John Christoforou, Le Petit poète bleu, 1987, huile sur toile, lot 151, estimation 1.000-1.500 euros, vente publique art moderne et contemporain chez le libraire Alain Ferraton, le 28 mars 2015, www.ferraton.be

Des estampes de Sol LeWitt, de nombreuses œuvres de Marcel-Louis Baugniet, des gouaches et une huile de l’artiste constructiviste Gilbert Decock, une dizaine de multiples de Jo Delahaut… Cinq cent soixante numéros d’art moderne et contemporain sont alignés par le libraire bruxellois pour les enchères du 28 mars. Dotremont, Vandercam et Moerman sont également de la partie mais on rencontre aussi des artistes étrangers, comme Victor Vasarely, Aurélie Nemours ou John Christoforou (1921-2014), un artiste sans doute moins connu en Belgique mais qui possède des œuvres dans plusieurs musées européens (Paris, Londres, Athènes,…). D’origine grecque, ce peintre français né à Londres, est considéré comme un artiste expressionniste de la Nouvelle Figuration. Pourtant, ce qui marque avant tout l’œuvre de cet homme à la longue vie tourmentée, c’est l’omniprésence du noir. Au propre, comme au figuré, John Christoforou utilise une dominante noire dans ses tableaux où seules quelques notes de couleur (du bleu ou du rouge) apportent un souffle de vie. Le noir qui habite la plupart de ses tableaux renvoie à sa vision tragique et sans espoir de la destinée humaine. Son monde est celui désenchanté d’une époque décadente et mauvaise qu’il a fréquentée dès le plus jeune âge, ayant perdu ses parents enfant et ayant servi dans la Royal Air Force pendant la guerre. Autant d’éléments qui ressortent dans son art qui, lorsqu’il touche au figuratif, aborde des thématiques comme la crucifixion, les scènes de guerre, les épouvantails, les accouchements… Le décor est quasi absent de ses œuvres ; c’est la figure humaine, les visages aux traits déformés et défigurés par le pinceau qui priment dans des compositions puissantes, où la matière et l’humain restent tangibles. Le Petit poète bleu s’inscrit dans cette veine dynamique qui « brille par sa noirceur ». L’homme y est sous-jacent, emporté dans un tourbillon de matière picturale où le noir s’éclaircit de notes outremer. Le peintre en revenant sans cesse à l’humain écrira essayer de « révéler quelque chose de la tristesse et de l’isolement tragique de l’homme moderne qui ne croit ni en lui-même, ni en Dieu. Le néant est la seule certitude. » Cet artiste qui n’a cessé de sonder l’espèce humaine affirme « ne (guère) concevoir un genre de beauté dans lequel il n’y ait du malheur. »  C’est sa façon de nous toucher au plus profond de notre être.

John Christoforou, Le Petit poète bleu, Ferraton

John Christoforou, Le Petit poète bleu, Ferraton

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