la danse contemporaine et de l’exposition d’art. Car les dispositifs du théâtre et du musée restent très différents, leur organisation spatiale mais aussi temporelle, autant que leurs attentes ou leurs protocoles.

Un spectacle est traditionnellement présenté à un moment défini, pour une durée précise, sur une scène, face à un public assis. Quant à elle, une exposition présente des œuvres dans un espace accessible au public durant certaines heures et durant plusieurs semaines. C’est une vaste ré-invention de ce que pourrait être une œuvre chorégraphiée si elle était soumise aux conditions d’une exposition qui est le point de départ de Work/Travail/Arbeid.

Travaillant à l’époque de cette demande (2013) sur Vortex Temporum, un spectacle créé en octobre 2013 sur la pièce musicale éponyme du compositeur contemporain Gérard Grisey, De Keersmaker a étiré, déployé, segmenté en couches la chorégraphie de son spectacle. C’est la durée, l’implication du temps qui fait la différence essentielle entre le temps de la boîte noire (le théâtre) et celui du cube blanc (le musée). C’est cette temporalité si différente qui a été la matière à travailler de la chorégraphe.

Durant le durée complète d’une exposition, le spectacle est en marche. Il ne débute pas quand un visiteur arrive dans la salle. Il démarre dès l’ouverture du Wiels au public et jusqu’à la fermeture. Chaque série de neuf heures présente soit un ou plusieurs danseurs, soit des danseurs et des musiciens, soit des musiciens seuls. Ils dansent et jouent même quand personne ne les regarde. “Comme un tableau de Picasso n’est pas détaché du mur quand il n’y a pas de visiteurs”, commente Elena Filipovic. Tout est extrêmement précis. Voyez le dessin tracé au sol, qui guide les pas des danseurs. Ce schéma et d’autres sont présentés sous forme de dessins dans un petite exposition complémentaire à Bozar. Ce faisant, De Keersmaker révèle l’intense travail de structuration à la base de ses créations, ainsi que le degré de précision de préparation de l’œuvre.

Anne Teresa De Keersmaker
Work/Travail/Arbeid
Wiels
Jusqu’au 17 mai
www.wiels.org

Work on paper
Anne Teresa De Keersmaker
Bozar
Jusqu’en 17 mai
www.bozar.be

Au même moment, six artistes africaines exposent sur le thème du féminisme, de la sexualité et du corps. Body Talk est l’impressionnante démonstration que l’art contemporain est bien présent en Afrique.

Depuis les années 1990, on a vu émerger un féminisme proprement africain. Ressentant leur corps comme un ultime objet sacrificiel pour le patriarcat, dont le colonialisme est le dévoiement ultime, ces artistes africaines y voient aussi l’incarnation de la transgression des frontières de race, de genre autant que géographiques.

Cette exposition s’est imposée à moi, dans ma contemporanéité de femme du XXIème siècle, dit la curatrice, Koyo Kouoh. J’aurais aimé ne pas devoir la faire. Le corps de la femme noire reste une zone de négociation, de transaction, de contestation, de projections, d’appropriation, de contrôle indéniable. Le sexe en terme de genre et de sexualité influence fondamentalement notre identité. Ma question pour construire cette exposition fut : comment le corps définit-il ou influence-t-il la pratique des artistes noires en Afrique ?”, poursuit la curatrice.

Installations, vidéos, performances, collages présentent une multitude de voix. Pointons une Araignée, de Zoulikha Bouabdellah (Maroc), hommage à celle de Louise Bourgeois. Mais aussi le néon de Valérie Oka (Côte d’Ivoire), ainsi qu’une immense cage ouverte – stigmate d’une histoire coloniale non digérée, dans laquelle se déroule des performances.

Tracey Rose vient d’Afrique du Sud. Elle présente une vidéo troublante, trace d’une performance entamée à Bruxelles au moment de l’installation de l’exposition. Marcia Kure, nigérienne, Miriam Syowia Kyambi, du Kenya, Billie Zangewa, originiaire du Malawi sont les trois autres artistes participantes.

Body Talk
Wiels
Jusqu’au 3 mai

354 avenue Van Volxem
1190 Bruxelles
Ouvert du mercredi au dimanche de 11h à 18h
www.wiels.org

Work/Travail/Arbeid, A.T. De Keersmaker, Wiels, (c) photo: Anne Van Aerschot

Work/Travail/Arbeid, A.T. De Keersmaker, Wiels, (c) photo: Anne Van Aerschot

Work/Travail/Arbeid, A.T. De Keersmaker, Wiels, (c) photo: Anne Van Aerschot

Work/Travail/Arbeid, A.T. De Keersmaker, Wiels, (c) photo: Anne Van Aerschot

Work/Travail/Arbeid, A.T. De Keersmaker, Wiels, (c) photo: Anne Van Aerschot

Work/Travail/Arbeid, A.T. De Keersmaker, Wiels, (c) photo: Anne Van Aerschot

Work/Travail/Arbeid, A.T. De Keersmaker, Wiels, (c) photo: Anne Van Aerschot

Work/Travail/Arbeid, A.T. De Keersmaker, Wiels, (c) photo: Anne Van Aerschot

Work/Travail/Arbeid, A.T. De Keersmaker, Wiels, (c) photo: Anne Van Aerschot

Work/Travail/Arbeid, A.T. De Keersmaker, Wiels, (c) photo: Anne Van Aerschot

Work/Travail/Arbeid, A.T. De Keersmaker, Wiels, (c) photo: Anne Van Aerschot

Work/Travail/Arbeid, A.T. De Keersmaker, Wiels, (c) photo: Anne Van Aerschot

Work/Travail/Arbeid, A.T. De Keersmaker, Wiels, (c) photo: Anne Van Aerschot

Work/Travail/Arbeid, A.T. De Keersmaker, Wiels, (c) photo: Anne Van Aerschot

Work/Travail/Arbeid, A.T. De Keersmaker, Wiels, (c) photo: Anne Van Aerschot

Work/Travail/Arbeid, A.T. De Keersmaker, Wiels, (c) photo: Anne Van Aerschot

Work/Travail/Arbeid, A.T. De Keersmaker, Wiels, (c) photo: Anne Van Aerschot

Work/Travail/Arbeid, A.T. De Keersmaker, Wiels, (c) photo: Anne Van Aerschot

Work/Travail/Arbeid, A.T. De Keersmaker, Wiels, (c) photo: Anne Van Aerschot

Work/Travail/Arbeid, A.T. De Keersmaker, Wiels, (c) photo: Anne Van Aerschot

Installation View Of Body Talk, WIELS

Installation View Of Body Talk, WIELS

Installation View Of Body Talk, WIELS

Installation View Of Body Talk, WIELS

Installation View Of Body Talk, WIELS

Installation View Of Body Talk, WIELS

Installation View Of Body Talk, WIELS

Installation View Of Body Talk, WIELS

Installation View Of Body Talk, WIELS

Installation View Of Body Talk, WIELS

Installation View Of Body Talk, WIELS

Installation View Of Body Talk, WIELS

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.