L’exposition qui vient de s’ouvrir au Centre de la Gravure de La Louvière présente l’œuvre gravée de Luc Tuymans, cet artiste à l’aura internationale. Dans un splendide costume croisé finement ligné, ce géant a présenté avec beaucoup d’attention l’ensemble de son exposition à la presse, vendredi passé. Regard d’aigle, visage concentré, c’est peu dire que sa présence et sa stature impressionnent. L’exposition est remarquable et offre un belle occasion de plonger dans l’univers de cet artiste.

C’est en 1990, pour Les Amis du musée de Gand, qu’il s’attaque à la gravure, avec le maître imprimeur Roger Vandaele, qui l’accompagne encore aujourd’hui. “Je peins une toile en une journée. La gravure, c’est plus lent. Une lithographie me prend une semaine. C’est un processus qui implique aussi de travailler avec un maître imprimeur”, dit-il.  Ils entreprennent de reproduire à la lithogravure des petites aquarelles qui explorent le thème de la Shoah. Un challenge tant les transparences de l’aquarelle et le traitement de la lumière de l’artiste sont essentiels.

Le multiple abordé par Luc Tuymans l’a été tout d’abord pour produire des œuvres plus abordables. Et il s’en réjouit. Il y expérimente autant les techniques que les supports. Ainsi, Le Verdict, ce multiple réalisé sur un rouleau de papier peint (créé pour le Centre de la Gravure de Genève), qu’il faut coller au mur pour l’exposer, signant ainsi la mort de la pièce (qu’il faudra arracher du mur à la fin de l’exposition).

A l’origine des œuvres de Tuymans, qu’elles soient peintes ou gravées, il y très souvent une image capturée sur un écran d’ordinateur ou via un smartphone, un appareil photo. Glanant ici et là des images ou parcelles de réel, puis les archivant, l’artiste s’est au fil du temps constitué une importante iconothèque qui lui sert de réserve. Ces images sources seront parfois exhumées des années après. Les thèmes qu’il aborde vont de la Seconde Guerre mondiale à la téléréalité. Il semble que sa pratique d’artiste soit une possibilité qu’il s’offre de digérer toutes ces images, de les effacer pour les recracher comme des souvenirs devenus un peu flous. Par cet aller-retour du conscient à l’inconscient, du connu à l’oublié, du réel au rêvé, ses images deviennent ces œuvres qui touchent beaucoup de monde car elles renvoient à notre mémoire collective.

Luc Tuymans est né en 1958 À Anvers, où il vit et travaille aujourd’hui. Il a étudié la peinture à Bruxelles. Entre 1980 et 1985, l’artiste écrit pour le cinéma et tourne des courts métrages. Après 1985, il se remet à peindre et ne s’arrête plus.

Voici la série de lithos Plates. “Il s’agit d’assiettes d’un service des années 20, que j’utilise tous les jours. J’étais fasciné par les différents reflets sur la surface de la porcelaine. Ce sont 5 à 6 pierres (une pour chaque couleur) qui ont été nécessaires pour cette série”, explique l’artiste.

Art mineur ?

On croit souvent que le multiple est un art mineur”, commente Catherine de Braekeleer, la directrice du Centre de la Gravure. “C’est un peu simple. On observe surtout que les peintres qui se mettent à la gravure, en abordant cette technique lente, se mettent à réfléchir autrement et à pratiquer autrement la peinture. Ces deux pratiques interagissent. C’est cet aller-retour qui est passionnant.

Voici la série Allo!. Ces estampes sont basées sur une peinture, la peinture sur une photo de l’écran diffusant un film, The Moon of the Sixpence, d’Albert Lewin, 1942, lui-même tiré d’un livre, L’envoûté, de William Somerset Maugham, 1918. Ces plongées dans la culture et dans le temps font partie intégrante du processus de création de Luc Tuymans. Cette série a été acquise par le Centre de la gravure via un budget alloué par la ville de La Louvière.

Pour The Spiritual Exercises, Tuymans explore en 7 lithos sa fascination-haine pour les Jésuites, qu’il décrit comme à la fois très érudits et très proches du pouvoir. Plus loin, des aquatintes à partir d’aquarelles presque effacées, The Temple. Ici, encore une fois, la lumière, qui surexpose la scène, prend toute la place et est le personnage principal.

Roger Vandaele, maître imprimeur : “Je ne reproduis jamais les peintures de Luc. Je les analyse et je réintroduis le processus de la peinture dans l’impression. J’imprime comme un peintre peint ! Pour cela, le fait que Luc peigne toujours sur une toile non montée sur châssis, en testant de nombreuses fois ses couleurs sur le bord de son travail, par petites touches, est très utile. J’utilise ces touches comme références pour mes recherches de couleur. Il est vrai qu’avec les années j’ai appris à connaître la palette de Luc.

La version française du catalogue raisonné de l’œuvre graphique de l’artiste, établi par Manfred Sellink et Tommy Simmoens et édité par Ludion accompagne l’exposition. Il s’agit d’une nouvelle publication augmentée des travaux des deux dernières années, qui s’ajoute aux versions néerlandaise et anglaise parues en 2012.

Cette exposition au Centre de la Gravure est la première exposition hors les murs de la programmation Mons 2015.

Luc Tuymans
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Centre de la Gravure et de l’Image Imprimée
10 rue des amours
7100 La Louvière
Jusqu’au 10 mai
Du mardi au dimanche et jours fériés de 10h à 18h
(Fermé durant le Laetare, les 15 et 17 mars)
www.centredelagravure.be

Luc Tuymans travaillant à Plates

Luc Tuymans travaillant à Plates

Luc Tuymans, The Valley

Luc Tuymans, The Valley

Luc Tuymans, Peaches

Luc Tuymans, Peaches

Luc Tuymans, Orchid

Luc Tuymans, Orchid

Luc Tuymans, Allo!

Luc Tuymans, Allo!

Luc Tuymans, Giscard

Luc Tuymans, Giscard

Luc Tuymans, The Rumour, installation

Luc Tuymans, The Rumour, installation

Catherine de Braekeleer et Luc Tuymans durant la présenation de presse, (c) Patricia Mathieu

Catherine de Braekeleer et Luc Tuymans durant la présentation de presse, (c) Patricia Mathieu

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