Célèbre à travers le monde pour la richesse de ses fonds Monet et Berthe Morisot, le musée Marmottan ouvre l’année par une exposition autour de la naissance de l’intime à travers les représentations de la toilette au cours des siècles.

Thème audacieux, original, mystérieux, ce voyage dans l’histoire de la nudité place dans la temporalité l’avènement de la pudeur, de la sensualité et de l’exhibition. La question de l’hygiène est également le fil conducteur de ces œuvres dont la plus ancienne est une somptueuse tapisserie représentant le Bain vers 1500 et la plus récente une photo de Bettina Rheims de 1996 montrant le modèle Karen Mulder en soutien-gorge à peine couvrant. Historiquement, le bain se prenait publiquement jusqu’à ce qu’il soit peu à peu banni par l’Eglise sous prétexte d’incitation à la débauche, puis à la Renaissance qui pensait que l’eau propageait des maladies. Le tableau issu de l’Ecole de Fontainebleau montrant Gabrielle d’Estrée et la Duchesse de Villars avec ,en arrière plan, la nourrice signifie sans doute que ce bain était consacrée aux relevailles de la jeune femme.

Au XVIIème siècle, les ablutions étaient rares et la vermine était le lot commun du peuple, comme le montre un très raffiné tableau de George de la Tour (1638). Il n’y avait pas de lieu privé et les rites de toilettes étaient une occasion de recevoir son comptable, ses fournisseurs, … pendant que l’on se préparait à paraître dans le monde. Le peintre Nicolas Régnier évoque la futilité de la toilette en accompagnant d’attributs de la vanité son portrait d’une jeune femme face à son miroir.

Au XVIIIème, l’aristocratie possédait une partie réservée à la toilette qui donnait lieu à des scènes coquines, début du voyeurisme, magnifiquement illustrées par François Boucher. L’indiscrétion devient alors le prétexte de fuir l’académisme propre au siècle des Lumières, qui invente alors le libertinage.

« Au XIXème, les espaces se referment, la toilette devient un lieu entre soi avec des pratiques nouvelles », explique Georges Vigarello, l’un des deux commissaires de l’exposition. On assiste à des gestes d’ablution comme le frottement du corps et de ses parties intimes. Les miroirs deviennent plus grands, révélant la nudité, comme en témoigne Devant la psyché de Berthe Morisot. La toilette est synonyme de solitude, de recueillement et enfin d’intimité. Le bain est une occasion d’abandon de soi, d’alanguissement, de purification extérieure et intérieure. Pierre Bonnard peint une Gestuelle du secret qui illustre cette nouvelle période dans l’art de la toilette. La fin du XIXème siècle témoigne d’un érotisme plus franc et plus tendre. Les cheveux, attribut érotique par excellence, englobent le sujet jusqu’à cacher le visage. On ne peut s’empêcher de penser à la question du voile, à la place de la femme et de son corps dans notre société actuelle.

L’exposition se termine avec des oeuvres du XXème siècle et sur cette affirmation contemporaine: « Je ne suis pas celle que l’on peint mais celle qui assume sa propre nudité », cite Nadeije Laneyrie-Dagen, l’autre commissaire de l’exposition.

La toilette – Naissance de l’intime
Musée Marmottan Monet
75016 Paris
Jusqu’au 5 juillet 
www.marmottan.fr

www.thalys.com

 

La tenture de la Vie Seigneuriale : Le Bain

La tenture de la Vie Seigneuriale © RMN Grand Palais (musée de Cluny – musée national du Moyen-Âge) / Franck Raux

Gabrielle d'Estrees (1573-99) and her sister, the Duchess of Villars (oil on canvas)

Gabrielle d’Estrees (1573-99) and her sister © Musée de la Société Archéologique, Montpellier, France / Giraudon / Bridgeman Images

 

La Femme à la puce

La Tour Georges de (1593-1652) © RMN-Grand Palais / Philippe Bernard

Jeune femme à sa toilette

Eisen François (vers 1695-après 1778) © RMN-Grand Palais /Thierry Ollivier

l'oeil indiscret

F Boucher © Christian Baraja
(Libre de droit)

F.Boucher, The Spoilt Child

F.Boucher © akg-images
(Libre de droit)

devant la psyché

Berthe Morisot © Fondation Pierre Gianadda, Martigny
(Libre de droit)

Nu au tub

Bonnard Pierre (1867-1947) © RMN-Grand Palais / Mathieu Rabeau – ADAGP, Paris 2015

Femme peignant ses cheveux 1897

Wladyslaw Slewinski © Photographic Studio of the National Museum in Krakow / Jacek Świderski
(Libre de droit)

devant la psyché

Berthe Morisot © Fondation Pierre Gianadda, Martigny
(Libre de droit)

Femme à la montre

Pablo Picasso © RMN Grand Palais / René-Gabriel Ojéda
© Succession Picasso 2015
Copyright Administration Picasso

 

Karen Mulder portant un très petit soutien-gorge Chanel, janvier 1996, Paris

Bettina Rheims © Bettina Rheims
copyright Studio Bettina Rheims
(libre de droit)

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